Mise en page KDP: conformité PDF/EPUB, marges, notes, titres
- PDF: police Cochineal, interligne/alinéa, marges KDP (0.4in), exposants de note à 7.5pt, correctif centrage \newline dans titlesec (bug reproductible), contraste surtitre/titre pour Introduction/Conclusion/ Préface via \eyebrowtitle - EPUB: epub.css conforme aux règles KDP (police sur body, pas de couleur forcée, marges en %), structure-epub.lua reconstruit les titres LaTeX bruts, liens de retour bidirectionnels sur les notes (méthode KDP recommandée), séparateur deux-points harmonisé dans la TOC (Introduction/Conclusion/Parties) - Nouveaux filtres: typographie-francaise.lua (espaces insécables), structure-epub.lua - compiler-livre.sh: ajustements marges et appel des filtres
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@@ -15,15 +15,19 @@ Un essai sur les risques existentiels, sociétaux et économiques de l'Intellige
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**Volume : cible affinée à 300-400 pages imprimées**, pour ne pas trop couper dans le contenu disponible (voir section 10 : ~150 000 mots de notes de recherche). Les 200 pages / 50 000 mots restent un PLANCHER absolu, jamais un plafond.
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**Calibrage réel mots/page (mesuré par compilation de test le 25/07/2026, mise en page définitive — corps 11pt, 6×9", marges KDP)** : une page pleine de texte courant contient en moyenne **environ 430 mots**. Sur cette base :
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**Calibrage réel mots/page — remesuré le 27/07/2026 après la refonte typographique** (charte détaillée en section 3 octies : police Cochineal, interligne porté à 1,35, alinéas sans blanc entre paragraphes). Mesure faite sur les 88 pages de texte courant réellement compilées (Introduction + chapitres 1 à 3), en rapportant le comptage de prose de `compter-mots.py` — notes de bas de page exclues, puisqu'elles ne sont pas comptées dans la colonne « Mots écrits » de la section 6.
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| Pages de texte visées | Mots totaux correspondants |
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Une page pleine porte en moyenne **environ 395 mots de prose** (contre 430 avant la refonte : l'interligne plus généreux coûte environ 8 % de densité, et les notes de bas de page occupent le reste). Sur cette base :
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| Pages de texte visées | Mots de prose correspondants |
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| 300 pages | ~129 000 mots |
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| 350 pages | ~150 500 mots |
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| 400 pages | ~172 000 mots |
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| 300 pages | ~118 500 mots |
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| 350 pages | ~138 000 mots |
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| 400 pages | ~158 000 mots |
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Répartis sur les 14 sections du livre (Introduction + 12 chapitres + Conclusion), cela représente une moyenne de **9 200 à 12 300 mots par section** pour tenir la cible de 300 à 400 pages — sensiblement au-dessus des planchers initiaux (3 000/4 000 mots), mais cohérent avec l'abondance du corpus de recherche réuni. **Ce nouveau repère (9 000-12 000 mots par chapitre en moyenne) remplace l'ancien plancher de 4 000 mots comme cible réaliste**, sans devenir un plafond strict : certains chapitres seront plus courts, d'autres plus longs, selon ce que la matière justifie réellement (voir aussi la directive « alléger la charge cognitive », section 3, qui reste prioritaire sur le seul objectif de volume).
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**Conséquence pratique : le même volume de prose produit désormais plus de pages qu'estimé le 25/07.** La cible de 300-400 pages devient donc plus facile à tenir, pas plus difficile — inutile de gonfler les chapitres pour compenser.
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Répartis sur les 14 sections du livre (Introduction + 12 chapitres + Conclusion), cela représente une moyenne de **8 500 à 11 300 mots par section** pour tenir la cible de 300 à 400 pages — sensiblement au-dessus des planchers initiaux (3 000/4 000 mots), mais cohérent avec l'abondance du corpus de recherche réuni. **Ce nouveau repère (9 000-12 000 mots par chapitre en moyenne) remplace l'ancien plancher de 4 000 mots comme cible réaliste**, sans devenir un plafond strict : certains chapitres seront plus courts, d'autres plus longs, selon ce que la matière justifie réellement (voir aussi la directive « alléger la charge cognitive », section 3, qui reste prioritaire sur le seul objectif de volume).
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Toutes les longueurs indiquées dans ce fichier restent des **bornes basses** : un chapitre ne doit jamais descendre sous son plancher, mais peut aller au-delà chaque fois que la matière de recherche le justifie. La règle qui prime reste : ne jamais délayer pour atteindre un quota, ne jamais amputer une démonstration pour respecter une limite — et ne jamais non plus céder à la tentation inverse de gonfler artificiellement un chapitre pour « faire du volume » (la directive de la section 3 sur la charge cognitive prime toujours sur le seul compteur de pages).
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@@ -44,8 +48,8 @@ Essayiste et journaliste de renommée mondiale. L'objectif : un texte qui soit u
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**RÈGLES D'ÉCRITURE STRICTES :**
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- **Rythme** : varier la longueur des phrases. Alterner phrases courtes, coup-de-poing (pour les constats) et paragraphes plus amples (pour l'analyse).
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- **Bannir la langue de bois** : ne JAMAIS utiliser les tics de langage des IA (« Il est important de noter », « En conclusion », « Dans un monde en constante évolution », « force est de constater », « à l'ère du numérique »).
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- **Rythme** : varier la longueur des phrases. Alterner phrases courtes, coup-de-poing (pour les constats) et paragraphes plus amples (pour l'analyse). **Cette règle est durcie et chiffrée en section 3 decies** (brouillage algorithmique) : elle est devenue une contrainte mesurée, pas une intention.
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- **Bannir la langue de bois** : ne JAMAIS utiliser les tics de langage des IA (« Il est important de noter », « En conclusion », « Dans un monde en constante évolution », « force est de constater », « à l'ère du numérique »). Liste noire complète et charnières logiques interdites : section 3 decies.
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- **Incarner** : ne jamais laisser une statistique seule ; toujours la connecter à son impact réel sur la chair, l'esprit ou la société.
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- **Clarté** : pas de jargon technique inutile ; quand un terme est indispensable, l'expliquer simplement, une fois, puis avancer.
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@@ -145,12 +149,14 @@ Un chapitre ne s'écrit **jamais du premier coup**. Il faut simuler une équipe
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*Livrable : un plan de chapitre avec l'angle d'attaque, l'enchaînement des sections, la liste réduite des faits/chiffres/citations retenus pour chacune, et la liste de ce qui a été volontairement écarté (et pourquoi).*
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**Agent 2 — Le Rédacteur « Best-Seller » (Prose & Style)**
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En s'appuyant sur le mix littéraire de la section 2 (Gladwell, Harari, Lewis, Klein), il rédige la prose : fluide, immersive, vocabulaire riche, sans jargon creux ni tic de langage d'IA. Il respecte le filtrage décidé par l'Agent 1 (directive « alléger la charge cognitive ») : pas de retour en arrière pour réintroduire les références ou statistiques écartées, une seule donnée développée par grand point avec le reste résumé en une phrase, les problèmes à venir dans le livre évoqués en questions ouvertes plutôt qu'en démonstrations anticipées (principe du mystère). Il pose les **notes de bas de page** (section 3 quinquies) au fil de la rédaction, dès qu'un fait mérite d'être sourcé visiblement pour le lecteur. Il applique aussi les **règles de mise en page KDP** (section 3 sexies) : quelques rares `##` pour les grandes respirations seulement (jamais de `###`, jamais un sous-titre toutes les 15 lignes — proscrire l'« effet PowerPoint »), transitions littéraires pour enchaîner les idées, citations longues en bloc `>`, tableaux de recherche reformulés en prose ou listes à puces, aucune tournure visuelle/hypertextuelle, renvois textuels entre chapitres. Il respecte la **règle anti-plagiat** (section 3 septies) : chaque fait est digéré et reformulé avec ses propres mots, jamais recopié depuis les notes — seules les citations d'experts entre guillemets et attribuées peuvent être reprises verbatim.
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En s'appuyant sur le mix littéraire de la section 2 (Gladwell, Harari, Lewis, Klein), il rédige la prose : fluide, immersive, vocabulaire riche, sans jargon creux ni tic de langage d'IA. Il respecte le filtrage décidé par l'Agent 1 (directive « alléger la charge cognitive ») : pas de retour en arrière pour réintroduire les références ou statistiques écartées, une seule donnée développée par grand point avec le reste résumé en une phrase, les problèmes à venir dans le livre évoqués en questions ouvertes plutôt qu'en démonstrations anticipées (principe du mystère). Il pose les **notes de bas de page** (section 3 quinquies) au fil de la rédaction, dès qu'un fait mérite d'être sourcé visiblement pour le lecteur. Il applique aussi les **règles de mise en page KDP** (section 3 sexies) : quelques rares `##` pour les grandes respirations seulement (jamais de `###`, jamais un sous-titre toutes les 15 lignes — proscrire l'« effet PowerPoint »), transitions littéraires pour enchaîner les idées, citations longues en bloc `>`, tableaux de recherche reformulés en prose ou listes à puces, aucune tournure visuelle/hypertextuelle, renvois textuels entre chapitres. Il respecte la **règle anti-plagiat** (section 3 septies) : chaque fait est digéré et reformulé avec ses propres mots, jamais recopié depuis les notes — seules les citations d'experts entre guillemets et attribuées peuvent être reprises verbatim. **Il écrit d'emblée sous les quatre règles de brouillage algorithmique (section 3 decies)** : rythme asymétrique (jamais deux phrases consécutives de même longueur, une phrase sur huit de cinq mots ou moins, paragraphes de longueur franchement inégale), lexique imprévisible, aucune charnière logique scolaire en tête de phrase ou de paragraphe, tirets cadratins rationnés à quatre pour mille mots et antithèses « ce n'est pas X, c'est Y » plafonnées à quatre par chapitre. Ces contraintes ne se rattrapent pas au polissage : un texte conçu en phrases longues et régulières le reste après découpage.
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*Livrable : le texte complet du chapitre, environ 9 000 à 12 000 mots (cible réaliste pour 300-400 pages, plancher absolu 4 000 mots — voir section 1), structuré pour le papier 6×9" et l'EPUB, entièrement réécrit (zéro copier-coller des notes), avec ses notes de bas de page numérotées `c<NN>-<n>`.*
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**Agent 3 — Le Relecteur / Chasseur de clichés (Polissage)**
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Il repasse derrière le Rédacteur pour traquer les répétitions, couper les longueurs, vérifier que les statistiques s'intègrent organiquement au récit, et s'assurer que le rythme de lecture reste haletant. Il vérifie aussi que les notes de bas de page sont dosées avec discernement (un fait marquant, pas une décoration systématique), que chaque appel a bien sa définition en fin de fichier, et que la numérotation respecte la convention `c<NN>-<n>` sans doublon ni trou. Il contrôle la conformité KDP (section 3 sexies) : pas d'excès de sous-titres (2 à 4 `##` maximum par chapitre, aucun `###`), pas d'effet diaporama, aucun tableau large restant, aucune tournure visuelle/hypertextuelle, renvois inter-chapitres cohérents avec le plan réel. **Il vérifie enfin la qualité de la reformulation** (section 3 septies) : les fichiers de `Recherches/` ne sont pas un contenu public — ce n'est donc pas un contrôle de plagiat à proprement parler — mais une exigence d'écriture : toute formulation trop proche d'une phrase source (hors citation entre guillemets attribuée) doit être réécrite, pour que le texte final soit une création propre, pas un réarrangement des notes.
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*Livrable : la version finale polie, écrite dans le fichier `.md` du chapitre, notes de bas de page, mise en page KDP et qualité de reformulation comprises.*
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**C'est lui qui passe le chapitre au détecteur de signature IA** (section 3 decies), et c'est une étape bloquante : avant de figer le texte, il lance `python3 detecteur-ia.py <fichier>`, corrige chaque alerte remontée (plateaux rythmiques, phrases coup-de-poing insuffisantes, tics lexicaux, charnières, surdose de tirets cadratins, antithèses en série, paragraphes trop réguliers), puis relance le script jusqu'au verdict conforme. Deux garde-fous pendant cette passe : aucune correction de rythme ne doit abîmer le sens d'une phrase ni déplacer un appel de note, et aucune ne doit se faire de façon uniforme — remplacer tous les tirets par des virgules recrée exactement le motif mécanique qu'on cherche à effacer.
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*Livrable : la version finale polie, écrite dans le fichier `.md` du chapitre, notes de bas de page, mise en page KDP, qualité de reformulation et verdict conforme du détecteur compris.*
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**Agent 4 — L'Auditeur Qualité (Fact-Checking & Plagiat, hors manuscrit)**
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Une fois le texte figé par l'Agent 3 et écrit dans le fichier `.md`, il change de casquette : il ne touche plus à la prose pour l'embellir, il la met à l'épreuve. Il évalue le risque de similarité avec des contenus déjà publiés et confirme la singularité des formulations, puis — c'est le cœur de sa mission — **il ouvre réellement les sources externes citées en note de bas de page** et vérifie qu'au point précis où le renvoi est posé, le texte dit bien ce que la source dit : existence de la source, correspondance avec l'affirmation exacte, exactitude du chiffre ou de la citation, absence de glissement de sens. C'est le seul agent autorisé — et tenu — à sortir des fichiers de `Recherches/` pour aller lire les sources en ligne : la restriction de la section 3 ter existe pour éviter de noyer le contexte de rédaction sous des dizaines de références, or à ce stade le filtrage est déjà fait et il ne reste qu'une petite dizaine de notes à contrôler, celles que le lecteur verra imprimées. Tout écart de fond qu'il découvre est corrigé dans le manuscrit avant livraison ; ce qu'il ne peut pas trancher (paywall, lien mort) part dans la liste des vérifications de l'auteur. **Son rapport ne s'écrit jamais dans le manuscrit** : il constitue l'Étape 2 de la réponse, strictement isolée après le texte (voir section 3 nonies).
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@@ -375,6 +381,87 @@ Deux bugs techniques ont été détectés et corrigés lors de la validation de
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1. **« PARTIE N » et le numéro de chapitre n'apparaissaient pas du tout.** Cause : Pandoc insère automatiquement `\setcounter{secnumdepth}{-\maxdimen}` en tête de document dès que `--number-sections` n'est pas demandé — ce réglage désactive TOUTE numérotation dans `book.cls`, y compris celle de `\part` et `\chapter` (qui testent `secnumdepth` avant d'incrémenter `\thepart`/`\thechapter`). Corrigé en forçant `\setcounter{secnumdepth}{0}` dans `preambule.tex` (numérote part/chapter, mais pas les `##`/`###` internes, qui doivent rester sans numéro selon la section 3 sexies).
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2. **Le numéro de chapitre se superposait visuellement au titre dans la table des matières.** Cause : `\cftchapnumwidth=0pt` seul (première tentative) réduit la largeur réservée au numéro mais ne l'empêche pas d'être composé, provoquant un chevauchement avec le début du titre. Corrigé en redéfinissant `\l@chapter` pour neutraliser localement `\numberline` (qui porte le numéro dans le fichier `.toc`), avant d'appeler l'implémentation `tocloft` d'origine.
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### CHARTE TYPOGRAPHIQUE DU CORPS DE TEXTE (27/07/2026) — PDF et EPUB
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Jusqu'ici, le travail de mise en page portait sur la **structure** du livre : pages liminaires, titres de partie, en-têtes, table des matières. Le **corps du texte**, lui, sortait encore avec les réglages par défaut de Pandoc, qui sont ceux d'un document technique et non d'un livre : police Latin Modern, paragraphes sans alinéa séparés par un blanc, interligne serré, feuille de style EPUB au fer à gauche sans césure. Cette session a repris ce niveau-là, pour les deux sorties.
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**Trois fichiers nouveaux à la racine**, tous référencés par `compiler-livre.sh` :
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| Fichier | Sortie | Rôle |
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| `epub.css` | EPUB | Feuille de style complète (alinéas, justification, césure, titres, citations, notes). Remplace celle de Pandoc. |
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| `typographie-francaise.lua` | PDF + EPUB | Espaces insécables de la typographie française. |
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| `structure-epub.lua` | EPUB | Reconstruit les titres écrits en LaTeX brut (Introduction, Conclusion, pages de partie). |
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#### Ce qui a changé dans le PDF (`preambule.tex`, nouvelle section « 0 bis »)
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- **Police du corps de texte : Cochineal**, dérivé libre des Crimson, famille des garaldes (Garamond, Bembo). Vraies petites capitales, vraies italiques, ligatures, couverture complète du français — et une version Type 1, donc compatible `pdflatex` sans changer de moteur. Chiffres alignés et tabulaires (voir plus bas pourquoi). Le préambule se replie automatiquement sur Latin Modern si la police n'est pas installée : le livre compile toujours, avec un simple avertissement.
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- **Microtypographie complète** : expansion de fonte et protrusion activées (Pandoc charge `microtype` mais sans l'expansion). C'est ce qui donne le gris de page régulier d'un livre imprimé : plutôt que d'écarter les mots, pdftex étire ou resserre les caractères de moins de 2 % et laisse la ponctuation dépasser dans la marge. **Effet mesuré : zéro `Overfull \hbox` et zéro `Underfull \hbox` sur l'ensemble du manuscrit compilé.**
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- **Interligne porté à 1,35** (`\linespread{1.09}`), au lieu de 1,24 par défaut en 11pt. Valeur des essais français en 6×9. Coût assumé : quelques pages de plus.
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- **Alinéas, et aucun blanc entre les paragraphes.** C'est le marqueur n° 1 qui sépare un livre composé d'une page web. Pandoc, laissé à lui-même, charge le paquet `parskip` : `\parindent` à zéro et un demi-interligne entre chaque paragraphe. Deux réglages redondants à dessein corrigent cela — `-V indent=true` dans le script (qui empêche le chargement de `parskip`) et un `\parindent`/`\parskip` explicites dans le préambule.
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- **Veuves et orphelines interdites** (`\widowpenalty` et `\clubpenalty` à 10000, plus `\brokenpenalty`). `\raggedbottom` accompagne ce choix : sans blanc entre les paragraphes, LaTeX n'a plus de ressort vertical à étirer, et `\flushbottom` produirait des dizaines d'avertissements en dilatant les rares espaces disponibles. La variation d'une ligne en pied de page est assumée.
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- **Sous-titres `##` refaits** : italique centrée, corps à peine supérieur au texte, sans gras, avec plus d'air avant qu'après. Ils marquent une respiration, pas une section de rapport. Le niveau `###` est défini par sécurité (petites capitales discrètes) même s'il reste proscrit à la rédaction.
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- **Citations en bloc** (`>`) : retrait symétrique de 1,8 em, corps réduit, air au-dessus et en dessous. Pas d'italique imposée sur le bloc — les citations de ce livre sont longues, et plusieurs lignes d'italique fatiguent l'œil.
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- **Notes de bas de page** : filet raccourci au cinquième de la justification (au lieu du tiers par défaut), texte aligné sur son numéro. Le corps reste à 9pt, valeur déjà conforme.
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- **Ouverture de chapitre plus généreuse** : la descente avant le titre passe de 2 em (22pt, soit *moins* que les 50pt que `book.cls` réserve nativement) à `0.10\textheight` (~56pt). Le chapitre démarrait presque au ras de la marge haute.
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- **Interlettrage des capitales** (`\lsstyle` de microtype, 45/1000 em) sur les titres de partie, de chapitre et la page de table des matières. Des capitales composées au fer paraissent toujours trop serrées.
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#### Bug corrigé : l'indentation des chapitres dans la table des matières ne s'appliquait pas
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L'ancienne implémentation de `\l@chapter` enveloppait celle de `tocloft` en neutralisant `\numberline`, avec `\cftchapnumwidth` à 0pt. Le numéro disparaissait bien, mais **l'indentation des entrées de chapitre était nulle** : elles s'alignaient exactement sur les titres de partie. C'est ce qui avait conduit à porter `\cftchapindent` de 1.5em à 5em « pour que ce soit visible » — sans effet, puisque la valeur n'était plus lue.
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Cause : le mécanisme hérité de `\@dottedtocline` positionne la première ligne par un jeu d'écritures qui s'annulent (`leftskip` = indentation, `parindent` = indentation, puis `\hskip -\leftskip` une fois la largeur du numéro ajoutée). Le calcul ne retombe sur l'indentation voulue que si la largeur réservée au numéro est **non nulle**. À 0pt, la première ligne revenait au ras de la marge — et comme aucun titre de chapitre ne dépasse une ligne, l'indentation n'apparaissait jamais. Vérifié par sonde : `\cftchapindent` valait bien 5em, puis 15em, au moment exact de l'appel, sans le moindre déplacement à l'écran.
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Correctif : la ligne de chapitre est désormais composée directement dans le préambule, sans passer par le mécanisme à compensation (`leftskip` pour l'indentation, `\parindent` nul, `\numberline` absorbé par `\@gobble`, folio dans une boîte de largeur fixe). `\cftchapindent` est ramené à **2em**, valeur qui suffit maintenant qu'elle s'applique.
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**Effet de bord corrigé au passage :** les chiffres proportionnels désalignaient visiblement la colonne des folios, chaque chiffre n'ayant pas le même approche à droite. D'où le choix de chiffres **tabulaires** pour la police du corps.
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#### Les espaces insécables françaises (`typographie-francaise.lua`)
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Le manuscrit ne contenait **aucune espace insécable** (zéro U+00A0, zéro U+202F) : les espaces avant `:` `;` `!` `?` et dans les guillemets étaient des espaces ordinaires, donc étirables à la justification et coupables en fin de ligne.
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`babel-french` sait faire ce travail, mais **Pandoc le charge avec `shorthands=off` codé en dur dans son gabarit LaTeX**, ce qui désactive définitivement les raccourcis concernés. Aucune réactivation depuis le préambule n'est possible : les raccourcis ne sont même pas déclarés (vérifié par sonde sur le catcode de « : », qui reste à 12 ; `\shorthandon{;:!?}` échoue avec « not a shorthand »).
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Le filtre Lua traite donc le problème en amont, une fois pour les deux sorties. **Principe directeur : normaliser, jamais inventer.** Le filtre ne transforme que les espaces déjà présentes dans le manuscrit :
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- espace fine insécable (U+202F) avant `:` `;` `!` `?` et avant `»`, et après `«` ;
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- espace insécable (U+00A0) avant `%` ;
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- espace fine insécable dans les groupes de milliers (`150 000`).
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Un titre anglais cité en note — « …Teen's Suicide? » — n'a pas d'espace avant son point d'interrogation : il reste donc intact, ce qui est la règle (on ne francise pas la ponctuation d'un titre étranger). Pandoc traduit U+202F en `\,` et U+00A0 en `~` : rien à déclarer dans le préambule, et le `\,` étant un crénage, il ne s'étire jamais à la justification.
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**Piège Lua rencontré, à ne pas réintroduire :** les classes de caractères de Lua travaillent sur les **octets**. Mettre `»` (0xC2 0xBB) dans une classe `[:;!?»]` y fait aussi entrer `«` (0xC2 0xAB), qui partage son premier octet — le guillemet ouvrant recevait alors son espace du mauvais côté. Le guillemet fermant est donc testé séparément.
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#### Divergence assumée avec les chartes anglo-saxonnes : l'alinéa après un titre
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La consigne courante (« supprimer le retrait de première ligne sur le premier paragraphe qui suit un titre ») est la règle **anglo-saxonne**. La tradition française fait l'inverse et indente aussi ce paragraphe ; `babel-french` l'impose d'ailleurs, en surchargeant les `\titlespacing*` étoilés de `titlesec`. Le rendu actuel suit donc la règle française, et c'est délibéré. **Ne pas « corriger » ce point.** Pour l'EPUB, en revanche, `epub.css` supprime bien l'alinéa après un titre : le CSS n'a pas d'équivalent de `babel-french`, et la cohérence visuelle sur écran s'en trouve mieux.
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#### Ce qui n'a PAS été touché, volontairement
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- **Les marges KDP** (`compiler-livre.sh` : 0,625" en gouttière, 0,5" extérieur, 0,6" haut et bas). Elles viennent du tableau officiel Amazon, section 11 : c'est une contrainte d'impression, pas un choix esthétique.
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- **Les en-têtes et pieds de page**, validés par l'auteur (section 3 de `preambule.tex`).
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- **La séquence des pages liminaires**, la structure des pages de partie, l'objectif « table des matières sur une page ».
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- **La descente au tiers de page** est réservée aux pages de partie, qui n'ont que ça à porter. La même valeur sur un titre de chapitre, qui partage sa page avec le début du texte, gaspillerait la page.
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#### Ce qui a changé dans l'EPUB
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L'EPUB partait de la feuille de style par défaut de Pandoc : `text-indent: 0`, `margin: 1em 0` entre paragraphes, `line-height: 1.2`, aucune justification, aucune césure. `epub.css` la remplace intégralement (dès qu'on passe `--css`, Pandoc n'injecte plus la sienne — d'où les remises à zéro de base dans le fichier).
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Deux règles de méthode y sont tenues : **unités relatives exclusivement** (`em`, `%` ; jamais de `px` ni de `pt`, qui cassent l'échelle quand le lecteur agrandit le texte) et **aucune police propriétaire imposée** (une pile de familles génériques, le réglage du lecteur devant primer). Sont couverts : justification et césure automatique, alinéa de 1,2 em sans blanc entre paragraphes, suppression de l'alinéa après un titre, titres de chapitre et de partie, sous-titres en italique, citations en bloc, appels de note, page de titre, page de mentions légales, table de navigation.
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Les sélecteurs visent `class` et `role` (`[role~="doc-footnote"]`, `.footnotes`), jamais `epub:type` : le préfixe `epub|` exigerait une déclaration `@namespace` que les liseuses anciennes gèrent mal.
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#### Deux défauts structurels de l'EPUB corrigés
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1. **L'Introduction et la Conclusion n'avaient aucun titre dans l'EPUB.** Leur titre est écrit en LaTeX brut (`\chapter*{...}`, pour contourner le bug du « 1 » parasite documenté plus haut), et un bloc LaTeX est purement ignoré par le convertisseur EPUB. Conséquence : l'Introduction sortait sans titre, collée à la fin du fichier de la préface, absente du sommaire de la liseuse. Même chose pour la Conclusion, et les quatre pages de partie ne provoquaient aucune coupure de fichier.
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`structure-epub.lua` relit ces blocs et en reconstruit un vrai titre de niveau 1. Pandoc coupant ses fichiers XHTML aux titres de niveau 1 et bâtissant son sommaire à partir d'eux, les six éléments retrouvent d'un coup leur titre affiché, leur propre page et leur entrée de navigation. **Le sommaire de la liseuse est passé de 13 entrées bancales (dont une entrée fantôme) à 19 entrées complètes : Introduction, 4 parties, 12 chapitres, Conclusion.**
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Les fichiers `partieN-*.md` ne portent donc plus qu'un seul bloc, le LaTeX : leur ancien bloc HTML en double a été retiré, et avec lui le risque de laisser diverger deux versions du même titre.
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2. **La page de mentions légales était absente de l'EPUB** — même cause, bloc LaTeX ignoré : le livre numérique ne portait aucune mention de copyright, de dépôt légal ni d'ISBN. Un bloc HTML équivalent a été ajouté à `mentions-legales.md`. **Ce contenu-là est en double, et doit être tenu à jour aux deux endroits** : contrairement à un titre, il ne se dérive pas automatiquement du bloc LaTeX (c'est une mise en page de page, pas un titre). La mention « Imprimé à la demande par Amazon » reste volontairement absente de l'EPUB.
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#### Une correction dans le manuscrit
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Le titre du chapitre 11 s'écrivait `# Le "filtre" éthique`, avec des guillemets droits que Pandoc convertit en guillemets anglais (`“filtre”`). Corrigé en guillemets français : `# Le « filtre » éthique`. Le plan de la section 4 de ce fichier garde l'ancienne graphie, sans conséquence — c'est la ligne `#` du fichier qui est imprimée.
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### Prérequis techniques pour la compilation
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Deux packages LaTeX supplémentaires à ceux déjà installés (section 11) sont nécessaires pour cette mise en page personnalisée : `titlesec` (personnalisation des titres de partie/chapitre) et `tocloft` (personnalisation de la table des matières). Ils ne font pas partie de l'installation BasicTeX de base.
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@@ -385,7 +472,16 @@ sudo tlmgr install titlesec tocloft
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Comme pour l'installation de BasicTeX (section 11), cette commande demande une confirmation de mot de passe macOS interactive : à lancer manuellement dans un terminal.
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Le script `compiler-livre.sh` vérifie la présence de ces deux packages avant de lancer la compilation, et affiche un message d'erreur explicite avec la commande à lancer s'ils manquent.
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**Police du corps de texte (ajoutée le 27/07/2026), installable SANS mot de passe administrateur** grâce au mode utilisateur de `tlmgr`, qui installe dans `~/Library/texmf` :
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```bash
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tlmgr init-usertree
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tlmgr --usermode install cochineal xstring fontaxes
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```
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`xstring` et `fontaxes` sont des dépendances de `cochineal` absentes de BasicTeX ; sans elles la compilation s'arrête sur « File not found ». **Déjà installés sur cette machine le 27/07/2026.**
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Le script `compiler-livre.sh` vérifie `titlesec` et `tocloft` avant de lancer la compilation (erreur bloquante), et signale l'absence de `cochineal` par un simple avertissement : le préambule sait se replier sur Latin Modern, le livre compile dans tous les cas, mais le rendu n'est plus celui prévu.
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@@ -474,17 +570,88 @@ Les quatre verdicts, et ce qu'ils impliquent :
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## 3 decies. BROUILLAGE ALGORITHMIQUE (singularité de la plume face aux détecteurs d'IA)
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**Constat du 27/07/2026.** L'introduction et les trois chapitres de la Partie 1 se font attraper par les détecteurs de texte généré (GPTZero, Originality.ai, Compilatio IA et équivalents). Le problème n'est ni le fond, ni les sources, ni même le vocabulaire : la mesure du manuscrit montre un lexique propre — zéro « tisser une toile », zéro « en fin de compte » — mais une **syntaxe régulière** et deux figures répétées à haute fréquence qui suffisent à signer la machine. C'est un enjeu éditorial direct : un manuscrit classé « généré par IA » perd sa crédibilité d'essai d'auteur, et l'étiquette peut se coller à la publication comme aux reprises presse.
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Cette section prime sur le confort d'écriture. Elle ne remplace pas le mix « Best-Seller » (section 2), elle en durcit la clause de rythme.
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### Règle 1 — Maximiser la « burstiness » (asymétrie rythmique)
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Un modèle de langue converge vers la longueur de phrase moyenne ; un auteur casse son propre rythme.
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- **Jamais deux phrases consécutives de longueur comparable.** Alterner la phrase longue à incises et la phrase brutale de deux à cinq mots. Une suite de trois phrases calibrées autour de la même longueur est un plateau : le détecteur ne voit rien d'autre.
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- **Au moins une phrase sur huit fait cinq mots ou moins.** Elle ne sert pas d'ornement : elle tranche, elle assène, elle laisse tomber.
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- **Un paragraphe d'une seule ligne, isolé, pour porter une idée choc.** Le blanc typographique fait partie de l'argument.
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- **Longueur de paragraphe franchement inégale.** Un pavé de quinze lignes peut être suivi de six mots seuls. La symétrie est une signature (voir aussi `00_SYNTHESE_PARTIE_1.md`, point de forme sur le gabarit devenu prévisible).
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### Règle 2 — Hausser la perplexité (lexique imprévisible)
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Fuir le mot le plus probable. **Bannis absolument**, en plus des tics déjà listés en section 2 : « tisser une toile », « naviguer dans un paysage », « en fin de compte », « il est crucial / essentiel / impératif », « il convient de », « une symphonie », « une danse », « un ballet », « repousser les limites », « à l'ère du numérique », « changement de paradigme », « pierre angulaire », « à double tranchant », « jouer un rôle clé », « ouvrir la voie à », « un défi de taille », « véritable révolution », « boîte noire ». Verbes d'action tranchants, lexique d'investigation, mot concret plutôt que mot-valise abstrait.
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### Règle 3 — Supprimer les charnières artificielles
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Aucun paragraphe, aucune phrase du corps ne commence par un connecteur logique scolaire : « En effet », « Par conséquent », « Néanmoins », « De plus », « En outre », « Toutefois », « Cependant », « Ainsi », « Dès lors », « Par ailleurs », « Autrement dit », « De ce fait », « C'est pourquoi », « Or », « Enfin », « En somme ». Entrer directement par le sujet ou par l'action. La logique doit tenir par l'enchaînement des faits, pas par un balisage de dissertation. Un connecteur toléré par section, pas davantage, et jamais deux fois le même dans un chapitre.
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### Règle 4 — Désarmer les deux marqueurs de fabrication (mesurés sur la Partie 1)
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Ce sont eux qui coûtent le plus cher aujourd'hui.
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**L'incise en tiret cadratin (`—`).** C'est le tic d'écriture le plus reconnaissable des modèles de langue, et le manuscrit en portait 6 à 8 pour mille mots (89 dans le seul chapitre 3, soit un tous les 130 mots). **Plafond : 4 pour mille mots**, réservés aux vraies ruptures de voix. Les autres se traitent de quatre façons, dans cet ordre de préférence : couper en deux phrases (bénéfice double, la burstiness monte), passer à la virgule, passer au deux-points quand l'incise explique, passer à la parenthèse quand elle relègue. Ne jamais remplacer mécaniquement un tiret par un autre signe partout : c'est l'uniformité du procédé qui trahit, pas le signe lui-même.
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**L'antithèse « ce n'est pas X, c'est Y ».** Déjà identifiée comme tic n° 1 par l'auteur (`00_SYNTHESE_PARTIE_1.md`), elle est aussi un marqueur statistique de génération. Le chapitre 3 en comptait dix-huit. **Plafond : quatre par chapitre**, sur les bascules réellement décisives. Les autres se réécrivent en affirmation directe, en question, en scène, ou par le chiffre nu.
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À surveiller au même titre, sans plafond chiffré : le **tricolon** (« A, B et C ») qui rythme mécaniquement, et la **phrase-bilan de paragraphe** qui reformule ce qui vient d'être dit.
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### L'outil de mesure : `detecteur-ia.py`
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Aucune de ces règles ne s'évalue à l'œil. Un script de diagnostic est en place à la racine du projet :
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```bash
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python3 detecteur-ia.py # tout le manuscrit + tableau de synthèse
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python3 detecteur-ia.py 04-chap04-fin-du-travail.md # une section
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python3 detecteur-ia.py -v 04-chap04-fin-du-travail.md # + n° de ligne de chaque tic
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```
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Il nettoie le Markdown (notes de bas de page, titres, HTML, LaTeX) puis mesure : coefficient de variation des longueurs de phrase, part de phrases de cinq mots ou moins, plateaux rythmiques, tics lexicaux localisés à la ligne, charnières en tête de paragraphe et de phrase, densité de tirets cadratins, antithèses, tricolons, régularité des paragraphes. Il conclut par un verdict par fichier.
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**Seuils de livraison** (un chapitre ne part pas en revue auteur en dessous) :
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| Indicateur | Seuil |
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| CV des longueurs de phrase | ≥ 0,55 |
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| Phrases de ≤ 5 mots | ≥ 12 % |
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| Tirets cadratins | ≤ 4 / 1 000 mots |
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| Antithèses « pas X, c'est Y » | ≤ 6 par section (viser 4) |
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| Charnières en tête de paragraphe | ≤ 2 par section |
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| Tics lexicaux (règle 2) | 0 |
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| CV des longueurs de paragraphe | ≥ 0,45 |
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### Ce que ces règles ne sont pas
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**Un jeu de contournement.** L'objectif est une voix singulière, pas une statistique maquillée. Un texte qui passe les seuils mais dont le sens s'est délité au montage a échoué : la clarté et l'exactitude (section 3, règle 2) priment toujours sur l'indicateur. En cas de conflit réel entre une phrase juste et un seuil, la phrase juste gagne, et l'écart se rattrape ailleurs dans le chapitre.
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**Une garantie.** Les détecteurs sont probabilistes, leur taux de faux positifs sur la prose d'essai est élevé, et leurs modèles bougent. Passer les sept seuils réduit fortement le signal ; cela ne délivre aucun certificat. Le tableau de suivi (section 6) consigne donc une mesure datée, jamais un label définitif.
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### Qui applique quoi
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- **Agent 2 (Rédacteur)** écrit d'emblée sous ces quatre règles. Elles ne se rattrapent pas bien en réécriture : un texte pensé en phrases longues et régulières reste régulier même après découpage.
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- **Agent 3 (Relecteur)** lance `python3 detecteur-ia.py <fichier>` avant de figer le texte, corrige chaque alerte, relance jusqu'à ce que le verdict soit conforme, et vérifie qu'aucune correction n'a abîmé le sens ni cassé une note de bas de page.
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- **Agent 4 (Auditeur)** n'a rien à faire ici : sa mission porte sur les sources et le plagiat, pas sur la stylométrie. Le résultat du détecteur n'entre pas dans le rapport d'audit.
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## 4. Plan détaillé du livre
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**Introduction : Le silence après la question** — `00-introduction.md`
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### Partie 1 : L'Érosion du Réel (Risques immédiats) — `partie1-erosion-du-reel.md`
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- **Chapitre 1 : La mort de la vérité** (Deepfakes, désinformation) — `01-chap01-mort-de-la-verite.md`
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- **Chapitre 2 : Les préjugés en code source** (Biais algorithmiques) — `02-chap02-prejuges-en-code-source.md`
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- **Chapitre 2 : Le neuvième nom** (Biais algorithmiques) — `02-chap02-prejuges-en-code-source.md`
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- **Chapitre 3 : L'anesthésie cognitive** (Sous-traitance de la pensée) — `03-chap03-anesthesie-cognitive.md`
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### Partie 2 : Le Grand Bouleversement (Socio-économie) — `partie2-grand-bouleversement.md`
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- **Chapitre 4 : La fin du travail tel qu'on le connaît** — `04-chap04-fin-du-travail.md`
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- **Chapitre 4 : Les luddites avaient un marteau** (Emploi, automatisation du jugement) — `04-chap04-fin-du-travail.md`
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- **Chapitre 5 : Le hold-up sur la création** — `05-chap05-holdup-sur-la-creation.md`
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- **Chapitre 6 : Les nouveaux maîtres du monde** (Monopoles technologiques) — `06-chap06-nouveaux-maitres-du-monde.md`
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@@ -500,11 +667,15 @@ Les quatre verdicts, et ce qu'ils impliquent :
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**Conclusion : Coexister ou Subir** — `13-conclusion.md`
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**Retitrage du 27/07/2026 (chapitres 2 et 4).** « Les préjugés en code source » est devenu **« Le neuvième nom »** : l'ancien titre annonçait la thèse que le chapitre réfute (le préjugé n'est pas dans le code, il est dans les données, dans la cible assignée et dans un siècle de décisions enregistrées), et le nouveau s'appuie sur la trouvaille centrale du dossier Williams, neuvième sur une liste de sosies statistiques, sur un permis périmé. « La fin du travail tel qu'on le connaît » est devenu **« Les luddites avaient un marteau »** : la cheville « tel qu'on le connaît » ne disait rien, « la fin du travail » est le titre de Rifkin depuis 1995, et la matière réunie ne décrit pas une disparition du travail mais une polarisation, un déclassement et la suppression de l'échelon d'entrée. Le nouveau titre porte la distinction qui structurera le chapitre : les briseurs de machines savaient quoi casser et où, l'automatisation du jugement ne présente aucune cible équivalente.
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**Les noms de fichiers n'ont pas été modifiés** (`02-chap02-prejuges-en-code-source.md`, `04-chap04-fin-du-travail.md`). Le titre imprimé est la ligne `#` en tête de fichier ; le script de compilation monte les sections par nom de fichier. Renommer les fichiers obligerait à mettre à jour `compiler-livre.sh`, `compter-mots.py`, `detecteur-ia.py` et les identifiants de notes (`c02-*`), pour un gain nul. **Ne pas confondre le nom de fichier et le titre du chapitre** : c'est le seul point de friction laissé par ce retitrage.
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### Les quatre parties existent physiquement dans le livre (mis en place le 25/07/2026)
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Les quatre grandes divisions ne vivaient jusqu'ici que dans ce fichier de coordination : le livre compilé alignait quatorze titres à plat, de l'introduction à la conclusion, sans jamais signaler au lecteur qu'il changeait de mouvement. Chaque partie dispose désormais d'un **fichier de séparateur** (`partieN-*.md`), inséré dans l'ordre de montage du script `compiler-livre.sh`.
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- Ces fichiers ne contiennent **aucun texte rédigé** : uniquement une instruction de titre de partie, en LaTeX pour le PDF (`\part{...}`, qui produit une page de titre dédiée) et en HTML pour l'EPUB (titre centré avec saut de page forcé). Rien à écrire dedans, rien à relire.
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- Ces fichiers ne contiennent **aucun texte rédigé** : uniquement une instruction de titre de partie en LaTeX (`\part{...}`, qui produit une page de titre dédiée dans le PDF). Rien à écrire dedans, rien à relire. **Depuis le 27/07/2026, c'est la source unique du titre** : pour l'EPUB, le filtre `structure-epub.lua` relit ce bloc et en reconstruit un vrai titre de niveau 1 (« Partie N » puis le titre), ce qui donne à la partie sa propre page, son entrée dans le sommaire de la liseuse et le style défini dans `epub.css`. Le bloc HTML qui doublonnait le titre dans ces fichiers a été retiré : ne pas le rétablir, ce serait deux versions du même titre à maintenir.
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- **Ne jamais renommer ni déplacer ces fichiers sans mettre à jour le tableau `CHAPITRES` du script**, qui définit l'ordre de montage réel : introduction, séparateur 1, chapitres 1 à 3, séparateur 2, chapitres 4 à 6, séparateur 3, chapitres 7 à 9, séparateur 4, chapitres 10 à 12, conclusion.
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- Effet vérifié à la compilation : la table des matières du PDF fait apparaître les quatre parties au-dessus de leurs chapitres respectifs, et chaque partie ouvre sur une page de titre neuve. Les numéros de chapitre et le contenu des chapitres restent strictement inchangés.
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- Point connu et assumé : la conclusion, qui n'appartient à aucune partie, se place après la quatrième dans la table des matières. Si cela devait gêner, la solution serait un séparateur supplémentaire non numéroté avant la conclusion — inutile pour l'instant.
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@@ -647,15 +818,15 @@ python3 compter-mots.py
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Il compte le **corps du texte** — ce que le lecteur lit comme prose — en excluant le bloc de définitions des notes de bas de page, les appels de notes, les blocs LaTeX ou HTML bruts, les commentaires et les commandes LaTeX isolées. Le texte des notes est imprimé dans le livre et compte pour la pagination, mais pas pour cette colonne, dont l'objet est de mesurer le volume de prose rédigée par rapport au plancher de la section. **Ne jamais renseigner cette colonne à la main : relancer le script et recopier sa sortie**, sans quoi la dérive recommencera.
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Valeurs au 26/07/2026 : introduction 3 649 ; chapitre 1, 8 516 ; chapitre 2, 10 948 ; chapitre 3, 11 604 — soit 34 717 mots de prose pour un plancher cumulé de 15 000 sur ces quatre sections.
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Valeurs au 27/07/2026, après la passe de brouillage algorithmique (section 3 decies) : introduction 3 789 ; chapitre 1, 8 460 ; chapitre 2, 10 918 ; chapitre 3, 11 555 — soit 34 722 mots de prose pour un plancher cumulé de 15 000 sur ces quatre sections. Le total est stable à cinq mots près par rapport à la mesure du 26/07 (34 717) : la passe a redistribué le rythme, elle n'a rien retiré au fond.
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| # | Chapitre | Fichier | Notes reçues | Statut | Mots (min.) | Mots écrits | Scan anti-plagiat |
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| — | Introduction : Le silence après la question | `00-introduction.md` | ☑ (+ compléments) | **v3 + audit des sources (26/07/2026)** | 3 000 | **3 649** | 2026-07-26 : OK |
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| 1 | La mort de la vérité | `01-chap01-mort-de-la-verite.md` | ☑ (+ compléments) | **Brouillon (passes 1-3 + audit)** | 4 000 | **8 516** | — |
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| 2 | Les préjugés en code source | `02-chap02-prejuges-en-code-source.md` | ☑ (+ `02_complements2.md`) | **Brouillon (passes 1-3 + audit)** | 4 000 | **10 948** | — |
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| 3 | L'anesthésie cognitive | `03-chap03-anesthesie-cognitive.md` | ☑ (+ compléments) | **Brouillon v2 (réécrit, passes 1-3 + audit intégral des sources)** | 4 000 | **11 604** | — |
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| 4 | La fin du travail tel qu'on le connaît | `04-chap04-fin-du-travail.md` | ☑ (+ compléments) | Notes reçues | 4 000 | — | — |
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| — | Introduction : Le silence après la question | `00-introduction.md` | ☑ (+ compléments) | **v3 + audit des sources (26/07) + brouillage (27/07)** | 3 000 | **3 789** | 2026-07-26 : OK |
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| 1 | La mort de la vérité | `01-chap01-mort-de-la-verite.md` | ☑ (+ compléments) | **Brouillon (passes 1-3 + audit) + brouillage (27/07)** | 4 000 | **8 460** | — |
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| 2 | Le neuvième nom | `02-chap02-prejuges-en-code-source.md` | ☑ (+ `02_complements2.md`) | **Brouillon (passes 1-3 + audit) + brouillage (27/07)** | 4 000 | **10 918** | — |
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| 3 | L'anesthésie cognitive | `03-chap03-anesthesie-cognitive.md` | ☑ (+ compléments) | **Brouillon v2 (passes 1-3 + audit intégral des sources) + brouillage (27/07)** | 4 000 | **11 555** | — |
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| 4 | Les luddites avaient un marteau | `04-chap04-fin-du-travail.md` | ☑ (+ compléments) | Notes reçues | 4 000 | — | — |
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| 5 | Le hold-up sur la création | `05-chap05-holdup-sur-la-creation.md` | ☑ (+ compléments) | Notes reçues | 4 000 | — | — |
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| 6 | Les nouveaux maîtres du monde | `06-chap06-nouveaux-maitres-du-monde.md` | ☑ (+ compléments) | Notes reçues | 4 000 | — | — |
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| 7 | La guerre automatisée | `07-chap07-guerre-automatisee.md` | ☑ (+ compléments) | Notes reçues | 4 000 | — | — |
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@@ -670,16 +841,35 @@ Valeurs au 26/07/2026 : introduction 3 649 ; chapitre 1, 8 516 ; chapitre 2, 10
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**Colonne « Scan anti-plagiat »** : renseignée uniquement après que l'auteur a relu le chapitre et demandé explicitement le lancement du scan Copyscape (section 3 sexies). Format : `AAAA-MM-JJ : OK` ou `AAAA-MM-JJ : à corriger (détail)`. Reste à `—` tant que le scan n'a pas été demandé, y compris si le chapitre est déjà rédigé.
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**Passe de brouillage algorithmique (section 3 decies) — état au 27/07/2026.** L'introduction et les trois chapitres de la Partie 1 se faisaient attraper par les détecteurs de texte généré. Diagnostic : lexique propre (zéro tic de LLM), rythme correct, mais deux marqueurs syntaxiques lourds — une densité de tirets cadratins de 6 à 8 pour mille mots et des antithèses « ce n'est pas X, c'est Y » en série (dix-huit dans le seul chapitre 3). Les quatre sections ont été repassées : incises en tiret coupées en phrases, converties en virgule, deux-points ou parenthèse selon les cas ; antithèses réécrites en affirmation, question ou chiffre nu ; charnières scolaires supprimées en tête de phrase et de paragraphe ; phrases coup-de-poing ajoutées. Aucun fait, chiffre, citation ni note de bas de page modifié, volume de prose inchangé (34 717 → 34 722 mots).
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| Section | Tirets / 1 000 | Phrases ≤ 5 mots | Antithèses | Charnières | CV phrases | Verdict |
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|---|:---:|:---:|:---:|:---:|:---:|---|
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| Introduction | 6,1 → **2,9** | 11,0 → **13,1 %** | 4 → **4** | 1 → **0** | 0,61 → **0,62** | conforme |
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| Chapitre 1 | 6,2 → **1,4** | 7,3 → **12,7 %** | 8 → **4** | 0 → **0** | 0,59 → **0,64** | conforme |
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| Chapitre 2 | 4,9 → **3,2** | 8,8 → **13,5 %** | 6 → **4** | 3 → **0** | 0,60 → **0,63** | conforme |
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| Chapitre 3 | 7,7 → **2,9** | 7,4 → **12,2 %** | 18 → **5** | 1 → **0** | 0,64 → **0,69** | conforme |
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Mesures obtenues avec `python3 detecteur-ia.py`. À relancer sur chaque nouvelle section avant de la soumettre à la relecture de l'auteur ; les seuils sont en section 3 decies. **Rappel : ces chiffres attestent d'une mesure datée, pas d'un label.** Les détecteurs évoluent, et un verdict conforme ne garantit aucun résultat sur un outil tiers.
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**Toutes les sections ont désormais reçu leurs notes de recherche, compléments inclus (le chapitre 3 a reçu son complément le 25/07/2026, passant de 4 136 à 12 843 mots).** Plus aucun point de vigilance particulier sur le volume de matière disponible.
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**Légende statut :** À faire → Notes reçues → En rédaction → Brouillon → Validé
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**Synthèses de partie (macro-édition par l'auteur) :**
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| Partie | Fichier | Date | Portée |
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|---|---|---|---|
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| Partie 1 | `00_SYNTHESE_PARTIE_1.md` | 26/07/2026 | Introduction + chapitres 1-3. Contraignant dès le chapitre 4. |
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| Partie 2 | — | — | À produire après les chapitres 4-6. |
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| Partie 3 | — | — | À produire après les chapitres 7-9. |
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| Partie 4 | — | — | À produire après les chapitres 10-12. |
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## 7. Procédure pour démarrer un chapitre (contexte propre)
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0. **Fichiers de synthèse de partie — lecture obligatoire quand ils existent.** Après achèvement d'une partie (3 chapitres rédigés), l'auteur produit sa propre relecture et en tire un fichier `00_SYNTHESE_PARTIE_N.md` (rapport de macro-édition : validation du plan, acquis de fond, empreinte stylistique à corriger, dettes explicites contractées envers les chapitres suivants, protocole de vérification). **Ce fichier n'appartient pas au manuscrit** et ne doit jamais entrer dans le tableau `CHAPITRES` de `compiler-livre.sh`, mais son contenu est **contraignant** pour la suite : c'est lui qui dit quelles munitions sont déjà brûlées, quels motifs ne pas rejouer, et quelles promesses le chapitre en cours doit honorer. **Avant de rédiger tout chapitre qui ouvre une nouvelle partie, ou qui suit immédiatement l'achèvement d'une partie, lire en entier le fichier `00_SYNTHESE_PARTIE_N.md` correspondant, en plus de ce fichier de coordination.** Fichiers existants : `00_SYNTHESE_PARTIE_1.md` (Introduction + chapitres 1 à 3), à appliquer dès la rédaction du **chapitre 4**. Les parties suivantes recevront leur propre synthèse selon le même principe (à attendre après les chapitres 4-6, 7-9, 10-12).
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1. Relire les sections 2 (style), 3, 3 bis, 3 ter, 3 quater, 3 quinquies, 3 sexies, 3 nonies (règles, règle des 2 fichiers, sources, workflow agents, notes de bas de page, mise en page KDP, protocole manuscrit/audit) et 5 (motifs) de ce fichier.
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0. **Fichiers de synthèse de partie — lecture obligatoire quand ils existent.** Après achèvement d'une partie (3 chapitres rédigés), l'auteur produit sa propre relecture et en tire un fichier `00_SYNTHESE_PARTIE_N.md` (rapport de macro-édition : validation du plan, acquis de fond, empreinte stylistique à corriger, dettes explicites contractées envers les chapitres suivants, protocole de vérification). **Ce fichier n'appartient pas au manuscrit** et ne doit jamais entrer dans le tableau `CHAPITRES` de `compiler-livre.sh`, mais son contenu est **contraignant** pour la suite : c'est lui qui dit quelles munitions sont déjà brûlées, quels motifs ne pas rejouer, et quelles promesses le chapitre en cours doit honorer. **Avant de rédiger tout chapitre qui ouvre une nouvelle partie, ou qui suit immédiatement l'achèvement d'une partie, lire en entier le fichier `00_SYNTHESE_PARTIE_N.md` correspondant, en plus de ce fichier de coordination.** Fichiers existants : `00_SYNTHESE_PARTIE_1.md` (Introduction + chapitres 1 à 3, rédigé par l'auteur le 26/07/2026 après relecture intégrale de la Partie 1), à appliquer dès la rédaction du **chapitre 4**. Ce fichier contient notamment : la validation de la thèse-pivot et de la progression interne, les angles morts à corriger (déséquilibre géographique, volume et économie du faux à rattraper au chapitre 6, notes de bas de page hors gabarit au chapitre 3), l'inventaire des neuf tics rhétoriques à rationner dans la suite, les dettes explicites du contexte roulant (section 4 de la synthèse), et un protocole de vérification en cinq contrôles à passer sur la Partie 2 avant de la déclarer raccordée. Les parties suivantes recevront leur propre synthèse selon le même principe (à attendre après les chapitres 4-6, 7-9, 10-12).
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1. Relire les sections 2 (style), 3, 3 bis, 3 ter, 3 quater, 3 quinquies, 3 sexies, 3 nonies, **3 decies** (règles, règle des 2 fichiers, sources, workflow agents, notes de bas de page, mise en page KDP, protocole manuscrit/audit, brouillage algorithmique) et 5 (motifs) de ce fichier.
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2. Lire les **notes de recherche sourcées** du chapitre dans `Recherches/` : tous les fichiers préfixés par le numéro de section (fichier d'Incarnation + fichier d'Argumentation + éventuels compléments).
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3. Vérifier la suffisance des notes ; si insuffisantes → demander des sources complémentaires plutôt que combler par de l'invention.
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4. Rédiger dans le fichier `.md` dédié à la racine du projet : ouverture narrative depuis le bloc Incarnation, puis argumentation depuis le bloc Argumentation, structurée selon les règles KDP (3 sexies). **Si une synthèse de partie (étape 0) impose un raccord d'ouverture précis ou une rupture de gabarit stylistique, l'appliquer prioritairement sur toute autre considération de forme.**
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@@ -698,8 +888,8 @@ Avant d'écrire, exécute la procédure de démarrage :
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Puis rédige le chapitre en appliquant le WORKFLOW MULTI-AGENTS SÉQUENTIEL (section 3 quater). N'écris pas du premier coup, enchaîne les trois passes de rédaction ci-dessous, puis la quatrième passe d'audit (AGENT 4) décrite dans le PROTOCOLE EN DEUX ÉTAPES plus bas :
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- AGENT 1 — Chercheur / Architecte : construis le plan interne du chapitre, choisis l'angle de l'accroche dans le fichier d'Incarnation, affecte les données clés du fichier d'Argumentation aux sections. Travaille PAR DÉFAUT uniquement avec la matière déjà présente dans les fichiers Recherches/ du chapitre (elle est abondante) — ne va PAS consulter les liens externes systématiquement. Ne remonte à une source (section 3 ter) que si une section entière du chapitre reste sans matière malgré le volume disponible ; dans ce cas seulement, ouvre le lien précis concerné, une fois, pour combler ce trou spécifique. ALLÈGE LA CHARGE COGNITIVE (directive absolue, section 3) : ne retiens que 2-3 penseurs/références percutants (écarte le reste, à réserver pour un chapitre ultérieur), une seule statistique phare par grand point (résume le reste en une phrase), et évoque en questions ouvertes — sans les prouver ici — les problèmes qui seront développés dans d'autres chapitres (principe du mystère). Montre-moi ce squelette, avec ce qui a été gardé et ce qui a été volontairement écarté.
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- AGENT 2 — Rédacteur « Best-Seller » : rédige la prose complète. Ouverture narrative et captivante bâtie sur le fichier 1 (L'Incarnation), puis fusion élégante du fichier 2 (L'Argumentation) pour l'argumentation principale. CIBLE RÉALISTE : 9 000 à 12 000 mots (plancher absolu 4 000 mots, jamais un plafond : exploite toute la matière disponible tant qu'elle apporte du fond, sans jamais délayer), en français. Style : le mix « Best-Seller » de la section 2 — entrée par le cas microscopique (Gladwell), hauteur philosophique (Harari), tension de thriller sur la technique (Lewis), investigation implacable sur le pouvoir (Klein). Rythme varié, zéro tic de langage IA, aucune statistique laissée sans incarnation. ANTI-PLAGIAT (section 3 septies, OBLIGATOIRE) : zéro copier-coller des notes de recherche. Chaque fait, chiffre, concept ou passage narratif doit être compris puis réécrit entièrement avec tes propres mots et ton propre style — jamais une phrase ou un paragraphe recopié ou simplement réarrangé depuis les fichiers `Recherches/`. Seule exception : les citations d'experts explicitement entre guillemets et attribuées (« comme le note X... ») peuvent être reprises verbatim, mais leur phrase de contexte doit être réécrite. SOURÇAGE : quand une étude, un chiffre officiel, une citation d'expert ou une décision de justice apporte une preuve visible au lecteur, pose une note de bas de page en Markdown (`[^c01-1]` + définition en fin de fichier), selon la convention de la section 3 quinquies. Préfixe systématiquement les identifiants par le numéro de la section (`c01-`, `c02-`, etc.) pour éviter toute collision lors de la fusion finale du livre. N'en mets pas à chaque phrase : uniquement quand la source apporte une autorité ou une vérifiabilité réelle. MISE EN PAGE KDP (section 3 sexies, obligatoire) : 2 à 4 sous-titres `##` MAXIMUM pour tout le chapitre, réservés aux grandes respirations — AUCUN `###`, et proscris l'« effet PowerPoint » (jamais un sous-titre toutes les 15 lignes). Utilise des transitions littéraires pour enchaîner les idées, pas des étiquettes de section. Les citations longues d'experts vont en bloc `>` (jamais en note de bas de page) ; tout tableau de données des notes de recherche est reformulé en prose ou en liste à puces, jamais recopié tel quel ; aucune tournure visuelle ou hypertextuelle (« voir ci-dessous », « cliquez ici », « dans le lien suivant ») — utilise des renvois textuels vers d'autres chapitres du livre à la place.
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- AGENT 3 — Relecteur / Chasseur de clichés : repasse sur le texte, chasse les répétitions et les clichés, coupe les longueurs creuses (jamais le fond), vérifie l'intégration organique des statistiques et la tenue du rythme. Les coupes visent le délayage, pas le volume : le texte final doit rester au-dessus du plancher. Vérifie aussi que les notes de bas de page sont pertinentes et non décoratives, que chaque appel `[^c...]` a bien sa définition, et qu'il n'y a ni doublon ni trou dans la numérotation. CONTRÔLE KDP : vérifie l'absence de blocs de plus de 15 lignes sans sous-titre, l'absence de tableaux larges (reformuler en prose/listes si trouvé), l'absence de toute tournure visuelle/hypertextuelle, et la cohérence des renvois inter-chapitres avec le plan réel du livre (section 4). CONTRÔLE ANTI-PLAGIAT : compare mentalement chaque passage factuel au texte des notes de recherche correspondantes ; toute phrase trop proche d'une formulation source (hors citation entre guillemets attribuée) doit être réécrite avant validation finale.
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- AGENT 2 — Rédacteur « Best-Seller » : rédige la prose complète. Ouverture narrative et captivante bâtie sur le fichier 1 (L'Incarnation), puis fusion élégante du fichier 2 (L'Argumentation) pour l'argumentation principale. CIBLE RÉALISTE : 9 000 à 12 000 mots (plancher absolu 4 000 mots, jamais un plafond : exploite toute la matière disponible tant qu'elle apporte du fond, sans jamais délayer), en français. Style : le mix « Best-Seller » de la section 2 — entrée par le cas microscopique (Gladwell), hauteur philosophique (Harari), tension de thriller sur la technique (Lewis), investigation implacable sur le pouvoir (Klein). Rythme varié, zéro tic de langage IA, aucune statistique laissée sans incarnation. BROUILLAGE ALGORITHMIQUE (section 3 decies, OBLIGATOIRE — le manuscrit se fait sinon détecter comme texte généré) : (1) asymétrie rythmique — jamais deux phrases consécutives de longueur comparable, au moins une phrase sur huit de cinq mots ou moins, des paragraphes de longueur franchement inégale, y compris des paragraphes d'une seule ligne pour isoler une idée choc ; (2) lexique imprévisible — bannis « tisser une toile », « naviguer dans un paysage », « en fin de compte », « il est crucial/essentiel », « une symphonie », « une danse », « repousser les limites », « à l'ère du numérique », « changement de paradigme », « pierre angulaire », « à double tranchant », « boîte noire », et privilégie le verbe d'action tranchant et le mot concret ; (3) aucune charnière logique scolaire en tête de phrase ou de paragraphe (« En effet », « Par conséquent », « Néanmoins », « De plus », « Toutefois », « Cependant », « Ainsi », « Autrement dit », « Or », « Enfin ») — entre directement par le sujet ou l'action ; (4) rationne les deux marqueurs de fabrication mesurés sur la Partie 1 — maximum 4 tirets cadratins pour 1 000 mots (coupe en deux phrases, virgule, deux-points ou parenthèse, en variant les solutions) et maximum 4 antithèses « ce n'est pas X, c'est Y » par chapitre. ANTI-PLAGIAT (section 3 septies, OBLIGATOIRE) : zéro copier-coller des notes de recherche. Chaque fait, chiffre, concept ou passage narratif doit être compris puis réécrit entièrement avec tes propres mots et ton propre style — jamais une phrase ou un paragraphe recopié ou simplement réarrangé depuis les fichiers `Recherches/`. Seule exception : les citations d'experts explicitement entre guillemets et attribuées (« comme le note X... ») peuvent être reprises verbatim, mais leur phrase de contexte doit être réécrite. SOURÇAGE : quand une étude, un chiffre officiel, une citation d'expert ou une décision de justice apporte une preuve visible au lecteur, pose une note de bas de page en Markdown (`[^c01-1]` + définition en fin de fichier), selon la convention de la section 3 quinquies. Préfixe systématiquement les identifiants par le numéro de la section (`c01-`, `c02-`, etc.) pour éviter toute collision lors de la fusion finale du livre. N'en mets pas à chaque phrase : uniquement quand la source apporte une autorité ou une vérifiabilité réelle. MISE EN PAGE KDP (section 3 sexies, obligatoire) : 2 à 4 sous-titres `##` MAXIMUM pour tout le chapitre, réservés aux grandes respirations — AUCUN `###`, et proscris l'« effet PowerPoint » (jamais un sous-titre toutes les 15 lignes). Utilise des transitions littéraires pour enchaîner les idées, pas des étiquettes de section. Les citations longues d'experts vont en bloc `>` (jamais en note de bas de page) ; tout tableau de données des notes de recherche est reformulé en prose ou en liste à puces, jamais recopié tel quel ; aucune tournure visuelle ou hypertextuelle (« voir ci-dessous », « cliquez ici », « dans le lien suivant ») — utilise des renvois textuels vers d'autres chapitres du livre à la place.
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- AGENT 3 — Relecteur / Chasseur de clichés : repasse sur le texte, chasse les répétitions et les clichés, coupe les longueurs creuses (jamais le fond), vérifie l'intégration organique des statistiques et la tenue du rythme. Les coupes visent le délayage, pas le volume : le texte final doit rester au-dessus du plancher. Vérifie aussi que les notes de bas de page sont pertinentes et non décoratives, que chaque appel `[^c...]` a bien sa définition, et qu'il n'y a ni doublon ni trou dans la numérotation. CONTRÔLE KDP : vérifie l'absence de blocs de plus de 15 lignes sans sous-titre, l'absence de tableaux larges (reformuler en prose/listes si trouvé), l'absence de toute tournure visuelle/hypertextuelle, et la cohérence des renvois inter-chapitres avec le plan réel du livre (section 4). CONTRÔLE ANTI-PLAGIAT : compare mentalement chaque passage factuel au texte des notes de recherche correspondantes ; toute phrase trop proche d'une formulation source (hors citation entre guillemets attribuée) doit être réécrite avant validation finale. CONTRÔLE DE SIGNATURE IA (section 3 decies, ÉTAPE BLOQUANTE) : une fois le texte écrit dans le fichier .md, lance `python3 detecteur-ia.py <fichier>`, corrige chaque alerte du rapport (rythme trop régulier, phrases coup-de-poing insuffisantes, plateaux de longueur, tics lexicaux localisés à la ligne, charnières, surdose de tirets cadratins, antithèses en série, paragraphes trop réguliers), puis relance le script jusqu'à obtenir un verdict conforme. Ne corrige jamais de façon uniforme (remplacer tous les tirets par des virgules recrée le motif mécanique), et vérifie qu'aucun ajustement de rythme n'a altéré le sens d'une phrase ni déplacé un appel de note.
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C'est la version issue de la passe 3 qui est écrite dans le fichier .md du chapitre.
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@@ -932,7 +1122,7 @@ Pour **chaque chapitre et pour la Conclusion**, deux requêtes de recherche prod
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- **MD 1 — Le Cas Pratique :** « Raconte en détail un cas majeur où un deepfake (audio ou vidéo) a perturbé une élection ou ruiné la vie d'un citoyen (contexte, coût de création, conséquences). »
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- **MD 2 — Le Concept :** « Explique le concept du "dividende du menteur" (liar's dividend) théorisé par les chercheurs. Donne des statistiques récentes sur la prolifération des deepfakes et l'automatisation de la désinformation. »
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**Chapitre 2 : Les préjugés en code source**
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**Chapitre 2 : Le neuvième nom**
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- **MD 1 — L'Injustice Humaine :** « Enquête en profondeur sur le procès "Mobley v. Workday" (discrimination au recrutement) ou le cas Robert Williams (fausse arrestation par reconnaissance faciale). Donne les détails humains et judiciaires. »
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- **MD 2 — La Boîte Noire :** « Explique techniquement comment les données historiques biaisées (redlining, etc.) infectent les réseaux de neurones. Cherche des citations de chercheuses en éthique (comme Timnit Gebru ou Joy Buolamwini). »
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@@ -942,7 +1132,7 @@ Pour **chaque chapitre et pour la Conclusion**, deux requêtes de recherche prod
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### Partie 2 — Le Grand Bouleversement
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**Chapitre 4 : La fin du travail**
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**Chapitre 4 : Les luddites avaient un marteau**
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- **MD 1 — Le Choc Historique :** « Compare l'arrivée de l'IA avec la révolte des Luddites au 19e siècle. En quoi l'automatisation cognitive est-elle différente de l'automatisation mécanique de l'époque ? »
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- **MD 2 — Les Projections :** « Cherche les rapports récents (FMI, Goldman Sachs) sur l'impact de l'IA sur l'emploi. Quels sont les 5 métiers de "cols blancs" les plus menacés, avec des statistiques précises ? »
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@@ -1025,13 +1215,13 @@ Comptage effectué sur l'ensemble des fichiers de `Recherches/`, compléments et
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**Chapitre 1 — La mort de la vérité**
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« Enquête sur l'impact psychologique à long terme de la "crise de la réalité" sur la population (quand plus personne ne croit à aucune vidéo ou image d'actualité). Cherche des études sociologiques ou psychologiques sur le cynisme politique de masse, la perte de confiance dans les institutions démocratiques, et donne-moi des exemples précis de théories du complot qui ont weaponisé l'excuse du "deepfake" pour rejeter de vrais scandales. »
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**Chapitre 2 — Les préjugés en code source**
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**Chapitre 2 — Le neuvième nom**
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« Cherche des cas précis, hors des États-Unis (en Europe, en Inde ou en Amérique latine), où des algorithmes de santé ou d'attribution de logements sociaux ont discriminé des minorités. Détaille le mécanisme technique exact qui a provoqué ce biais dans les données d'entraînement. »
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**Chapitre 3 — L'anesthésie cognitive**
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« Fais une recherche sur l'impact de l'IA générative sur les jeunes générations (enfants et adolescents) en matière de développement de l'empathie, de la patience et de la résolution de conflits. Existe-t-il des recherches sur l'addiction aux "compagnons virtuels" ou aux chatbots relationnels (type Character.ai) et leur effet sur le cerveau ? Donne des chiffres. »
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**Chapitre 4 — La fin du travail**
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**Chapitre 4 — Les luddites avaient un marteau**
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« Plutôt que de parler des macro-chiffres du chômage, cherche des enquêtes de terrain sur la transition vécue par des professions intellectuelles intermédiaires (les traducteurs indépendants, les illustrateurs juniors, les développeurs juniors). Quels sont les bouleversements psychologiques, la perte de sens du travail, et la chute de leurs revenus constatée entre 2024 et 2026 ? »
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**Chapitre 5 — Le hold-up sur la création**
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@@ -1119,6 +1309,16 @@ Le livre visant 250 à 320+ pages (voir section 1), le script `compiler-livre.sh
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**Ce script produit un PDF « manuscrit intérieur » uniquement.** KDP exige un fichier séparé pour la couverture (avec fond perdu obligatoire, elle) — non couvert par cette automatisation, à traiter séparément au moment de la publication (outil de couverture KDP, ou gabarit dédié).
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### Personnalisation possible du rendu
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### Personnalisation du rendu : où toucher quoi
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Le script utilise des options Pandoc conformes aux specs KDP par défaut (format livre 6×9", marges calibrées, corps 11pt, français). Pour aller plus loin (page de titre dédiée, police spécifique, style de citation), on peut ajouter un template LaTeX personnalisé ou un fichier `metadata.yaml` (titre, auteur, date) passé en premier argument à Pandoc — à faire au moment de la compilation finale, pas avant, pour ne pas alourdir le travail de rédaction en cours.
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La chaîne est faite de cinq pièces, et chacune a son domaine. Ne pas régler dans l'une ce qui relève d'une autre.
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| Fichier | Domaine |
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| `compiler-livre.sh` | Ordre de montage, format de page et marges KDP, options Pandoc, filtres appelés |
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| `metadata.yaml` | Titre, sous-titre, auteur — seule source de vérité pour ces trois informations |
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| `preambule.tex` | Toute la typographie du PDF : police, interligne, alinéas, titres, citations, notes, en-têtes, table des matières |
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| `epub.css` | Toute la mise en forme de l'EPUB |
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| `typographie-francaise.lua` / `structure-epub.lua` | Ponctuation française (les deux sorties) / reconstruction des titres LaTeX bruts (EPUB seul) |
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La charte typographique complète, avec le détail de chaque réglage et les bugs déjà corrigés, est en **section 3 octies**. Deux points à ne pas déplacer par erreur : les marges viennent du tableau KDP officiel (contrainte d'impression, pas choix esthétique) et l'alinéa du premier paragraphe après un titre suit la règle française, imposée par `babel-french` (ce n'est pas un défaut à corriger).
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+15
-13
@@ -1,5 +1,5 @@
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```{=latex}
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\chapter*{\texorpdfstring{Introduction\newline Le silence après la question}{Introduction — Le silence après la question}}
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\chapter*{\texorpdfstring{\eyebrowtitle{Introduction}Le silence après la question}{Introduction — Le silence après la question}}
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\label{introduction-silence}
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\addcontentsline{toc}{part}{Introduction --- Le silence après la question}
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\markright{Le silence après la question}
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@@ -11,11 +11,11 @@ C'est l'été 2019, à San Francisco. Un homme de trente-quatre ans a choisi lui
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Il choisit le Projet Manhattan. Le programme secret qui a fait naître la bombe atomique dans le désert du Nouveau-Mexique, explique-t-il, se situait à l'échelle où lui-même voudrait porter son entreprise. Puis il paraphrase Robert Oppenheimer, le physicien qui a dirigé cette fabrication et qui justifiait son œuvre par une idée aussi simple que terrible : une technologie advient parce qu'elle est possible, non parce qu'elle est souhaitable. Le tout sur le ton dont on commenterait la météo du lendemain. Et Altman ajoute, coïncidence trop belle pour être passée sous silence, que lui et Oppenheimer sont nés un 22 avril, à quatre-vingt-un ans de distance[^c00-1].
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Il énumère ensuite les bénéfices qu'il attend de sa machine — une prospérité inédite — puis les dégâts qu'elle pourrait causer : la désinformation, la destruction du marché du travail, ou la fin du monde tel que nous le connaissons. « J'essaie d'être franc », dit-il. Et il pose la question, à voix haute, devant un journaliste qui l'imprimera : est-ce que je fais quelque chose de bien, ou de vraiment mauvais ?
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Il énumère ensuite les bénéfices qu'il attend de sa machine, une prospérité inédite. Puis les dégâts qu'elle pourrait causer : la désinformation, la destruction du marché du travail, ou la fin du monde tel que nous le connaissons. « J'essaie d'être franc », dit-il. Et il pose la question, à voix haute, devant un journaliste qui l'imprimera : est-ce que je fais quelque chose de bien, ou de vraiment mauvais ?
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Personne, ce jour-là, ne lui répond.
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Ce silence est le sujet de ce livre. Car ce qui devrait nous glacer n'est pas qu'un inconnu, quelque part, joue avec une force qui le dépasse. Ce serait presque rassurant : on saurait qui blâmer, et où porter l'inquiétude. Ce qui devrait nous glacer, c'est qu'un homme placé mieux que quiconque pour savoir ce qui se fabrique choisisse spontanément de se décrire à travers l'histoire d'un autre homme, dont le nom est devenu, dans la langue courante, synonyme de remords. Il ne dit pas : je fabrique un outil de bureautique très performant. Il dit, sans peut-être s'en rendre compte : je suis dans la position de celui qui ouvre une porte qu'on ne referme pas.
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Ce silence est le sujet de ce livre. Car ce qui devrait nous glacer n'est pas qu'un inconnu, quelque part, joue avec une force qui le dépasse. Ce serait presque rassurant. On saurait qui blâmer, et où porter l'inquiétude. Ce qui devrait nous glacer, c'est qu'un homme placé mieux que quiconque pour savoir ce qui se fabrique choisisse spontanément de se décrire à travers l'histoire d'un autre homme, dont le nom est devenu, dans la langue courante, synonyme de remords. Il ne dit pas : je fabrique un outil de bureautique très performant. Il dit, sans peut-être s'en rendre compte : je suis dans la position de celui qui ouvre une porte qu'on ne referme pas.
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Et il continue d'avancer.
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@@ -27,7 +27,7 @@ Changez d'échelle, maintenant. Quittez la baie de San Francisco, ses collines e
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Presque juste. Mais pas tout à fait.
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C'est ce léger décalage qui produit le malaise, bien plus sûrement qu'une erreur grossière ne l'aurait fait — une erreur grossière, on la corrige et on l'oublie. Et cette sensation, il faut le dire, n'est pas une impression de profane intimidé. Elle a été mesurée sur les gens les mieux armés du monde pour la nommer. Interrogés en 2025, les développeurs informatiques — la profession qui a adopté ces outils le plus tôt, le plus massivement, et qui sait exactement de quoi ils sont faits — sont deux sur trois à décrire la même chose : des réponses presque exactes, jamais tout à fait. Dans le même mouvement, leur usage progresse et leur enthousiasme décline[^c00-2].
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C'est ce léger décalage qui produit le malaise, bien plus sûrement qu'une erreur grossière ne l'aurait fait — une erreur grossière, on la corrige et on l'oublie. Et cette sensation, il faut le dire, n'est pas une impression de profane intimidé. Elle a été mesurée sur les gens les mieux armés du monde pour la nommer. Interrogés en 2025, les développeurs informatiques (la profession qui a adopté ces outils le plus tôt, le plus massivement, et qui sait exactement de quoi ils sont faits) sont deux sur trois à décrire la même chose : des réponses presque exactes, jamais tout à fait. Dans le même mouvement, leur usage progresse et leur enthousiasme décline[^c00-2].
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Retenez cet écart, parce qu'il dessine la forme étrange de la décennie que nous traversons. L'adoption et la confiance devraient monter ensemble, main dans la main. Elles divergent.
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@@ -39,7 +39,7 @@ On peut avoir honte devant un dieu, devant un père, devant un maître. Avoir ho
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Il se trouve que notre inquiétude, si neuve nous paraisse-t-elle, a environ deux mille quatre cents ans.
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Dans le *Phèdre*, Platon fait raconter à Socrate une légende égyptienne. Le dieu Theuth, inventeur des nombres et de la géométrie, vient offrir au roi Thamous sa trouvaille la plus précieuse : l'écriture. Il la présente comme un remède — en grec, un *pharmakon*. Grâce à elle, promet-il, les hommes deviendront plus savants, et leur mémoire sera soulagée d'un fardeau.
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Dans le *Phèdre*, Platon fait raconter à Socrate une légende égyptienne. Le dieu Theuth, inventeur des nombres et de la géométrie, vient offrir au roi Thamous sa trouvaille la plus précieuse : l'écriture. Il la présente comme un remède. En grec, un *pharmakon*. Grâce à elle, promet-il, les hommes deviendront plus savants, et leur mémoire sera soulagée d'un fardeau.
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Thamous refuse le cadeau. Et sa réponse, relue aujourd'hui à la lumière de nos écrans, a la précision d'une prophétie. L'écriture, objecte-t-il, produira l'exact contraire de ce que son inventeur lui promet : elle installera l'oubli dans l'âme de ceux qui l'apprendront, puisqu'ils cesseront d'exercer leur mémoire intérieure pour se reposer sur des marques extérieures. Theuth n'a pas inventé un remède pour la mémoire, mais pour la simple remémoration. Et à ceux qui s'en serviront, il offrira l'apparence du savoir, sans le savoir lui-même[^c00-3].
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@@ -51,7 +51,7 @@ L'écriture, on le sait, a gagné son procès. Le fait même que nous connaissio
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Voilà le premier principe à emporter dans ce livre : **une technologie cognitive ne se juge jamais à ce qu'elle ajoute, mais au troc qu'elle impose.** Reste alors une question, que nous garderons pour le chapitre consacré à notre attention et à nos cerveaux : que devient ce troc lorsque la faculté que nous confions à la machine n'est plus la mémoire, mais le raisonnement lui-même ?
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Si l'écriture ne fournit qu'un précédent partiel, et la bombe atomique un précédent trompeur — nous verrons au chapitre 10 pourquoi les traités conçus pour l'uranium ne se transposent pas à des modèles qui tiennent dans un fichier —, faut-il conclure qu'il n'existe aucun précédent du tout ? C'est la position de Yuval Noah Harari, et c'est la plus radicale.
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L'écriture ne fournit qu'un précédent partiel. La bombe atomique, un précédent trompeur : nous verrons au chapitre 10 pourquoi les traités conçus pour l'uranium ne se transposent pas à des modèles qui tiennent dans un fichier. Faut-il conclure alors qu'il n'existe aucun précédent du tout ? C'est la position de Yuval Noah Harari, et c'est la plus radicale.
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Son argument ne porte pas sur la puissance, mais sur le contrôle. L'imprimerie, la radio, l'arme nucléaire : tous ces objets sont restés passifs. Terriblement puissants, mais inertes. La décision de les employer appartenait entièrement à un être humain. Une presse n'a jamais écrit de livre ; une bombe n'a jamais choisi sa cible. L'IA rompt cette continuité en devenant capable d'agir — produire, arbitrer, décider, enclencher des opérations sans qu'une main humaine valide chaque étape. L'outil devient acteur.
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@@ -61,7 +61,9 @@ Voilà pourquoi ce livre s'appelle *Le Miroir de Prométhée*. Du mythe, retenon
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De ce récit, l'industrie n'a pourtant gardé qu'un accessoire : le feu. La métaphore lui va bien — on l'allume, on le maîtrise, on le distribue, il éclaire autant qu'il brûle — parce qu'elle fait du danger une affaire de prudence, de gants et de distance de sécurité. Elle a surtout un avantage décisif pour ceux qui l'emploient : le feu est extérieur à celui qui le porte. Il ne dit rien de lui.
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Or une flamme n'a pas d'opinion. Elle n'a jamais lu nos décisions de justice, nos manuels de recrutement, nos archives coloniales, nos disputes de famille ni nos aveux de trois heures du matin. La machine, elle, a tout lu — et elle ne contient rien d'autre. Un modèle ne fabrique aucune matière propre : il calcule la moyenne de celle qu'on lui a versée, nos textes, nos images, nos jugements passés. Il ne produit donc pas de lumière, il renvoie une image. La nôtre, et non celle de l'avenir. Agrandie, accélérée, et débarrassée de cette pudeur qui nous fait d'ordinaire adoucir nos pires penchants avant de les formuler à voix haute. On comprend du même coup ce qu'Anders avait vu dès 1956 : personne ne rougit devant une flamme. La honte suppose toujours un miroir.
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Une flamme n'a pas d'opinion. Elle n'a jamais lu nos décisions de justice, nos manuels de recrutement, nos archives coloniales, nos disputes de famille ni nos aveux de trois heures du matin. La machine, elle, a tout lu — et elle ne contient rien d'autre. Un modèle ne fabrique aucune matière propre : il calcule la moyenne de celle qu'on lui a versée, nos textes, nos images, nos jugements passés. Il ne produit donc pas de lumière, il renvoie une image. La nôtre, et non celle de l'avenir. Agrandie, accélérée, et débarrassée de cette pudeur qui nous fait d'ordinaire adoucir nos pires penchants avant de les formuler à voix haute. On comprend du même coup ce qu'Anders avait vu dès 1956 : personne ne rougit devant une flamme.
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La honte suppose toujours un miroir.
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Le feu volé était une glace, et cela, le mythe ne l'avait pas prévu. L'intelligence que nous fabriquons nous ressemble, et c'est ce qui rend la suite si difficile : un incendie, on l'éteint. Un reflet, non — on ne peut agir que sur ce qui se tient devant la glace.
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@@ -71,9 +73,9 @@ Assez de mythologie. Un chiffre, maintenant, un seul, et il en dit plus long que
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Combien de temps faut-il pour qu'un quart d'un pays adopte une technologie nouvelle ? Pour l'électricité, aux États-Unis, il a fallu trente-cinq ans : la première centrale commerciale éclaire un quartier de Manhattan en 1882, et il faudra attendre 1917 pour qu'un foyer américain sur quatre soit raccordé. Le téléphone a mis, à un an près, exactement le même temps. L'intelligence artificielle générative, elle, a franchi ce seuil en deux ans[^c00-5]. Entre ces bornes, la radio, la télévision, l'ordinateur personnel et le web ont chacun été un peu plus rapides que le précédent : l'histoire des techniques est une histoire d'accélération, et cela n'a rien de nouveau. Le saut, lui, est ailleurs. Il est dans le rapport de un à dix-sept entre la première ligne et la dernière.
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Trente-cinq ans, c'est le temps qu'il a fallu pour écrire les normes électriques, former les électriciens, inventer les métiers de la sécurité domestique, légiférer, et apprendre aux enfants à ne pas glisser les doigts dans les prises. Deux ans, c'est le temps qu'il faut, tout juste, pour rédiger un rapport parlementaire. Il n'est même pas certain qu'on ait pris le temps de le lire.
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Trente-cinq ans, c'est le temps qu'il a fallu pour écrire les normes électriques, former les électriciens, inventer les métiers de la sécurité domestique, légiférer, et apprendre aux enfants à ne pas glisser les doigts dans les prises. Deux ans, c'est le temps qu'il faut pour rédiger un rapport parlementaire. Tout juste. Il n'est même pas certain qu'on ait pris le temps de le lire.
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Il ne s'agit pas d'un effet d'annonce publicitaire : ces courbes ont été vérifiées par des économistes qui n'avaient rien à vendre, et le seuil du quart de la population est aujourd'hui largement dépassé. Plus d'un Américain en âge de travailler sur deux se sert désormais de ces outils[^c00-6]. La raison de cette fulgurance est d'ailleurs moins mystérieuse qu'elle n'y paraît, et elle mérite d'être comprise, car elle vaudra pour tout le reste de ce livre. L'ordinateur personnel exigeait qu'on achète une machine ; Internet, qu'on tire un câble et qu'on apprenne à dompter un système obscur. L'un et l'autre se diffusaient du haut vers le bas, depuis les laboratoires et les grandes entreprises jusqu'aux foyers. L'IA ne demande rien de tout cela. Elle se greffe sur une infrastructure déjà en place — les smartphones, le cloud, le haut débit — et se répand du bas vers le haut, portée par les usagers eux-mêmes, sans le moindre péage matériel.
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Il ne s'agit pas d'un effet d'annonce publicitaire : ces courbes ont été vérifiées par des économistes qui n'avaient rien à vendre, et le seuil du quart de la population est aujourd'hui largement dépassé. Plus d'un Américain en âge de travailler sur deux se sert désormais de ces outils[^c00-6]. La raison de cette fulgurance est d'ailleurs moins mystérieuse qu'elle n'y paraît, et elle mérite d'être comprise, car elle vaudra pour tout le reste de ce livre. L'ordinateur personnel exigeait qu'on achète une machine ; Internet, qu'on tire un câble et qu'on apprenne à dompter un système obscur. L'un et l'autre se diffusaient du haut vers le bas, depuis les laboratoires et les grandes entreprises jusqu'aux foyers. L'IA ne demande rien de tout cela. Elle se greffe sur une infrastructure déjà en place : les smartphones, le cloud, le haut débit. Et elle se répand du bas vers le haut, portée par les usagers eux-mêmes, sans le moindre péage matériel.
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Nous avons passé trente ans à construire les rails, sans trop y penser. L'IA n'a eu qu'à monter dans le train.
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@@ -87,7 +89,7 @@ Anders pensait à la bombe atomique et aux camps d'extermination en écrivant ce
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Voici donc, pour finir, un nombre parfaitement irreprésentable, et l'un des plus vertigineux de ce livre. La puissance de calcul mobilisée pour entraîner les systèmes les plus avancés a été multipliée, entre 2010 et 2022, par environ dix milliards[^c00-8]. Prenez trente secondes pour tenter d'en faire une image. Vous n'y arriverez pas. C'est précisément le problème, et c'est aussi la raison d'être de ce livre : lorsque l'écart entre ce que nous fabriquons et ce que nous parvenons à imaginer devient un gouffre, les alertes les mieux documentées glissent sur nous sans nous atteindre. Ce n'est pas que nous refusons de comprendre. C'est que l'objet a franchi le seuil au-delà duquel notre imagination cesse de suivre.
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L'argent, en revanche, sait très bien se représenter ce qu'il fait. En 2025, l'intelligence artificielle a capté près de la moitié du capital-risque mondial[^c00-9] — la moitié de tout l'argent que la planète consacre à parier sur des entreprises qui n'existent pas encore. Une technologie apparue dans sa forme grand public trois ans plus tôt absorbe désormais un dollar de risque sur deux. Et cet argent n'est pas seulement concentré dans le temps : il l'est aussi dans l'espace, à un degré qui devrait troubler tout citoyen d'une démocratie. L'essentiel des sommes qui décideront de la forme du travail, de l'information et de la guerre au cours des vingt prochaines années se joue dans une seule aire urbaine, large d'une centaine de kilomètres, sur la côte ouest des États-Unis. Aucun électeur français, brésilien ou nigérian n'a la moindre prise sur ce qui s'y décide.
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L'argent, en revanche, sait très bien se représenter ce qu'il fait. En 2025, l'intelligence artificielle a capté près de la moitié du capital-risque mondial[^c00-9] : la moitié de tout l'argent que la planète consacre à parier sur des entreprises qui n'existent pas encore. Une technologie apparue dans sa forme grand public trois ans plus tôt absorbe désormais un dollar de risque sur deux. Et cet argent n'est pas seulement concentré dans le temps : il l'est aussi dans l'espace, à un degré qui devrait troubler tout citoyen d'une démocratie. L'essentiel des sommes qui décideront de la forme du travail, de l'information et de la guerre au cours des vingt prochaines années se joue dans une seule aire urbaine, large d'une centaine de kilomètres, sur la côte ouest des États-Unis. Aucun électeur français, brésilien ou nigérian n'a la moindre prise sur ce qui s'y décide.
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Ces chiffres ne sont pas des trophées. Ils décrivent un mécanisme, et ce mécanisme est le vrai cœur de ce livre : l'IA n'est plus un produit qu'on va chercher, c'est une couche qui se glisse silencieusement sous toutes les autres. Un intermédiaire de pensée, installé dans les procédures d'une entreprise, d'une administration, d'un tribunal. Et un intermédiaire de pensée, une fois en place, ne se retire jamais d'un simple vote.
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@@ -103,13 +105,13 @@ Et c'est ici que revient la voix des développeurs, avec toute sa force. Deux su
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Ce livre suit une progression volontaire : du plus immédiat au plus vertigineux, puis du diagnostic vers les moyens d'agir. Quatre mouvements, comme quatre actes.
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Le premier, *L'Érosion du Réel*, s'attarde sur les dégâts déjà visibles à l'œil nu. On y verra comment les contenus fabriqués achèvent de dissoudre notre capacité collective à établir ce qui a réellement eu lieu — le danger n'étant plus tant de croire au faux que de ne plus savoir croire au vrai. On y démontera ces préjugés glissés dans le code, qui transforment des injustices vieilles d'un siècle en décisions automatiques sur une candidature, un crédit, un visage capté par une caméra. Et l'on s'y demandera ce qu'il advient d'un esprit qui sous-traite son propre effort de penser. Thamous, décidément, n'avait que quelques millénaires d'avance.
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Le premier, *L'Érosion du Réel*, s'attarde sur les dégâts déjà visibles à l'œil nu. On y verra comment les contenus fabriqués achèvent de dissoudre notre capacité collective à établir ce qui a réellement eu lieu. Le danger n'est plus tant de croire au faux que de ne plus savoir croire au vrai. On y démontera ces préjugés glissés dans le code, qui transforment des injustices vieilles d'un siècle en décisions automatiques sur une candidature, un crédit, un visage capté par une caméra. Et l'on s'y demandera ce qu'il advient d'un esprit qui sous-traite son propre effort de penser. Thamous, décidément, n'avait que quelques millénaires d'avance.
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Le second mouvement, *Le Grand Bouleversement*, quitte l'individu pour l'économie tout entière. On y comparera l'automatisation des gestes, au dix-neuvième siècle, à l'automatisation du jugement, aujourd'hui, pour mesurer ce qui a changé de nature. On y instruira le procès d'un pillage : celui des œuvres humaines qui ont servi, sans qu'on demande leur avis à personne, à entraîner les modèles. Et l'on remontera jusqu'aux véritables maîtres de ce nouveau monde — les puces, les centres de données, l'énergie, et la poignée d'entreprises qui tient l'ensemble du dispositif entre ses mains.
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Le second mouvement, *Le Grand Bouleversement*, quitte l'individu pour l'économie tout entière. On y comparera l'automatisation des gestes, au dix-neuvième siècle, à l'automatisation du jugement, aujourd'hui, pour mesurer ce qui a changé de nature. On y instruira le procès d'un pillage : celui des œuvres humaines qui ont servi, sans qu'on demande leur avis à personne, à entraîner les modèles. Et l'on remontera jusqu'aux véritables maîtres de ce nouveau monde : les puces, les centres de données, l'énergie, et la poignée d'entreprises qui tient l'ensemble du dispositif entre ses mains.
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Le troisième mouvement, *La Boîte de Pandore*, regarde ce que l'on préférerait ne pas regarder. La guerre déjà partiellement automatisée, où l'humain n'est plus qu'un validateur pressé. Le mur, encore incertain, d'une intelligence générale que ses propres bâtisseurs annoncent pour des dates contradictoires. Et le problème de l'alignement : pourquoi une machine très compétente mais mal orientée finit toujours par être plus dangereuse qu'une machine simplement hostile.
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Le quatrième mouvement, *Reprendre le Contrôle*, refuse de conclure sur l'impuissance. On y verra le droit tenter de rattraper la machine, du règlement européen aux stratégies américaine et chinoise, sans oublier les manœuvres discrètes du lobbying. On entrera dans la salle des machines pour évaluer les solutions techniques, leurs failles, et le coût humain qu'elles dissimulent. Et l'on terminera par la question qui subsiste, une fois que tout le reste aura été confié à l'automate : que cultiver, en nous, qui ne soit pas remplaçable.
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Le quatrième mouvement, *Reprendre le Contrôle*, refuse de conclure sur l'impuissance. On y verra le droit tenter de rattraper la machine, du règlement européen aux stratégies américaine et chinoise, sans oublier les manœuvres discrètes du lobbying. On entrera dans la salle des machines pour évaluer les solutions techniques. Leurs failles. Le coût humain qu'elles dissimulent. Et l'on terminera par la question qui subsiste, une fois que tout le reste aura été confié à l'automate : que cultiver, en nous, qui ne soit pas remplaçable.
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La conclusion, elle, ne résumera rien. Elle posera un choix.
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@@ -2,7 +2,9 @@
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> **Nature de ce fichier :** rapport de macro-édition produit après achèvement du premier bloc du livre (Introduction + chapitres 1 à 3). Il n'appartient pas au manuscrit et ne doit jamais être ajouté au tableau `CHAPITRES` de `compiler-livre.sh`. Il constitue le point de relais obligatoire à lire avant d'ouvrir le chapitre 4, en complément de `00-COORDINATION.md`.
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> **Périmètre audité :** `00-introduction.md` (3 798 mots de corps), `00b-partie1-erosion-du-reel.md` (exergue de partie, 79 mots), `01-chap01-mort-de-la-verite.md` (8 741), `02-chap02-prejuges-en-code-source.md` (11 162), `03-chap03-anesthesie-cognitive.md` (11 867). Total corps de la Partie 1 : **31 770 mots**, soit **35 568** avec l'introduction.
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> **Périmètre audité :** `00-introduction.md` (3 789 mots de corps), `00b-partie1-erosion-du-reel.md` (exergue de partie, 79 mots), `01-chap01-mort-de-la-verite.md` (8 460), `02-chap02-prejuges-en-code-source.md` (10 920), `03-chap03-anesthesie-cognitive.md` (11 553). Total corps de la Partie 1 : **30 933 mots**, soit **34 722** avec l'introduction.
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> **Mise à jour du 27/07/2026 :** les volumes ci-dessus sont ceux mesurés après la **passe de brouillage algorithmique** (`00-COORDINATION.md`, section 3 decies), qui a effacé la signature « texte généré » des quatre sections — incises en tiret rationnées, antithèses réécrites, charnières scolaires supprimées, phrases coup-de-poing ajoutées. Aucun fait, chiffre, citation ni note de bas de page n'a été touché, et le total de prose est stable à cinq mots près (34 717 → 34 722) : les écarts par ligne sont des redistributions internes, pas des coupes. **Les analyses et consignes de ce rapport restent valables**, à l'exception des points explicitement marqués « soldé » ci-dessous.
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> **Pas de synthèse antérieure :** premier bloc du livre, aucun fichier de relais précédent à raccorder.
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@@ -37,9 +39,9 @@ La progression interne est nette et n'était pas explicitement prévue au plan :
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**d) Un fusil de Tchekhov de l'introduction déjà soldé, quatre encore en attente.** L'introduction posait cinq questions ouvertes en fin de partie chiffrée (l'eau des centres de données, le visage mal reconnu, le traducteur de quarante ans, l'officier qui a trois secondes, qui peut arrêter le système). Une seule a été honorée en Partie 1 (le visage, chapitre 2). C'est conforme au calendrier prévu, mais deux d'entre elles arrivent maintenant : le traducteur au chapitre 4, l'eau au chapitre 6.
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**e) Écart de volume interne, à surveiller.** Le chapitre 1 (8 741 mots de corps) est sensiblement plus court que les deux suivants (11 162 et 11 867) et se situe sous la cible réaliste de 9 000 à 12 000 mots. Il dispose pourtant de la réserve la plus abondante (7 913 mots de notes, plus une dizaine de cas et de références explicitement écartés). Si une extension est un jour décidée, c'est là qu'il y a de la marge — en gardant à l'esprit que la directive « alléger la charge cognitive » prime sur le compteur.
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**e) Écart de volume interne, à surveiller.** Le chapitre 1 (8 460 mots de corps) est sensiblement plus court que les deux suivants (10 920 et 11 553) et se situe sous la cible réaliste de 9 000 à 12 000 mots. Il dispose pourtant de la réserve la plus abondante (7 913 mots de notes, plus une dizaine de cas et de références explicitement écartés). Si une extension est un jour décidée, c'est là qu'il y a de la marge — en gardant à l'esprit que la directive « alléger la charge cognitive » prime sur le compteur.
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**f) Correction à porter au tableau de suivi.** La ligne du chapitre 2 (section 6 de `00-COORDINATION.md`) affiche 11 910 mots : c'est le comptage du fichier entier, notes de bas de page incluses. Le corps réel est de **11 162 mots**. Les lignes des chapitres 1 et 3, elles, sont bien des comptages de corps. Harmoniser sur le corps seul, sous peine de piloter le volume du livre sur une base hétérogène.
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**f) Correction à porter au tableau de suivi. — SOLDÉ (26/07/2026).** La ligne du chapitre 2 (section 6 de `00-COORDINATION.md`) affichait 11 910 mots : c'était le comptage du fichier entier, notes de bas de page incluses, alors que les lignes des chapitres 1 et 3 étaient des comptages de corps. La colonne est désormais alimentée par un seul outil, `compter-mots.py`, qui ne compte que le corps ; la convention est inscrite en tête de la section 6. **Ne plus renseigner cette colonne à la main.**
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@@ -59,7 +61,7 @@ Le lecteur sait aussi, et c'est le second acquis, que l'issue ne dépend pas de
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*Chapitre 1* — Hany Farid (criminalistique numérique) ; Robert Chesney et Danielle Citron, le **dividende du menteur** ; Mahsa Alimardani, le **brouillard épistémique** ; l'**apathie de la réalité** ; l'**impuissance apprise** (mentionnée sans nommer Seligman) ; le mécanisme du **moteur d'inférence statistique qui ignore la physique** (ombres, perspectives, reflets) comme dernier rempart de l'expertise ; le contrat de l'illusion (la prestidigitation) ; le tuyau et le mensonge qui circule dedans.
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*Chapitre 2* — Joy Buolamwini et *Gender Shades*, le masque blanc ; Timnit Gebru (points de vue hégémoniques, absence d'autorégulation) ; Philip Alston (SyRI) ; Jon Kleinberg, Sendhil Mullainathan et Manish Raghavan, le **théorème d'impossibilité de l'équité** ; Alexandra Chouldechova (l'injustice déplacée, « traiter les gens différemment ») ; Ziad Obermeyer (l'indicateur de remplacement) ; le **redlining** et sa version numérique ; les **variables de substitution (proxies)** ; la **boîte noire** ; la **règle des quatre cinquièmes** ; le **choix de la cible prédictive** ; le **rejet en cascade** ; le **garde-fou aveugle** ; « la moyenne ne mentait pas, elle noyait » ; la flaque et la nappe ; le neuvième nom sur la liste.
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*Chapitre 2* — Joy Buolamwini et *Gender Shades*, le masque blanc ; Timnit Gebru (points de vue hégémoniques, absence d'autorégulation) ; Philip Alston (SyRI) ; Jon Kleinberg, Sendhil Mullainathan et Manish Raghavan, le **théorème d'impossibilité de l'équité** ; Alexandra Chouldechova (l'injustice déplacée, « traiter les gens différemment ») ; Ziad Obermeyer (l'indicateur de remplacement) ; le **redlining** et sa version numérique ; les **variables de substitution (proxies)** ; la **boîte noire** (concept acquis, mais l'expression est depuis le 27/07/2026 sur la liste noire lexicale de la section 3 decies : elle ne survit dans le chapitre que là où elle nomme le jargon, et les deux emplois métaphoriques ont été remplacés par le *mécanisme scellé* et le *coffre sans clé*) ; la **règle des quatre cinquièmes** ; le **choix de la cible prédictive** ; le **rejet en cascade** ; le **garde-fou aveugle** ; « la moyenne ne mentait pas, elle noyait » ; la flaque et la nappe ; le neuvième nom sur la liste.
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*Chapitre 3* — Nataliya Kosmyna et la **dette cognitive** (avec sa nature de report, non de perte) ; la mesure EEG de **connectivité fonctionnelle** et ce qu'elle ne dit pas ; Nicholas Carr et Norman Doidge, la **plasticité compétitive** ; l'**effet Google** ; Sam Altman (le vélo électrique pour l'esprit) et Steve Jobs (la bicyclette) ; Reid Hoffman (*Superagency*, révolution industrielle cognitive, les **gloomers**, l'amplification) — le steelman du camp adverse est fait, ne pas le refaire ; Benjamin Lira et Angela Duckworth, **coach ou béquille** ; Michael Gerlich (déchargement cognitif) ; l'étude Microsoft–Carnegie Mellon et les **six niveaux de la taxonomie de Bloom** ; Lisanne Bainbridge, les **ironies de l'automatisation** (1983) ; Sherry Turkle, l'**intimité artificielle** ; Thao Ha, le **déplacement relationnel** et l'**apprentissage relationnel inadapté** ; la **sycophantie** (effet, pas cause technique — le RLHF reste réservé au chapitre 11) ; la **perte ambiguë** et la **dépendance émotionnelle dysfonctionnelle** ; la « **psychose de l'IA** » (étiquette descriptive, jamais catégorie diagnostique — l'avertissement a été posé, le réutiliser sans le reposer).
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@@ -103,8 +105,11 @@ La voix de Vincent Perouz, telle qu'elle s'est stabilisée sur trois chapitres,
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Neuf tics identifiés, classés par urgence de correction.
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**1. « Ce n'est pas X, c'est Y » — saturation critique.** C'est le tic dominant du livre, avec plusieurs dizaines d'occurrences sur trois chapitres, souvent deux dans le même paragraphe. « Ce n'est pas une anecdote. C'est un renseignement. » / « Ce n'est pas du cynisme. » / « Le préjudice n'est pas là, il est ailleurs. » / « Ce n'est pas une question d'ingénieur. C'est un arbitrage de justice. » / « Le partage n'est pas entre l'effort et le confort. Il est entre regarder faire et laisser faire. » / « Ce n'est pas l'erreur qui fait le drame, c'est ce que l'erreur déclenchait. »
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> **Complément du 27/07/2026 — la couche stylométrique.** Cet inventaire porte sur les **motifs rhétoriques** : ce qu'un lecteur attentif finit par voir revenir. Il ne dit rien d'une seconde couche, découverte depuis, qui relève de la **syntaxe mesurée** et fait attraper le manuscrit par les détecteurs de texte généré : densité d'incises en tiret cadratin, longueur des phrases et des paragraphes, charnières logiques scolaires, lexique probable. Ces contraintes-là sont chiffrées dans `00-COORDINATION.md`, **section 3 decies**, et vérifiées par `python3 detecteur-ia.py`. Les deux listes se lisent ensemble : respecter la présente rubrique à la lettre n'empêche pas de réintroduire un tiret cadratin tous les cent trente mots, ce qui suffit à signer la machine.
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**1. « Ce n'est pas X, c'est Y » — saturation critique.** C'était, au 26/07/2026, le tic dominant du livre, avec plusieurs dizaines d'occurrences sur trois chapitres, souvent deux dans le même paragraphe. « Ce n'est pas une anecdote. C'est un renseignement. » / « Ce n'est pas du cynisme. » / « Le préjudice n'est pas là, il est ailleurs. » / « Ce n'est pas une question d'ingénieur. C'est un arbitrage de justice. » / « Le partage n'est pas entre l'effort et le confort. Il est entre regarder faire et laisser faire. » / « Ce n'est pas l'erreur qui fait le drame, c'est ce que l'erreur déclenchait. »
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*Consigne : rationner à trois ou quatre occurrences par chapitre, réservées aux bascules réellement décisives. Le procédé est si efficace qu'il s'est mis à porter des distinctions mineures, ce qui l'use.*
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*Exécuté sur la Partie 1 le 27/07/2026 : le compte est retombé à 4 occurrences dans l'introduction, 4 au chapitre 1, 4 au chapitre 2 et 5 au chapitre 3, réservées aux bascules décisives (la formule de Grace Liu, verbatim, ne pouvait pas être touchée). La consigne reste entière pour la Partie 2, où rien n'est acquis : le décompte est repris par `detecteur-ia.py`, plafond 6 par section.*
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**2. L'injonction au lecteur — à espacer.** « Retenez », « Retenez ces deux chiffres côte à côte », « Lisez cette phrase une seconde fois », « Lisez-la deux fois », « Faites l'addition dans l'autre sens », « Mesurez ce que cette phrase déplace », « Arrêtons-nous une seconde », « Regardez maintenant », « Souvenez-vous ». Une quinzaine d'occurrences.
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*Consigne : deux ou trois par chapitre. Au-delà, le lecteur se sent piloté.*
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@@ -132,8 +137,8 @@ Neuf tics identifiés, classés par urgence de correction.
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### Deux points de forme non stylistiques, à corriger
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**Les notes de bas de page du chapitre 3 sont hors gabarit.** Le chapitre porte 3 147 mots de notes pour 11 867 mots de corps (21 %), contre 6,8 % au chapitre 2. Deux notes sont devenues des paragraphes de fond : `c03-18` compte **501 mots**, `c03-9` en compte 294. Sur une page 6×9" à environ 430 mots, une note de 501 mots occupe **plus d'une page pleine** et fera exploser la mise en page à l'impression comme la lisibilité en EPUB.
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*Consigne : découper `c03-18` en trois ou quatre notes distinctes (elle agrège aujourd'hui six sources sans rapport entre elles), et ramener `c03-9` à l'essentiel. À faire avant la prochaine compilation de test. Ne pas reproduire ce format de note-fleuve dans la Partie 2 : plafond raisonnable de 120 mots par note.*
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**Les notes de bas de page du chapitre 3 sont hors gabarit. — SOLDÉ (26/07/2026).** Le chapitre portait 3 147 mots de notes pour son corps (21 %), contre 6,8 % au chapitre 2, avec deux notes devenues des paragraphes de fond : `c03-18` à **501 mots** (plus d'une page pleine en 6×9") et `c03-9` à 294. `c03-18` a été découpée en cinq notes distinctes selon la règle « une note = une source », `c03-9` ramenée à l'essentiel. État actuel du chapitre (mesure `compter-mots.py`) : 27 notes pour 1 960 mots, médiane 71, maximum 127. Le contrôle est automatisé dans `compter-mots.py`, qui signale toute note au-delà de 130 mots.
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*Consigne maintenue pour la suite : ne pas reproduire le format de note-fleuve. Repères à tenir — médiane de 30 à 80 mots par note, jamais plus de 130, jamais de gras, une note = une source.*
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**Le gabarit structurel est respecté à la lettre et devient prévisible.** Les quatre sections (`##`) et l'absence totale de `###` sont conformes, sur les quatre fichiers. Mais les trois chapitres ont exactement quatre sous-titres, de longueur comparable, dans le même agencement (cas → mécanisme → extension géographique ou sectorielle → mur théorique → clausule de retour). La conformité KDP n'exige pas la symétrie.
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*Consigne : autoriser un chapitre de la Partie 2 à respirer en deux ou trois grandes sections seulement, avec des blocs de longueur franchement inégale.*
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@@ -2,9 +2,9 @@
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Il faut imaginer la scène, parce qu'elle n'a rien de spectaculaire et que c'est précisément ce qui la rend difficile à oublier.
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Un appartement de La Nouvelle-Orléans, en janvier 2024. Un homme d'une quarantaine d'années est assis devant un ordinateur portable. Il s'appelle Paul Carpenter, il vit de spectacles de magie de rue, et il détient deux records du monde dont l'un consiste à plier des fourchettes. Il n'a aucune formation en informatique. Ce qu'il sait faire, il l'a appris en regardant des tutoriels sur Internet, comme on apprend à réparer un robinet.
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Un appartement de La Nouvelle-Orléans, en janvier 2024. Un homme d'une quarantaine d'années est assis devant un ordinateur portable. Il s'appelle Paul Carpenter, il vit de spectacles de magie de rue, et il détient deux records du monde dont l'un consiste à plier des fourchettes. Aucune formation en informatique. Ce qu'il sait faire, il l'a appris en regardant des tutoriels sur Internet, comme on apprend à réparer un robinet.
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Il ouvre le site d'une entreprise de synthèse vocale, y dépose quelques extraits de la voix du président des États-Unis, tape un texte qu'un autre homme lui a fourni, et clique. Moins de vingt minutes plus tard, il dispose d'un enregistrement dans lequel Joe Biden, sur ce ton un peu traînant que quarante ans de vie publique ont rendu familier à des centaines de millions de personnes, demande à des électeurs de ne pas aller voter.
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Il ouvre le site d'une entreprise de synthèse vocale, y dépose quelques extraits de la voix du président des États-Unis, tape un texte qu'un autre homme lui a fourni. Puis il clique. Moins de vingt minutes plus tard, il dispose d'un enregistrement dans lequel Joe Biden, sur ce ton un peu traînant que quarante ans de vie publique ont rendu familier à des centaines de millions de personnes, demande à des électeurs de ne pas aller voter.
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La facture technique de l'opération s'élève à un dollar. Carpenter sera payé cent cinquante dollars, par un virement effectué depuis un compte personnel[^c01-1].
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@@ -12,63 +12,63 @@ Le dimanche 21 janvier, deux jours avant la primaire démocrate du New Hampshire
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Rien de tout cela n'est vrai. Ni la voix, ni le numéro, ni le message.
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Ce qui suit relève de la chronique judiciaire ordinaire, et c'est là que l'histoire devient intéressante. Le procureur général du New Hampshire ouvre une enquête criminelle dans les quarante-huit heures. Le régulateur fédéral des télécommunications interdit, à l'unanimité de ses membres, l'usage de voix synthétiques dans les appels automatisés — une décision qui s'applique désormais à l'ensemble du territoire américain. L'enquête remonte la chaîne : deux sociétés de télémarketing texanes ont assuré la diffusion, un consultant politique démocrate de Louisiane, Steve Kramer, a commandé et payé l'ensemble. Au mois de mai, Kramer est inculpé de treize chefs d'accusation criminelle pour entrave au vote et de treize chefs d'usurpation d'identité de candidat. À l'automne, le régulateur confirme contre lui une amende de six millions de dollars ; l'un des opérateurs télécoms accepte de verser un million et de mettre en place un plan de conformité technique[^c01-2].
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Ce qui suit relève de la chronique judiciaire ordinaire, et c'est là que l'histoire devient intéressante. Le procureur général du New Hampshire ouvre une enquête criminelle dans les quarante-huit heures. Le régulateur fédéral des télécommunications interdit, à l'unanimité de ses membres, l'usage de voix synthétiques dans les appels automatisés. La décision couvre l'ensemble du territoire américain. L'enquête remonte la chaîne : deux sociétés de télémarketing texanes ont assuré la diffusion, un consultant politique démocrate de Louisiane, Steve Kramer, a commandé et payé l'ensemble. Au mois de mai, Kramer est inculpé de treize chefs d'accusation criminelle pour entrave au vote et de treize chefs d'usurpation d'identité de candidat. À l'automne, le régulateur confirme contre lui une amende de six millions de dollars ; l'un des opérateurs télécoms accepte de verser un million et de mettre en place un plan de conformité technique[^c01-2].
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Faites l'addition dans l'autre sens. Un dollar de calcul, vingt minutes de travail, cent cinquante dollars d'honoraires, environ cinq cents dollars de diffusion. À peine plus de six cent cinquante dollars pour déclencher une enquête pénale d'État, une refonte réglementaire fédérale et une amende de six millions.
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Ce rapport, ce n'est pas une anecdote. C'est un renseignement, au sens militaire du terme.
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Un second détail de ce dossier mérite l'attention, et il est passé presque inaperçu à l'époque. Sur quel fondement juridique cette amende de six millions a-t-elle été prononcée ? Pas sur une loi visant les contenus synthétiques : il n'en existait aucune. Le régulateur s'est appuyé sur un texte de 2009 réprimant la falsification de l'identifiant d'appelant — autrement dit, Kramer a été sanctionné pour avoir maquillé un numéro de téléphone, pas pour avoir fabriqué la voix d'un président.
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Un second détail de ce dossier mérite l'attention, et il est passé presque inaperçu à l'époque. Sur quel fondement juridique cette amende de six millions a-t-elle été prononcée ? Pas sur une loi visant les contenus synthétiques : il n'en existait aucune. Le régulateur s'est appuyé sur un texte de 2009 réprimant la falsification de l'identifiant d'appelant. Kramer a donc été sanctionné pour avoir maquillé un numéro de téléphone. Pas pour avoir fabriqué la voix d'un président.
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Le droit avait une prise sur le tuyau. Il n'en avait aucune sur le mensonge qui circulait dedans.
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C'est une remarque à garder en tête pendant les onze chapitres qui suivent, car nous la retrouverons partout : les institutions attrapent la partie de l'infraction qui ressemble à quelque chose qu'elles connaissaient déjà, et laissent filer la nouveauté. La falsification d'un numéro était un délit répertorié depuis quinze ans. La falsification d'une voix humaine ne figurait dans aucun code.
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Pendant tout le vingtième siècle, mentir à grande échelle est resté une industrie lourde. Fabriquer une fausse preuve convaincante exigeait un artisan : un faussaire capable d'imiter une écriture, un technicien de laboratoire pour retoucher un négatif, un ingénieur du son pour couper une bande magnétique sans que le raccord s'entende. Ces gens existaient, ils étaient peu nombreux, ils coûtaient cher, et ils travaillaient presque toujours pour des États. La propagande était une affaire de budget, donc une affaire de puissance. On pouvait dresser la liste de ceux qui en avaient les moyens : elle tenait sur une page.
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Pendant tout le vingtième siècle, mentir à grande échelle est resté une industrie lourde. Fabriquer une fausse preuve convaincante exigeait un artisan : un faussaire capable d'imiter une écriture, un technicien de laboratoire pour retoucher un négatif, un ingénieur du son pour couper une bande magnétique sans que le raccord s'entende. Ces gens existaient. Ils étaient peu nombreux, ils coûtaient cher, et ils travaillaient presque toujours pour des États. La propagande était une affaire de budget, donc une affaire de puissance. On pouvait dresser la liste de ceux qui en avaient les moyens : elle tenait sur une page.
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Cette liste vient de s'ouvrir à l'humanité entière. Un magicien de rue disposait, en janvier 2024, d'une capacité d'imitation vocale que la Stasi n'a jamais eue. Hany Farid, qui enseigne à Berkeley et pratique depuis vingt ans la criminalistique des images — c'est lui qu'on appelle quand une photographie devient une pièce à conviction —, le formule ainsi, et je n'ai pas trouvé mieux :
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Cette liste vient de s'ouvrir à l'humanité entière. Un magicien de rue disposait, en janvier 2024, d'une capacité d'imitation vocale que la Stasi n'a jamais eue. Hany Farid enseigne à Berkeley et pratique depuis vingt ans la criminalistique des images. C'est lui qu'on appelle quand une photographie devient une pièce à conviction. Il le formule ainsi, et je n'ai pas trouvé mieux :
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> L'idée que vous pouvez faire confiance à ce que vous voyez, que ce soit dans un flux ou en ligne, c'est en quelque sorte terminé. Cela ne demande plus un praticien qualifié. C'est littéralement un clavier et une connexion Wi-Fi[^c01-3].
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Kramer, une fois démasqué, a d'ailleurs plaidé qu'il n'avait pas cherché à tromper qui que ce soit : il voulait, a-t-il expliqué, alerter le pays sur les dangers de l'intelligence artificielle en période électorale. Personne ne l'a cru, et l'argument avait quelque chose de grotesque. Il n'en était pas moins prophétique, mais pas dans le sens qu'il imaginait. Nous verrons plus loin pourquoi une population avertie que tout peut être truqué est exactement le terrain dont un menteur a besoin — et pourquoi l'homme qui prétendait éveiller les consciences a peut-être rendu, sans le savoir, le plus grand service possible à ceux qui lui ressemblent.
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Kramer, une fois démasqué, a d'ailleurs plaidé qu'il n'avait pas cherché à tromper qui que ce soit : il voulait, a-t-il expliqué, alerter le pays sur les dangers de l'intelligence artificielle en période électorale. Personne ne l'a cru. L'argument avait quelque chose de grotesque. Il n'en était pas moins prophétique, mais pas dans le sens qu'il imaginait. Nous verrons plus loin pourquoi une population avertie que tout peut être truqué est exactement le terrain dont un menteur a besoin, et pourquoi l'homme qui prétendait éveiller les consciences a peut-être rendu, sans le savoir, le plus grand service possible à ceux qui lui ressemblent.
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Car le vrai dégât de l'affaire du New Hampshire n'est pas dans les bulletins non déposés. Personne n'a jamais démontré qu'un seul électeur soit resté chez lui à cause de cet appel, et il est probable que l'effet électoral direct ait été proche de zéro. Le dégât est ailleurs, dans un endroit qu'aucune amende ne répare : à partir du 22 janvier 2024, tout citoyen américain qui décroche son téléphone et reconnaît la voix d'une figure publique doit accomplir un travail mental supplémentaire. Il doit se demander si ce qu'il entend existe.
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Car le vrai dégât de l'affaire du New Hampshire n'est pas dans les bulletins non déposés. Personne n'a jamais démontré qu'un seul électeur soit resté chez lui à cause de cet appel, et il est probable que l'effet électoral direct ait été proche de zéro. Le dégât est ailleurs. Dans un endroit qu'aucune amende ne répare : à partir du 22 janvier 2024, tout citoyen américain qui décroche son téléphone et reconnaît la voix d'une figure publique doit accomplir un travail mental supplémentaire. Il doit se demander si ce qu'il entend existe.
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Ce travail mental est le sujet de ce chapitre. Il ne s'agit pas de savoir si nous allons croire à des mensonges — nous y avons toujours cru, abondamment, et cela n'a rien de nouveau. Il s'agit de savoir ce qu'il advient d'une société lorsque l'établissement du vrai cesse d'être un point de départ pour devenir une dépense.
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Ce travail mental est le sujet de ce chapitre. Il ne s'agit pas de savoir si nous allons croire à des mensonges. Nous y avons toujours cru, abondamment, et cela n'a rien de nouveau. Il s'agit de savoir ce qu'il advient d'une société lorsque l'établissement du vrai cesse d'être un point de départ pour devenir une dépense.
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## Quinze secondes de votre voix
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Cette phrase, Farid l'a prononcée en juillet 2026 à Boston, sur la scène du congrès mondial des enquêteurs antifraude. Il avait ouvert son intervention par une formule qui n'a rien d'académique : les choses deviennent bizarres. Puis il a passé une heure à expliquer à une salle entière de professionnels du soupçon que son camp est en train de perdre.
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Cette phrase, Farid l'a prononcée en juillet 2026 à Boston, sur la scène du congrès mondial des enquêteurs antifraude. Il avait ouvert son intervention par une formule qui n'a rien d'académique. Les choses deviennent bizarres. Puis il a passé une heure à expliquer à une salle entière de professionnels du soupçon que son camp est en train de perdre.
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Sa première remarque portait sur le tempo :
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> Nous mesurions les changements technologiques en douze à dix-huit mois. Nous les mesurons maintenant en douze à dix-huit jours.
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La seconde était une menace personnelle adressée à chacun des présents. Pour voler une identité, expliqua-t-il, il lui suffit d'environ quinze secondes de voix et d'une seule photographie. Puis il ajouta, avec la tranquillité de celui qui a vérifié : pour presque tout le monde dans cette salle, ces deux éléments sont déjà disponibles quelque part en ligne.
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La seconde était une menace. Personnelle, adressée à chacun des présents. Pour voler une identité, expliqua-t-il, il lui suffit d'environ quinze secondes de voix et d'une seule photographie. Puis il ajouta, avec la tranquillité de celui qui a vérifié : pour presque tout le monde dans cette salle, ces deux éléments sont déjà disponibles quelque part en ligne.
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Quinze secondes. La durée d'un message vocal laissé à un collègue. La durée d'une réponse dans une vidéo de famille publiée pour vingt personnes. La durée du bonjour que vous enregistrez sur votre répondeur professionnel.
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Il faut mesurer ce que cette phrase déplace. Pendant des décennies, la protection de la vie privée reposait sur une idée de rareté : nos données étaient éparpillées, incomplètes, coûteuses à rassembler. La biométrie devait être notre dernier rempart, parce qu'un visage et une voix ne se falsifient pas comme un mot de passe. C'était vrai tant que le visage et la voix devaient être reproduits par un être humain. Un imitateur de talent met des années à approcher un timbre ; un modèle statistique le capte en une phrase. Nous avons construit nos garanties d'identité sur les attributs les plus publics de notre personne, ceux que nous exposons en permanence sans y penser, et qui sont désormais les plus faciles à recopier.
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Il faut mesurer ce que cette phrase déplace. Pendant des décennies, la protection de la vie privée reposait sur une idée de rareté : nos données étaient éparpillées, incomplètes, coûteuses à rassembler. La biométrie devait être notre dernier rempart : un visage et une voix ne se falsifient pas comme un mot de passe. C'était vrai. Vrai tant que le visage et la voix devaient être reproduits par un être humain. Un imitateur de talent met des années à approcher un timbre ; un modèle statistique le capte en une phrase. Nous avons construit nos garanties d'identité sur les attributs les plus publics de notre personne, ceux que nous exposons en permanence sans y penser, et qui sont désormais les plus faciles à recopier.
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Farid sait de quoi il parle, et il l'a appris à ses dépens. Des escrocs ont cloné sa propre voix, puis s'en sont servis pour contacter un avocat travaillant sur un dossier confidentiel. L'homme dont le métier consiste à démasquer les impostures numériques a donc été victime, chez lui, de la technologie qu'il étudie. Sa réponse a de quoi désarmer : il a instauré, avec ses proches et dans son entreprise, un système de mots de passe convenus à l'avance. Des mots de passe verbaux, comme dans un roman d'espionnage des années cinquante.
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Farid sait de quoi il parle, et il l'a appris à ses dépens. Des escrocs ont cloné sa propre voix, puis s'en sont servis pour contacter un avocat travaillant sur un dossier confidentiel. L'homme dont le métier consiste à démasquer les impostures numériques a donc été victime, chez lui, de la technologie qu'il étudie. Sa réponse désarme. Il a instauré, avec ses proches et dans son entreprise, un système de mots de passe convenus à l'avance. Des mots de passe verbaux, comme dans un roman d'espionnage des années cinquante.
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Retenez cette image, parce qu'elle dit toute la trajectoire de ce chapitre. Après trente ans d'investissement dans l'authentification biométrique, l'homme le mieux informé du monde sur la question en revient au mot de passe partagé — le procédé de reconnaissance le plus archaïque qui soit, celui des sentinelles antiques. Nous n'avons pas seulement perdu une bataille technique. Nous avons régressé d'un cran dans l'histoire de la confiance.
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Retenez cette image, parce qu'elle dit toute la trajectoire de ce chapitre. Après trente ans d'investissement dans l'authentification biométrique, l'homme le mieux informé du monde sur la question en revient au mot de passe partagé, le procédé de reconnaissance le plus archaïque qui soit, celui des sentinelles antiques. Nous n'avons pas seulement perdu une bataille technique. Nous avons régressé d'un cran dans l'histoire de la confiance.
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La première grande démonstration de ce pouvoir ne s'est pas jouée en politique, mais dans une salle de réunion, et elle commence elle aussi par une scène parfaitement banale.
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Au début de l'année 2024 — les mêmes semaines que le faux Biden, la coïncidence de calendrier mérite d'être retenue —, un employé du service financier de la filiale hongkongaise d'Arup, un groupe britannique d'ingénierie qui a notamment participé à la conception de l'Opéra de Sydney, reçoit une invitation à une visioconférence. Le directeur financier du groupe y participe, ainsi que plusieurs collègues qu'il connaît de vue. On lui demande d'exécuter une série de transferts confidentiels. Il a d'abord un doute — c'est même documenté, il a eu un doute — puis il voit les visages, il entend les voix, il reconnaît les manières, et il s'exécute. Quinze virements plus tard, deux cents millions de dollars de Hong Kong, environ vingt-cinq millions et demi de dollars américains, ont quitté l'entreprise.
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Au début de l'année 2024, les mêmes semaines que le faux Biden (la coïncidence de calendrier mérite d'être retenue), un employé du service financier de la filiale hongkongaise d'Arup, un groupe britannique d'ingénierie qui a notamment participé à la conception de l'Opéra de Sydney, reçoit une invitation à une visioconférence. Le directeur financier du groupe y participe, ainsi que plusieurs collègues qu'il connaît de vue. On lui demande d'exécuter une série de transferts confidentiels. Il a d'abord un doute. C'est même documenté : il a eu un doute. Puis il voit les visages, il entend les voix, il reconnaît les manières, et il s'exécute. Quinze virements plus tard, deux cents millions de dollars de Hong Kong, environ vingt-cinq millions et demi de dollars américains, ont quitté l'entreprise.
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Sur cet appel, tout le monde était synthétique. Sauf lui[^c01-4].
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La police de Hong Kong a précisé qu'elle n'avait jamais rencontré ce procédé auparavant. Il faut se représenter la solitude de cet homme, découvrant après coup qu'il a été le seul être humain présent à une réunion de travail. Le dispositif ne l'a pas trompé sur un fait, ni sur un document : il l'a trompé sur la présence d'autrui, qui est la chose dont nous nous croyions le mieux juges.
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La police de Hong Kong a précisé qu'elle n'avait jamais rencontré ce procédé auparavant. Il faut se représenter la solitude de cet homme, découvrant après coup qu'il a été le seul être humain présent à une réunion de travail. Le dispositif ne l'a pas trompé sur un fait, ni sur un document. Il l'a trompé sur la présence d'autrui, la chose dont nous nous croyions le mieux juges.
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À ce stade, la réaction naturelle du lecteur est celle qu'ont eue les cadres d'Arup après coup, et qu'ont tous les gens à qui l'on raconte cette histoire : *moi, je m'en serais aperçu*. C'est humain, c'est universel, et c'est faux.
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Une entreprise de vérification d'identité a soumis deux mille personnes du Royaume-Uni et des États-Unis à un exercice simple : distinguer des contenus authentiques de contenus fabriqués, images et vidéos mélangées. Les participants savaient qu'ils cherchaient des faux — on le leur avait dit, ce qui constitue déjà un avantage considérable sur les conditions réelles. Deux personnes, sur deux mille, ont réussi un sans-faute. Soit un dixième de pour cent. Dans le même temps, environ six participants sur dix se déclaraient confiants dans leur capacité à repérer un trucage[^c01-5].
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Une entreprise de vérification d'identité a soumis deux mille personnes du Royaume-Uni et des États-Unis à un exercice simple : distinguer des contenus authentiques de contenus fabriqués, images et vidéos mélangées. Les participants savaient qu'ils cherchaient des faux. On le leur avait dit, ce qui constitue déjà un avantage considérable sur les conditions réelles. Deux personnes, sur deux mille, ont réussi un sans-faute. Soit un dixième de pour cent. Dans le même temps, environ six participants sur dix se déclaraient confiants dans leur capacité à repérer un trucage[^c01-5].
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Retenez ces deux chiffres côte à côte, parce que c'est leur écart qui est dangereux, pas le premier d'entre eux. Une population qui se sait aveugle prend des précautions. Une population aveugle qui se croit clairvoyante fonce.
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Farid a mesuré la même chose sur ses propres sujets, avec une conclusion plus brutale encore : non seulement les gens font à peine mieux que le hasard, mais il n'existe pratiquement aucune corrélation entre leur confiance et leur exactitude. Ceux qui se pensent bons sont mauvais. Et il liquide au passage tout un folklore de conseils de vigilance qui circule depuis quatre ans — comptez les doigts, cherchez les clignements d'yeux, méfiez-vous des oreilles asymétriques. L'époque des six doigts est terminée, dit-il. Tous les indices qu'il avait lui-même enseignés sont périmés.
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Farid a mesuré la même chose sur ses propres sujets, avec une conclusion plus brutale encore : non seulement les gens font à peine mieux que le hasard, mais il n'existe pratiquement aucune corrélation entre leur confiance et leur exactitude. Ceux qui se pensent bons sont mauvais. Et il liquide au passage tout un folklore de conseils de vigilance qui circule depuis quatre ans : comptez les doigts, cherchez les clignements d'yeux, méfiez-vous des oreilles asymétriques. L'époque des six doigts est terminée, dit-il. Tous les indices qu'il avait lui-même enseignés sont périmés.
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Voilà pour l'individu. Reste à comprendre comment ce pouvoir s'applique à une population entière, et là, une élection européenne fournit la démonstration la plus nette dont nous disposions.
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@@ -76,37 +76,37 @@ Le 28 septembre 2023, deux jours avant les législatives slovaques, un enregistr
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Tout aurait pu s'arrêter là. Sauf que le clip a été publié à un moment précisément choisi.
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La loi électorale slovaque impose un moratoire de quarante-huit heures avant l'ouverture des bureaux de vote : les médias et les candidats doivent se taire. Ce silence, conçu au vingtième siècle pour protéger l'électeur du matraquage de dernière minute, s'est retourné en arme. Il garantissait au faux une fenêtre pendant laquelle aucun démenti ne pouvait être diffusé à grande échelle. Et parce que le contenu était sonore, il exploitait un second angle mort : la politique de Facebook sur les médias manipulés ne visait alors que les vidéos truquées — les cas où l'on fait dire à quelqu'un des mots qu'il n'a pas prononcés, à l'écran. Un fichier audio ne relevait d'aucune règle.
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La loi électorale slovaque impose un moratoire de quarante-huit heures avant l'ouverture des bureaux de vote : les médias et les candidats doivent se taire. Ce silence, conçu au vingtième siècle pour protéger l'électeur du matraquage de dernière minute, s'est retourné en arme. Il garantissait au faux une fenêtre pendant laquelle aucun démenti ne pouvait être diffusé à grande échelle. Et parce que le contenu était sonore, il exploitait un second angle mort : la politique de Facebook sur les médias manipulés ne visait alors que les vidéos truquées, les cas où l'on fait dire à quelqu'un des mots qu'il n'a pas prononcés, à l'écran. Un fichier audio ne relevait d'aucune règle.
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Deux verrous, l'un juridique et l'autre contractuel, tous deux écrits avant que cette technologie n'existe, et tous deux transformés en portes ouvertes.
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L'histoire mérite une dernière minute d'attention, pour un détail qui vaut tout un traité. Les vérificateurs slovaques de l'organisation Demagog, partenaires de Facebook, avaient déjà entendu parler de contenus fabriqués par intelligence artificielle mais n'en avaient jamais authentifié un seul. Ils ont remonté la piste jusqu'à un compte anonyme, appelé des experts un par un, puis, faute de mieux, se sont résolus à faire analyser l'enregistrement par un outil de détection automatique. Cet outil était fourni par ElevenLabs — l'entreprise dont le magicien de La Nouvelle-Orléans avait utilisé le service, quatre mois plus tard, pour fabriquer la voix du président américain. Il a fallu plusieurs heures pour obtenir une conclusion prudente, dans un pays où il restait moins de deux jours avant le vote.
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L'histoire mérite une dernière minute d'attention, pour un détail qui vaut tout un traité. Les vérificateurs slovaques de l'organisation Demagog, partenaires de Facebook, avaient déjà entendu parler de contenus fabriqués par intelligence artificielle mais n'en avaient jamais authentifié un seul. Ils ont remonté la piste jusqu'à un compte anonyme, appelé des experts un par un, puis, faute de mieux, se sont résolus à faire analyser l'enregistrement par un outil de détection automatique. Cet outil était fourni par ElevenLabs, l'entreprise dont le magicien de La Nouvelle-Orléans avait utilisé le service, quatre mois plus tard, pour fabriquer la voix du président américain. Il a fallu plusieurs heures pour obtenir une conclusion prudente. Dans un pays où il restait moins de deux jours avant le vote.
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La Slovaquie progressiste, donnée en tête avant le scrutin, a terminé deuxième derrière le parti prorusse SMER, dont le programme prévoyait de cesser le soutien militaire à l'Ukraine voisine. Il serait malhonnête d'attribuer ce résultat au faux enregistrement : une élection est un objet trop épais pour qu'on lui trouve une cause unique, et personne ne dispose du contrefactuel. La leçon est ailleurs, et elle est plus inquiétante qu'une causalité qu'on ne peut pas prouver.
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La Slovaquie progressiste, donnée en tête avant le scrutin, a terminé deuxième derrière le parti prorusse SMER, dont le programme prévoyait de cesser le soutien militaire à l'Ukraine voisine. Il serait malhonnête d'attribuer ce résultat au faux enregistrement : une élection est un objet trop épais pour qu'on lui trouve une cause unique, et personne ne dispose du contrefactuel. La leçon est ailleurs. Plus inquiétante qu'une causalité qu'on ne peut pas prouver.
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Un faux n'a pas besoin d'être excellent. Il n'a même pas besoin d'être cru. Il lui suffit d'arriver dans l'intervalle où la contradiction est impossible. La qualité technique du trucage est un paramètre secondaire ; le paramètre déterminant, c'est l'horloge. Or l'horloge de la fabrication se compte désormais en minutes, et celle de la vérification en heures ou en jours. Aucune institution démocratique n'a été conçue pour fonctionner avec un tel écart, et aucune ne le sera par simple bonne volonté.
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Un faux n'a pas besoin d'être excellent. Il n'a même pas besoin d'être cru. Il lui suffit d'arriver dans l'intervalle où la contradiction est impossible. La qualité technique du trucage est un paramètre secondaire ; le paramètre déterminant, c'est l'horloge. L'horloge de la fabrication se compte désormais en minutes. Celle de la vérification, en heures ou en jours. Aucune institution démocratique n'a été conçue pour fonctionner avec un tel écart, et aucune ne le sera par simple bonne volonté.
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Un détail de cette campagne mérite d'être versé au dossier, parce qu'il annonce toute la difficulté du travail législatif que nous examinerons au chapitre 10. Deux autres vidéos, publiées par un parti d'extrême droite slovaque, imitaient les voix de Šimečka et de la présidente de la République. Elles comportaient une mention d'avertissement, en bonne et due forme : ces voix sont fictives, toute ressemblance avec des personnes réelles est purement fortuite. La mention n'apparaissait qu'à la quinzième seconde d'une vidéo qui en durait vingt.
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Un détail de cette campagne mérite d'être versé au dossier. Il annonce toute la difficulté du travail législatif que nous examinerons au chapitre 10. Deux autres vidéos, publiées par un parti d'extrême droite slovaque, imitaient les voix de Šimečka et de la présidente de la République. Elles comportaient une mention d'avertissement, en bonne et due forme : ces voix sont fictives, toute ressemblance avec des personnes réelles est purement fortuite. La mention n'apparaissait qu'à la quinzième seconde d'une vidéo qui en durait vingt.
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Voilà à quoi ressemble le respect de la lettre d'une règle. La transparence était là, techniquement présente, juridiquement opposable, et arrivant précisément après le moment où l'auditeur avait fini de se faire son opinion. Toute obligation d'étiquetage des contenus synthétiques — et l'Europe en a désormais adopté le principe — devra se battre contre cette forme d'obéissance-là, qui est la plus difficile à sanctionner parce qu'elle ne viole rien.
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Voilà à quoi ressemble le respect de la lettre d'une règle. La transparence était là. Techniquement présente, juridiquement opposable, et arrivant précisément après le moment où l'auditeur avait fini de se faire son opinion. Toute obligation d'étiquetage des contenus synthétiques (l'Europe en a désormais adopté le principe) devra se battre contre cette forme d'obéissance-là, qui est la plus difficile à sanctionner parce qu'elle ne viole rien.
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Cette élection avait été, à l'échelle du continent, un test attendu. Quelques jours avant le vote, la commissaire européenne chargée du numérique, Věra Jourová, annonçait qu'il permettrait de mesurer la vulnérabilité des scrutins européens à ce qu'elle appelait une arme de manipulation massive valant plusieurs millions d'euros. C'était le premier scrutin d'importance organisé après l'entrée en application du grand règlement européen sur les services numériques, censé forcer les plateformes à plus de diligence. Le résultat du test, c'est ce que vous venez de lire.
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Cette élection avait été, à l'échelle du continent, un test attendu. Quelques jours avant le vote, la commissaire européenne chargée du numérique, Věra Jourová, annonçait qu'il permettrait de mesurer la vulnérabilité des scrutins européens à ce qu'elle appelait une arme de manipulation massive valant plusieurs millions d'euros. C'était le premier scrutin d'importance organisé après l'entrée en application du grand règlement européen sur les services numériques, censé forcer les plateformes à plus de diligence. Le résultat du test ? Vous venez de le lire.
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En Pologne, où l'on votait deux semaines plus tard, les vérificateurs ont observé un phénomène plus troublant encore : non pas une vague de faux, mais l'usage de leur simple possibilité. Un immense rassemblement d'opposition à Varsovie a été aussitôt accusé, en ligne, d'avoir été gonflé par des images retouchées. Il ne l'était pas. Comme le résumait alors le responsable d'une association polonaise de vérification, les gens se servent du fait qu'un contenu *pourrait* être fabriqué pour discréditer des sources authentiques.
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Ce même homme, interrogé dans les jours qui ont suivi le scrutin slovaque, a formulé le problème central avec une clarté que je n'ai lue nulle part ailleurs. Les outils dont il dispose, expliquait-il, ne rendent pas un verdict mais une probabilité. Si une intelligence artificielle lui annonce qu'un contenu est fabriqué à quatre-vingt-sept pour cent, comment est-il censé transmettre cela à son public ? Une réfutation qui commence par « probablement » ne réfute rien. Elle installe le doute qu'elle prétend dissiper.
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Nous reviendrons au chapitre 11 sur ce que valent réellement les remèdes techniques — filigranes invisibles, certificats de provenance, détecteurs automatiques — et sur le travail humain, largement invisible, qui les fait tenir debout. Au chapitre 10, nous verrons ce que le droit peut opposer à un objet qui circule plus vite que ses procédures. Pour l'instant, un constat suffit, et il ne dépend d'aucune technologie à venir : dans la course entre celui qui fabrique et celui qui vérifie, le second courra toujours après.
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Nous reviendrons au chapitre 11 sur ce que valent réellement les remèdes techniques (filigranes invisibles, certificats de provenance, détecteurs automatiques) et sur le travail humain, largement invisible, qui les fait tenir debout. Au chapitre 10, nous verrons ce que le droit peut opposer à un objet qui circule plus vite que ses procédures. Pour l'instant, un constat suffit. Il ne dépend d'aucune technologie à venir : dans la course entre celui qui fabrique et celui qui vérifie, le second courra toujours après.
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## Le dividende du menteur
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En 2019, dans une revue de droit américaine, deux juristes ont publié un article de quatre-vingts pages qui n'a pas eu, à l'époque, l'écho qu'il méritait. Robert Chesney et Danielle Citron y examinaient une technologie encore expérimentale, presque folklorique, connue d'une poignée de chercheurs et de quelques forums peu recommandables. Leur texte est devenu l'un des plus cités de la littérature juridique récente, et il contient une phrase qui vaut la lecture de tout le reste.
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En 2019, dans une revue de droit américaine, deux juristes ont publié un article de quatre-vingts pages qui n'a pas eu, à l'époque, l'écho qu'il méritait. Robert Chesney et Danielle Citron y examinaient une technologie encore expérimentale, presque folklorique, connue d'une poignée de chercheurs et de quelques forums peu recommandables. Leur texte est devenu l'un des plus cités de la littérature juridique récente. Il contient une phrase qui vaut la lecture de tout le reste.
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Les auteurs y font une distinction que presque personne n'avait vue. Le danger évident des contenus synthétiques, écrivaient-ils, c'est qu'on croie à des choses fausses. Le danger réel, celui qui allait durer, est l'exact symétrique : à mesure que le public apprend que l'audio et la vidéo peuvent être fabriqués de façon convaincante, il devient plus facile de nier les preuves authentiques. Un public devenu sceptique, écrivaient-ils, sera prédisposé à douter de l'authenticité de véritables enregistrements[^c01-7].
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Ils ont donné à ce mécanisme un nom qui lui va bien : le **dividende du menteur**. L'expression est financière, et elle est juste. Il ne s'agit pas d'une possibilité théorique mais d'un revenu, versé automatiquement, sans effort, à quiconque a intérêt à ce que la réalité reste discutable. Chaque nouveau progrès de la fabrication augmente le rendement de cette rente. Chaque article de presse expliquant au grand public à quel point les faux sont devenus indétectables en verse un peu plus.
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Ils ont donné à ce mécanisme un nom qui lui va bien : le **dividende du menteur**. L'expression est financière. Elle est juste. Rien de théorique ici : un revenu, versé automatiquement, sans effort, à quiconque a intérêt à ce que la réalité reste discutable. Chaque nouveau progrès de la fabrication augmente le rendement de cette rente. Chaque article de presse expliquant au grand public à quel point les faux sont devenus indétectables en verse un peu plus.
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Le mot « dividende » porte une seconde idée, plus retorse, qu'il vaut la peine de déplier. Un dividende ne récompense pas un travail, il récompense une position. On ne le gagne pas, on le détient. Le menteur qui encaisse celui-ci n'a rien produit et n'a pris aucun risque : il possède simplement une part dans un climat général de suspicion que d'autres ont créé pour lui — les laboratoires qui perfectionnent les modèles, les journalistes qui alertent, les escrocs qui font les gros titres. Il touche des intérêts sur l'inquiétude collective. C'est ce qui rend le mécanisme si difficile à combattre : il n'y a personne à poursuivre pour l'avoir mis en place, et chacun de ceux qui l'alimentent croit sincèrement faire œuvre utile.
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Le mot « dividende » porte une seconde idée, plus retorse, qu'il vaut la peine de déplier. Un dividende ne récompense pas un travail, il récompense une position. On ne le gagne pas, on le détient. Le menteur qui encaisse celui-ci n'a rien produit et n'a pris aucun risque : il possède simplement une part dans un climat général de suspicion que d'autres ont créé pour lui. Les laboratoires qui perfectionnent les modèles, les journalistes qui alertent, les escrocs qui font les gros titres. Il touche des intérêts sur l'inquiétude collective. C'est ce qui rend le mécanisme si difficile à combattre : il n'y a personne à poursuivre pour l'avoir mis en place, et chacun de ceux qui l'alimentent croit sincèrement faire œuvre utile.
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Hany Farid, qui avait participé aux discussions de cette époque, résume ce qu'ils redoutaient en une phrase sans détour : ce qu'ils craignaient, c'est qu'en entrant dans l'âge des trucages, n'importe qui puisse nier la réalité. Et il ajoute la précision qui fait tout :
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@@ -124,13 +124,13 @@ La juge Evette Pennypacker n'a pas apprécié, et sa décision devrait être enc
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Elle a ordonné à l'intéressé de témoigner sous serment. Deux prévenus jugés pour l'assaut du Capitole du 6 janvier 2021 avaient tenté une manœuvre comparable en suggérant que les vidéos les montrant sur les lieux pouvaient avoir été fabriquées ; l'un de leurs avocats invoquait un célèbre faux discours de Barack Obama produit par des chercheurs en 2017. Les deux hommes ont été condamnés. Une chercheuse de Stanford qualifie ces tentatives de dernières cartouches tirées sans conviction, et note que les tribunaux ont accumulé des siècles de défenses contre la production de fausses preuves, depuis la signature imitée jusqu'au document retouché.
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Elle a raison, et c'est rassurant. Mais elle ajoute une remarque qui l'est beaucoup moins : le mouvement à venir n'est pas la production de fausses preuves devant les juges, c'est l'accusation de fausseté portée contre les vraies. Et cette accusation, elle, ne se combat pas avec des siècles de jurisprudence. Elle se combat avec des experts, qui se paient. Une justice où prouver qu'une vidéo est authentique nécessite le rapport d'un spécialiste devient une justice où la vérité coûte de l'argent — et où celui qui n'en a pas repart avec sa preuve intacte et inutilisable.
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Elle a raison. C'est rassurant. Mais elle ajoute une remarque qui l'est beaucoup moins : le mouvement à venir n'est pas la production de fausses preuves devant les juges, c'est l'accusation de fausseté portée contre les vraies. Et cette accusation, elle, ne se combat pas avec des siècles de jurisprudence. Elle se combat avec des experts, qui se paient. Une justice où prouver qu'une vidéo est authentique nécessite le rapport d'un spécialiste devient une justice où la vérité coûte de l'argent, et où celui qui n'en a pas repart avec sa preuve intacte et inutilisable.
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Puis le procédé est sorti des prétoires pour rejoindre la vie politique ordinaire, et il y a trouvé sa forme la plus pure.
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Le 6 septembre 2024, à New York, Donald Trump quitte une cour d'appel fédérale où il vient de solliciter un nouveau procès dans l'affaire qui l'a rendu responsable au civil d'agression sexuelle et de diffamation envers l'écrivaine E. Jean Carroll, avec cinq millions de dollars de dommages à la clé. Devant les journalistes, il évoque la photographie qui les montre ensemble, lui, son épouse de l'époque, Carroll et le mari de celle-ci, lors d'une réception vers 1987. Et il glisse, presque distraitement, que cette image pourrait avoir été générée par intelligence artificielle. Il n'en sait rien, dit-il. Elle a surgi de nulle part.
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Elle n'a surgi de nulle part. Elle circule publiquement depuis 2019. Elle a été remise à la presse par Carroll elle-même. Et surtout, son authenticité avait été reconnue par l'intéressé lors d'une déposition sous serment en 2022, puis à nouveau dans un discours au début de l'année 2024 : il en minimisait la portée — une poignée de main dans une file d'accueil, rien de plus — mais il ne contestait pas qu'elle fût réelle. Quelques secondes après avoir suggéré qu'elle était fabriquée, il a d'ailleurs recommencé à en parler comme d'un souvenir vécu.
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Elle n'a pas surgi de nulle part. Elle circule publiquement depuis 2019. Elle a été remise à la presse par Carroll elle-même. Et surtout, son authenticité avait été reconnue par l'intéressé lors d'une déposition sous serment en 2022, puis à nouveau dans un discours au début de l'année 2024 : il en minimisait la portée (une poignée de main dans une file d'accueil, rien de plus), mais il ne contestait pas qu'elle fût réelle. Quelques secondes après avoir suggéré qu'elle était fabriquée, il a d'ailleurs recommencé à en parler comme d'un souvenir vécu.
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Consulté par la chaîne qui a vérifié la déclaration, Farid a rendu un avis en deux temps. D'abord le fait technique : une image qui circule depuis plus de cinq ans, à une époque où les outils génératifs étaient à leurs premiers balbutiements, ne peut pratiquement pas en provenir ; et l'examen ne révèle aucun artefact visuel suggérant une fabrication. Ensuite le diagnostic, qui est une leçon de choses :
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@@ -138,11 +138,11 @@ Consulté par la chaîne qui a vérifié la déclaration, Farid a rendu un avis
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*La simple existence.* Il n'a pas fallu qu'un faux soit produit. Il n'a pas fallu qu'un expert se trompe. Il a suffi que la technologie existe, quelque part dans le monde, pour qu'une photographie de trente-sept ans devienne contestable dans l'esprit du public.
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On pourrait croire, à ce stade, que la manœuvre est trop grossière pour fonctionner. Que l'électeur voit passer la ficelle. C'est ce que j'ai cru, et c'est faux.
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On pourrait croire, à ce stade, que la manœuvre est trop grossière pour fonctionner. Que l'électeur voit passer la ficelle. C'est ce que j'ai cru. C'est faux.
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Trois chercheurs américains — Kaylyn Jackson Schiff, Daniel Schiff et Natália Bueno — ont soumis la question à l'épreuve expérimentale et publié leurs résultats dans la principale revue de science politique du monde. Cinq expériences, plus de quinze mille adultes américains. On présente à chacun un scandale réel impliquant un élu, puis on lui montre au hasard l'une des réponses possibles de l'accusé : le silence, l'excuse, ou le cri au faux — « fausse nouvelle », « c'est un trucage ». Le résultat est net, mesuré, reproduit : crier au faux augmente le soutien à l'élu. Pas seulement dans son propre camp — l'effet traverse les appartenances partisanes[^c01-10].
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Trois chercheurs américains, Kaylyn Jackson Schiff, Daniel Schiff et Natália Bueno, ont soumis la question à l'épreuve expérimentale et publié leurs résultats dans la principale revue de science politique du monde. Cinq expériences, plus de quinze mille adultes américains. On présente à chacun un scandale réel impliquant un élu, puis on lui montre au hasard l'une des réponses possibles de l'accusé : le silence, l'excuse, ou le cri au faux (« fausse nouvelle », « c'est un trucage »). Le résultat est net. Mesuré, reproduit. Crier au faux augmente le soutien à l'élu. Pas seulement dans son propre camp. L'effet traverse les appartenances partisanes[^c01-10].
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Deux nuances importantes accompagnent ce résultat, et il serait malhonnête de les taire. La manœuvre fonctionne beaucoup mieux contre un scandale rapporté par écrit que contre une preuve vidéo : nos yeux résistent encore un peu mieux que notre confiance dans un journal. Et, à la différence d'une stratégie de silence, elle n'entame pas la confiance générale du public envers les médias. Autrement dit, c'est une défense presque sans coût : elle rapporte, et elle n'abîme rien de ce qui pourrait se retourner contre son utilisateur.
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Deux nuances accompagnent ce résultat. Il serait malhonnête de les taire. La manœuvre fonctionne beaucoup mieux contre un scandale rapporté par écrit que contre une preuve vidéo : nos yeux résistent encore un peu mieux que notre confiance dans un journal. Et, à la différence d'une stratégie de silence, elle n'entame pas la confiance générale du public envers les médias. Une défense presque sans coût : elle rapporte, et elle n'abîme rien de ce qui pourrait se retourner contre son utilisateur.
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Reste la conclusion des chercheurs, celle qui donne le vertige, parce qu'elle démolit la seule solution que tout le monde propose spontanément.
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@@ -164,9 +164,9 @@ Il change de nature quand c'est un État qui l'encaisse.
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Le 28 décembre 2025, l'Iran s'embrase. Le soulèvement est réel, la répression l'est aussi, et elle est massive. Presque immédiatement, quelque chose d'inédit se produit dans la manière dont un régime traite les images de sa propre violence.
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Mahsa Alimardani étudie depuis une quinzaine d'années la censure et la manipulation en ligne dans l'espace iranien. Elle appartient, au sein de l'organisation de défense des droits humains Witness, à une équipe qui aide journalistes et enquêteurs à établir si un contenu a été trafiqué. Son récit de ces semaines-là est le document le plus important que j'aie lu sur le sujet de ce chapitre, et il commence par une observation de chronologie : dans les heures qui suivent le début du soulèvement, des comptes proches du pouvoir commencent à qualifier d'images générées par ordinateur des photographies authentiques des manifestations[^c01-11].
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Mahsa Alimardani étudie depuis une quinzaine d'années la censure et la manipulation en ligne dans l'espace iranien. Elle appartient, au sein de l'organisation de défense des droits humains Witness, à une équipe qui aide journalistes et enquêteurs à établir si un contenu a été trafiqué. Son récit de ces semaines-là est le document le plus important que j'aie lu sur le sujet de ce chapitre. Il commence par une observation de chronologie : dans les heures qui suivent le début du soulèvement, des comptes proches du pouvoir commencent à qualifier d'images générées par ordinateur des photographies authentiques des manifestations[^c01-11].
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Le cas le plus parlant concerne un cliché que l'on a comparé à l'homme au tank de Tian'anmen. Le 29 décembre, une caméra munie d'un zoom filme à Téhéran un manifestant seul face aux forces de sécurité. La vidéo est de mauvaise qualité. Un journaliste de la rédaction persane de la BBC en extrait une image fixe, plus nette, qui commence à circuler. L'événement est réel : il a été vérifié depuis plusieurs angles et par plusieurs équipes de vérification. Mais quelqu'un, sur le trajet, a fait passer cette image dans un outil d'amélioration automatique — pour la rendre plus lisible, plus partageable, comme des millions de gens le font chaque jour sans y voir malice. Ces outils fonctionnent aujourd'hui par génération : pour combler un flou, la machine invente les pixels manquants.
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Le cas le plus parlant concerne un cliché que l'on a comparé à l'homme au tank de Tian'anmen. Le 29 décembre, une caméra munie d'un zoom filme à Téhéran un manifestant seul face aux forces de sécurité. La vidéo est de mauvaise qualité. Un journaliste de la rédaction persane de la BBC en extrait une image fixe, plus nette, qui commence à circuler. L'événement est réel. Il a été vérifié depuis plusieurs angles et par plusieurs équipes de vérification. Mais quelqu'un, sur le trajet, a fait passer cette image dans un outil d'amélioration automatique. Pour la rendre plus lisible, plus partageable, comme des millions de gens le font chaque jour sans y voir malice. Ces outils fonctionnent aujourd'hui par génération : pour combler un flou, la machine invente les pixels manquants.
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Il en reste des traces. Et ces traces ont suffi.
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@@ -176,31 +176,31 @@ Arrêtons-nous sur l'élégance du mécanisme, parce qu'il n'y a pas d'autre mot
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Le procédé n'est pas propre à Téhéran. En 2025 déjà, des images fabriquées de manifestations réelles avaient troublé la lecture des événements en Turquie, tandis qu'en Asie du Sud-Est des contenus générés servaient au contraire de carburant à la mobilisation d'une jeunesse en révolte. Mais l'Iran est probablement le terrain le plus disputé de tous, parce que plusieurs factions, plusieurs gouvernements étrangers et le régime lui-même y luttent simultanément pour imposer leur récit.
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Le reste du dossier iranien fonctionne d'ailleurs comme un jeu de miroirs où chaque camp alimente le brouillard qu'il dénonce. La séquence la plus instructive commence le 30 décembre. Un compte se présentant comme affilié à un groupe d'opposition armé publie une vidéo dans laquelle des slogans en faveur de l'héritier du trône ont été manifestement plaqués sur des images de manifestation. Puis le même compte dénonce lui-même son propre montage, et s'en sert pour affirmer que les monarchistes fabriquent leur soutien populaire. En quelques heures, des comptes favorables au régime relaient l'accusation. Le lendemain, un compte de propagande russe assemble les deux pièces — la photographie de l'homme au tank retouchée et l'audio maquillé — et présente l'ensemble comme la preuve que le soulèvement est une opération étrangère.
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Le reste du dossier iranien fonctionne d'ailleurs comme un jeu de miroirs où chaque camp alimente le brouillard qu'il dénonce. La séquence la plus instructive commence le 30 décembre. Un compte se présentant comme affilié à un groupe d'opposition armé publie une vidéo dans laquelle des slogans en faveur de l'héritier du trône ont été manifestement plaqués sur des images de manifestation. Puis le même compte dénonce lui-même son propre montage, et s'en sert pour affirmer que les monarchistes fabriquent leur soutien populaire. En quelques heures, des comptes favorables au régime relaient l'accusation. Le lendemain, un compte de propagande russe assemble les deux pièces : la photographie de l'homme au tank retouchée et l'audio maquillé. Il présente l'ensemble comme la preuve que le soulèvement est une opération étrangère.
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La boucle est fermée. Un contenu truqué introduit par un acteur probablement lié au pouvoir, dénoncé par ce même acteur, amplifié par ses relais, puis agrégé à l'étranger comme démonstration d'une manipulation occidentale. Le trucage n'est plus l'arme : il est l'appât. On ne fabrique plus un faux pour qu'il soit cru, on le fabrique pour qu'il soit démasqué, et l'on récolte le discrédit qui rejaillit sur tout le reste.
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Un diplomate israélien diffuse ainsi un montage de quatre frappes présentées comme d'une grande précision ; l'analyse établit qu'un seul des quatre extraits est authentique — il avait été diffusé par la télévision d'État iranienne — et que les trois autres portent les marques d'une génération artificielle. Le diplomate ne retire pas sa publication : il concède que des parties ont pu être manipulées, tout en maintenant que l'ensemble illustre bien ce qu'il voulait démontrer. Le 1er janvier, le ministère israélien des Affaires étrangères publie sur son compte en langue persane une image de policiers iraniens aspergeant deux manifestants au jet d'eau ; l'original, pris la veille par un journaliste de la BBC persane, montrait les manifestants arrosés à distance, puis un policier s'approchant avec un porte-voix. La modification a transformé le porte-voix en lance à eau.
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Un diplomate israélien diffuse ainsi un montage de quatre frappes présentées comme d'une grande précision ; l'analyse établit qu'un seul des quatre extraits est authentique (il avait été diffusé par la télévision d'État iranienne) et que les trois autres portent les marques d'une génération artificielle. Le diplomate ne retire pas sa publication. Il concède que des parties ont pu être manipulées, tout en maintenant que l'ensemble illustre bien ce qu'il voulait démontrer. Le 1er janvier, le ministère israélien des Affaires étrangères publie sur son compte en langue persane une image de policiers iraniens aspergeant deux manifestants au jet d'eau ; l'original, pris la veille par un journaliste de la BBC persane, montrait les manifestants arrosés à distance, puis un policier s'approchant avec un porte-voix. La modification a transformé le porte-voix en lance à eau.
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Et l'opposition monarchiste n'est pas en reste : une chaîne persanophone de Londres diffuse des images de foules acclamant l'héritier du trône, avec une bande-son authentique — mais enregistrée lors d'une cérémonie à la mémoire d'un avocat des droits humains mort dans des circonstances suspectes, dont les funérailles avaient rassemblé des milliers de personnes. Le son était vrai. Il ne venait pas de là.
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L'opposition monarchiste joue la même partition. Une chaîne persanophone de Londres diffuse des images de foules acclamant l'héritier du trône, sur une bande-son authentique — mais enregistrée lors d'une cérémonie à la mémoire d'un avocat des droits humains mort dans des circonstances suspectes, dont les funérailles avaient rassemblé des milliers de personnes. Le son était vrai. Il ne venait pas de là.
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Chacun de ces gestes, pris isolément, ressemble à une petite tricherie de communicant. Ensemble, ils produisent un résultat dont un seul acteur profite. Chaque faux authentifié par les vérificateurs devient un précédent que le régime peut brandir la fois suivante : *vous voyez bien qu'ils fabriquent*. Le dividende revient toujours au même bénéficiaire, et ce n'est jamais celui qui manifeste.
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Et puis il y a le cas qui va plus loin que tous les autres, parce qu'il ne comporte aucune tricherie.
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Le 29 décembre, une chaîne d'opposition diffuse les images d'une marche dans la ville de Malard : la foule y scande le nom de l'héritier du trône. Un autre utilisateur publie une autre prise de vue, de la même rue, de la même marche — où l'on entend des slogans différents. S'ensuit ce qui devait s'ensuivre : une correction publiée par l'un, des accusations de mensonge lancées contre l'autre camp. Or personne n'a rien truqué. Sur une longue avenue, à des instants différents, des groupes différents ont simplement crié des choses différentes.
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Le 29 décembre, une chaîne d'opposition diffuse les images d'une marche dans la ville de Malard : la foule y scande le nom de l'héritier du trône. Un autre utilisateur publie une autre prise de vue, de la même rue, de la même marche, où l'on entend des slogans différents. S'ensuit ce qui devait s'ensuivre : une correction publiée par l'un, des accusations de mensonge lancées contre l'autre camp. Personne n'a rien truqué. Sur une longue avenue, à des instants différents, des groupes différents ont simplement crié des choses différentes.
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Nous touchons ici le fond du problème, et la technologie n'y est plus pour rien. Même entre gens de bonne foi, même sans le moindre montage, il devient impossible de savoir ce qui est représentatif. Un pays de plus de quatre-vingt-dix millions d'habitants ne se déduit pas d'un plan de trente secondes. Alimardani appelle cet état le **brouillard épistémique**, et le terme est mieux choisi qu'il n'y paraît : dans le brouillard, les objets ne disparaissent pas, ils cessent d'être situables. Ce que la vague de contenus fabriqués a réellement produit, ce n'est pas un monde de mensonges — c'est un monde où l'établissement du vrai exige un travail que plus personne n'a le temps de fournir, et où celui qui refuse ce travail n'a jamais l'air d'un négligent. Il a l'air prudent.
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Nous touchons ici le fond du problème, et la technologie n'y est plus pour rien. Même entre gens de bonne foi, même sans le moindre montage, il devient impossible de savoir ce qui est représentatif. Un pays de plus de quatre-vingt-dix millions d'habitants ne se déduit pas d'un plan de trente secondes. Alimardani appelle cet état le **brouillard épistémique**, et le terme est mieux choisi qu'il n'y paraît : dans le brouillard, les objets ne disparaissent pas, ils cessent d'être situables. La vague de contenus fabriqués n'a pas rempli le monde de mensonges. Elle a fait de l'établissement du vrai un travail que plus personne n'a le temps de fournir. Et celui qui refuse ce travail n'a jamais l'air d'un négligent. Il a l'air prudent.
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De là découle la phrase qui est, à mon sens, la plus importante de ce chapitre :
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> Journalistes, tribunaux, enquêteurs des droits humains et mouvements de protestation ont longtemps dépendu, partout, de normes de preuve partagées. Nous voyons aujourd'hui ce qui se produit quand ces normes s'effondrent. Quand n'importe quelle image peut être écartée comme possiblement synthétique, ceux qui détiennent le pouvoir n'ont plus besoin de supprimer la parole. Il leur suffit de soulever des questions qui minent la croyance en une réalité partagée.
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Mesurez le changement de régime que décrit cette phrase. La censure classique était coûteuse, visible et honteuse. Il fallait des locaux, des employés, des listes, des ciseaux ; il fallait couper Internet, brouiller des émissions, emprisonner des journalistes — autant d'actes qui laissent des traces, qui s'accusent devant les instances internationales, et qui désignent immédiatement un coupable. Le doute organisé ne coûte rien, ne laisse aucune trace, et n'a même pas l'air d'un crime. Il a l'apparence de l'esprit critique. Un régime qui accuse une photographie d'être un montage ne se présente pas comme un censeur : il se présente comme un vérificateur.
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Mesurez le changement de régime que décrit cette phrase. La censure classique était coûteuse, visible et honteuse. Il fallait des locaux, des employés, des listes, des ciseaux ; il fallait couper Internet, brouiller des émissions, emprisonner des journalistes. Autant d'actes qui laissent des traces, qui s'accusent devant les instances internationales, et qui désignent immédiatement un coupable. Le doute organisé ne coûte rien, ne laisse aucune trace, et n'a même pas l'air d'un crime. Il a l'apparence de l'esprit critique. Un régime qui accuse une photographie d'être un montage ne se présente pas comme un censeur : il se présente comme un vérificateur.
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Nous verrons au chapitre 7 comment la même logique s'installe dans les mécaniques de la guerre, où la machine désigne et l'humain ratifie. Ici, elle s'applique à quelque chose de plus fondamental encore que la vie d'un homme : à la possibilité même qu'un massacre soit un jour établi.
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Le régime iranien a d'ailleurs fini par ajouter les vieilles méthodes aux nouvelles, coupant l'accès au réseau et isolant le pays. Bretelle et ceinture : le brouillard, puis l'obscurité. Les décomptes de victimes ont aussitôt divergé de manière vertigineuse, les organisations de défense des droits humains ne parvenant plus à accéder aux données — un chiffre vérifié de plusieurs milliers, des estimations plusieurs fois supérieures, et aucun moyen de trancher. Alimardani résume la situation en cinq mots : tout le monde est prêt à ne croire à rien.
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Le régime iranien a d'ailleurs fini par ajouter les vieilles méthodes aux nouvelles, coupant l'accès au réseau et isolant le pays. Bretelle et ceinture : le brouillard, puis l'obscurité. Les décomptes de victimes ont aussitôt divergé de manière vertigineuse, les organisations de défense des droits humains ne parvenant plus à accéder aux données : un chiffre vérifié de plusieurs milliers, des estimations plusieurs fois supérieures, et aucun moyen de trancher. Alimardani résume la situation en cinq mots : tout le monde est prêt à ne croire à rien.
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C'est ici que ce chapitre cesse de parler de l'Iran.
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@@ -212,37 +212,37 @@ Ce n'est pas du cynisme. Le cynique a une théorie du monde ; il croit encore à
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Un chiffre, un seul, pour dire où nous en sommes.
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Chaque année depuis 2015, l'Institut Reuters pour l'étude du journalisme mesure la confiance dans l'information à travers le monde, sur près de cinquante marchés et quelque quatre-vingt-dix mille personnes. En 2026, cette confiance est tombée à trente-sept pour cent — le plus bas niveau jamais enregistré. Elle a reculé dans vingt-neuf des quarante-huit pays étudiés, et de plus de cinq points dans dix-neuf d'entre eux. Aux États-Unis, elle est descendue à un quart de la population[^c01-13].
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Chaque année depuis 2015, l'Institut Reuters pour l'étude du journalisme mesure la confiance dans l'information à travers le monde, sur près de cinquante marchés et quelque quatre-vingt-dix mille personnes. En 2026, cette confiance est tombée à trente-sept pour cent. Le plus bas niveau jamais enregistré. Elle a reculé dans vingt-neuf des quarante-huit pays étudiés, et de plus de cinq points dans dix-neuf d'entre eux. Aux États-Unis, elle est descendue à un quart de la population[^c01-13].
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Trente-sept pour cent. Deux personnes sur trois, dans le monde, ne font pas confiance à l'information qu'elles consomment. Et l'inquiétude devant les contenus faux en ligne, elle, monte à soixante-deux pour cent : dans chaque pays d'Europe occidentale sans exception, elle a progressé d'au moins quatre points en une seule année.
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Trente-sept pour cent. Deux personnes sur trois, dans le monde, ne font pas confiance à l'information qu'elles consomment. Et l'inquiétude devant les contenus faux en ligne, elle, monte à soixante-deux pour cent. Dans chaque pays d'Europe occidentale sans exception, elle a progressé d'au moins quatre points en une seule année.
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Une ligne de ce classement mérite un arrêt, parce qu'elle referme une boucle ouverte plus haut dans ce chapitre. Parmi les cinq pays où la confiance dans l'information est la plus basse au monde figure la Slovaquie. Les personnes interrogées y sont aussi parmi les plus convaincues, tous marchés confondus, que les responsables politiques, les propriétaires de médias et le crime organisé pèsent sur ce que les journaux leur racontent. Trois ans après le faux enregistrement de septembre 2023, on ne peut pas établir que cet épisode ait fait basculer une élection. On constate en revanche qu'il a été suivi d'un effondrement de la confiance, et que ce type de dégât ne se répare pas par un démenti.
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Une ligne de ce classement mérite un arrêt, parce qu'elle referme une boucle ouverte plus haut dans ce chapitre. Un pays figure parmi les cinq où la confiance dans l'information est la plus basse au monde. La Slovaquie. Les personnes interrogées y sont aussi parmi les plus convaincues, tous marchés confondus, que les responsables politiques, les propriétaires de médias et le crime organisé pèsent sur ce que les journaux leur racontent. Trois ans après le faux enregistrement de septembre 2023, on ne peut pas établir que cet épisode ait fait basculer une élection. On constate en revanche qu'il a été suivi d'un effondrement de la confiance. Ce type de dégât ne se répare pas par un démenti.
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Ce chiffre de trente-sept pour cent, à lui seul, pourrait se lire comme un procès fait aux journalistes, et une partie du public le lit ainsi. Le même rapport suggère autre chose, de plus mécanique et de plus difficile à corriger.
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La même année, pour la première fois depuis que l'enquête existe, les réseaux sociaux et les plateformes vidéo sont devenus, à l'échelle mondiale, la première voie d'accès à l'information — devant les sites et applications des rédactions elles-mêmes, et devant la télévision. Or la confiance accordée à l'information rencontrée sur ces réseaux plafonne à vingt-deux pour cent, très loin des trente-sept pour cent de la moyenne générale. Nous ne sommes donc pas seulement en train de perdre confiance : nous sommes en train de migrer, massivement, vers les canaux auxquels nous accordons le moins de crédit. Et nous le faisons en connaissance de cause, pour une raison qui n'a rien de mystérieux — ce sont les endroits où nous passons déjà notre temps. La commodité l'emporte sur la défiance, et l'emportera toujours.
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La même année, pour la première fois depuis que l'enquête existe, les réseaux sociaux et les plateformes vidéo sont devenus, à l'échelle mondiale, la première voie d'accès à l'information, devant les sites et applications des rédactions elles-mêmes, et devant la télévision. La confiance accordée à l'information rencontrée sur ces réseaux plafonne à vingt-deux pour cent, très loin des trente-sept pour cent de la moyenne générale. Nous ne sommes donc pas seulement en train de perdre confiance : nous sommes en train de migrer, massivement, vers les canaux auxquels nous accordons le moins de crédit. Et nous le faisons en connaissance de cause, pour une raison qui n'a rien de mystérieux : ce sont les endroits où nous passons déjà notre temps. La commodité l'emporte sur la défiance. Elle l'emportera toujours.
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Le mouvement s'accompagne d'un retrait plus discret. L'intérêt déclaré pour l'actualité a chuté de treize points depuis 2021 ; quatre personnes sur dix disent éviter les nouvelles au moins de temps en temps ; et parmi les jeunes adultes de dix-huit à vingt-quatre ans qui n'ont pas ouvert un journal la semaine précédente, une majorité déclare n'en avoir jamais lu régulièrement — pas « plus », jamais. Ce n'est donc pas une habitude perdue qu'il faudrait reprendre. C'est une habitude qui n'a pas été contractée.
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Il y a enfin, dans ce même rapport, un détail plus étrange que le chiffre principal. La confiance accordée aux réponses des assistants conversationnels sur l'actualité s'établit à vingt pour cent dans le monde, et à six pour cent au Royaume-Uni — le taux le plus bas de toutes les catégories mesurées, tous pays confondus. Pendant ce temps, l'usage de ces mêmes outils pour s'informer augmente. Nous avons déjà rencontré cet écart dans les pages d'ouverture de ce livre, chez les développeurs qui constatent chaque jour les erreurs de la machine et s'en servent chaque jour davantage. Le voici de nouveau, à l'échelle de populations entières. Nous nous informons auprès de sources dont nous disons ne pas croire un mot.
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Il y a enfin, dans ce même rapport, un détail plus étrange que le chiffre principal. La confiance accordée aux réponses des assistants conversationnels sur l'actualité s'établit à vingt pour cent dans le monde, et à six pour cent au Royaume-Uni, le taux le plus bas de toutes les catégories mesurées, tous pays confondus. Pendant ce temps, l'usage de ces mêmes outils pour s'informer augmente. Nous avons déjà rencontré cet écart dans les pages d'ouverture de ce livre, chez les développeurs qui constatent chaque jour les erreurs de la machine et s'en servent chaque jour davantage. Le voici de nouveau, à l'échelle de populations entières. Nous nous informons auprès de sources dont nous disons ne pas croire un mot.
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Une enquête menée début 2026 auprès de deux mille personnes au Royaume-Uni et aux États-Unis mesure l'aboutissement de ce mouvement : près d'une sur deux déclare mettre en doute l'authenticité de presque tout ce qu'elle rencontre en ligne[^c01-14]. Non pas de certaines choses. De presque tout.
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Restait un dernier espoir, celui auquel on se raccroche dans les dîners : les jeunes, eux, sauront faire le tri. Ils sont nés dedans, ils ont l'œil, ils reconnaissent un montage à cent mètres.
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La plus vaste étude jamais conduite sur la vulnérabilité à la désinformation a réglé cette question, et pas dans le sens qu'on espérait. Soixante-six mille deux cent quarante-deux participants, vingt-quatre pays, un test standardisé consistant à trier des titres d'actualité entre vrais et faux. Les membres de la génération Z figurent parmi les publics les plus vulnérables — davantage que leurs aînés, pas moins[^c01-15].
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La plus vaste étude jamais conduite sur la vulnérabilité à la désinformation a réglé cette question. Pas dans le sens qu'on espérait. Soixante-six mille deux cent quarante-deux participants, vingt-quatre pays, un test standardisé consistant à trier des titres d'actualité entre vrais et faux. Les membres de la génération Z figurent parmi les publics les plus vulnérables — davantage que leurs aînés, pas moins[^c01-15].
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Il n'y a rien là de mystérieux, une fois qu'on abandonne l'idée que la familiarité produit du discernement. Avoir grandi entouré de contenus fabriqués n'apprend pas à les distinguer : cela apprend à ne plus se poser la question. L'aisance technique et le jugement critique sont deux compétences différentes, et la première a tendance à faire croire qu'on possède la seconde. C'est exactement l'écart mesuré chez les deux mille candidats au test de détection : la confiance sans l'exactitude.
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Rien de mystérieux là-dedans. Il suffit d'abandonner l'idée que la familiarité produit du discernement. Avoir grandi entouré de contenus fabriqués n'apprend pas à les distinguer : cela apprend à ne plus se poser la question. L'aisance technique et le jugement critique sont deux compétences différentes. La première a tendance à faire croire qu'on possède la seconde. C'est exactement l'écart mesuré chez les deux mille candidats au test de détection : la confiance sans l'exactitude.
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Un psychologue américain a montré, dans les années soixante-dix, qu'un animal soumis à des chocs qu'il ne peut prévoir ni éviter finit par cesser d'essayer, même lorsqu'une issue redevient disponible. Il a appelé cela l'impuissance apprise, et le concept a fait carrière en clinique. Il décrit assez exactement ce que produit un environnement informationnel où chaque vérification échoue à trancher. Le désengagement n'est pas de l'indifférence : c'est ce qui arrive quand l'effort soutenu cesse d'être perçu comme efficace.
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Un psychologue américain a montré, dans les années soixante-dix, qu'un animal soumis à des chocs qu'il ne peut prévoir ni éviter finit par cesser d'essayer, même lorsqu'une issue redevient disponible. Il a appelé cela l'impuissance apprise. Le concept a fait carrière en clinique. Il décrit assez exactement ce que produit un environnement informationnel où chaque vérification échoue à trancher. Le désengagement n'est pas de l'indifférence : c'est ce qui arrive quand l'effort soutenu cesse d'être perçu comme efficace.
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Voilà le vrai dommage, et il n'a rien à voir avec les élections truquées. Une démocratie ne s'effondre pas parce que ses citoyens croient des mensonges. Elle s'effondre quand ils renoncent à faire la différence, parce que la différence est devenue trop chère à établir.
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Voilà le vrai dommage. Il n'a rien à voir avec les élections truquées. Une démocratie ne s'effondre pas parce que ses citoyens croient des mensonges. Elle s'effondre quand ils renoncent à faire la différence, parce que la différence est devenue trop chère à établir.
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## Prouver le vrai
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Reste une dernière inversion, la plus discrète, et c'est peut-être celle qui structurera les vingt prochaines années.
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Reste une dernière inversion, la plus discrète. C'est peut-être celle qui structurera les vingt prochaines années.
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Retournons à Boston, dans cette salle de professionnels de la fraude. Après avoir décrit les capacités des outils actuels, Farid raconte comment il a passé des heures à analyser une photographie publiée par un sénateur américain, que des internautes accusaient d'être fabriquée par ordinateur. Sa conclusion, livrée sur le ton de celui qui a fait son travail : nous avons analysé la photo, et si cela vous intéresse, elle est réelle.
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Retournons à Boston. Dans cette salle de professionnels de la fraude. Après avoir décrit les capacités des outils actuels, Farid raconte comment il a passé des heures à analyser une photographie publiée par un sénateur américain, que des internautes accusaient d'être fabriquée par ordinateur. Sa conclusion, livrée sur le ton de celui qui a fait son travail : nous avons analysé la photo, et si cela vous intéresse, elle est réelle.
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Puis vient la phrase qui a fait taire la salle. Les gens ne veulent plus croire aux choses qui sont vraies.
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@@ -250,7 +250,7 @@ Et sur l'état de sa discipline dans les tribunaux, il n'a pas cherché la nuanc
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Souvenez-vous du rapport de forces posé au début de ce chapitre. Un dollar et vingt minutes pour fabriquer la voix d'un président. Combien, en face, pour établir qu'une image est authentique ? Des heures du temps de l'un des trois ou quatre meilleurs spécialistes au monde. Une expertise contradictoire. Des honoraires. Un délai.
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C'est cela, le renversement décisif. Ce n'est plus la vérité qui est gratuite et le mensonge coûteux — situation qui a prévalu pendant l'essentiel de l'histoire humaine, où mentir demandait un effort et où les choses, tout simplement, étaient. C'est l'inverse. Fabriquer ne coûte plus rien. Authentifier coûte cher. Et dans toute économie où l'établissement d'un fait devient un service payant, la question suivante n'est pas technique mais politique : qui peut se le permettre ?
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C'est cela, le renversement décisif. Ce n'est plus la vérité qui est gratuite et le mensonge coûteux. Cet ordre-là a prévalu pendant l'essentiel de l'histoire humaine, où mentir demandait un effort et où les choses, tout simplement, étaient. C'est l'inverse. Fabriquer ne coûte plus rien. Authentifier coûte cher. Et dans toute économie où l'établissement d'un fait devient un service payant, la question suivante devient politique avant d'être technique : qui peut se le permettre ?
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Un journal international, oui. Un gouvernement, oui. Une entreprise cotée, sans doute. Une famille dont le fils a été filmé par la police d'un pays autoritaire ? Une salariée qui a enregistré son supérieur ? Un syndicat local ? Un candidat d'opposition dans un pays où l'expertise judiciaire dépend du ministère de l'Intérieur ?
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@@ -266,7 +266,7 @@ Nous examinerons ces outils de près au chapitre 11, y compris leurs failles, qu
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Il y a une ironie dernière dans cette histoire, et elle me ramène au magicien de La Nouvelle-Orléans.
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Le métier de Paul Carpenter, avant qu'il ne fabrique la voix d'un président pour un dollar, consistait à tromper des gens qui avaient acheté un billet pour être trompés. C'est tout l'art de la prestidigitation, et c'est un art honorable : il repose sur un contrat parfaitement clair. Vous savez qu'on va vous mentir, vous savez que la pièce ne s'est pas volatilisée, vous ne cherchez pas la solution et vous applaudissez le savoir-faire. Le spectateur d'un tour de magie n'est pas une victime, c'est un partenaire.
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Le métier de Paul Carpenter, avant qu'il ne fabrique la voix d'un président pour un dollar, consistait à tromper des gens qui avaient acheté un billet pour être trompés. C'est tout l'art de la prestidigitation, et c'est un art honorable. Le contrat est parfaitement clair. Vous savez qu'on va vous mentir, vous savez que la pièce ne s'est pas volatilisée, vous ne cherchez pas la solution et vous applaudissez le savoir-faire. Le spectateur d'un tour de magie n'est pas une victime, c'est un partenaire.
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Ce que la décennie qui s'ouvre a supprimé, ce n'est pas notre capacité à reconnaître un tour. C'est le contrat. Nous sommes tous devenus le public d'un spectacle permanent que nous n'avons pas choisi, dont nous ignorons les horaires, et où plus personne ne monte sur scène pour annoncer que le numéro va commencer.
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@@ -1,4 +1,4 @@
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# Les préjugés en code source
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# Le neuvième nom
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Le 9 janvier 2020, en fin d'après-midi, une voiture de police se gare devant une maison de Farmington Hills, dans la banlieue nord de Detroit. Robert Williams rentre du travail. Il gare son propre véhicule dans l'allée, coupe le moteur, et voit les agents descendre.
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@@ -6,7 +6,7 @@ Un agent s'avance, lui demande son nom, lui annonce qu'il est en état d'arresta
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Il demande pourquoi. On lui tend une feuille portant deux mots : mandat pour crime, vol.
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Il passera la nuit sur un banc de béton, dans une cellule surpeuplée, sans savoir de quoi on l'accuse au juste. Ce n'est que le lendemain, vers midi, que deux enquêteurs le conduisent en salle d'interrogatoire et posent devant lui trois feuilles de papier, face contre table. Sur la première, l'arrêt sur image d'une vidéo de surveillance : un homme corpulent, coiffé d'une casquette rouge des Cardinals de Saint-Louis, debout devant une vitrine de montres. La scène s'est déroulée quinze mois plus tôt, en octobre 2018, dans une boutique Shinola du centre de Detroit. Cinq montres, trois mille huit cents dollars de préjudice.
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Il passera la nuit sur un banc de béton, dans une cellule surpeuplée, sans savoir de quoi on l'accuse au juste. Ce n'est que le lendemain, vers midi, que deux enquêteurs le conduisent en salle d'interrogatoire et posent devant lui trois feuilles de papier, face contre table. Sur la première, l'arrêt sur image d'une vidéo de surveillance : un homme corpulent, coiffé d'une casquette rouge des Cardinals de Saint-Louis, debout devant une vitrine de montres. La scène s'est déroulée quinze mois plus tôt, en octobre 2018, dans une boutique Shinola du centre de Detroit. Cinq montres. Trois mille huit cents dollars de préjudice.
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La deuxième feuille est un agrandissement du visage. Il est flou, et ce n'est manifestement pas celui de Williams.
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@@ -16,7 +16,7 @@ Williams prend l'image et la place à côté de son propre visage.
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Les deux enquêteurs se renversent sur leur chaise et se regardent. L'un d'eux, gêné, formule alors la phrase qui vaut tous les rapports d'expertise du monde : je suppose que l'ordinateur s'est trompé.
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Robert Williams est resté détenu environ trente heures avant d'être libéré contre une caution personnelle de mille dollars[^c02-1]. Il a attendu sa femme trente minutes sous la pluie. Deux semaines plus tard, il a pris un jour de congé pour comparaître : le procureur a demandé l'abandon des poursuites, mais sans extinction de l'action publique — ce qui signifie qu'il pouvait, en droit, être poursuivi de nouveau pour les mêmes faits. Sur le papier, il ne s'est donc presque rien passé : une erreur, un dossier abandonné, un homme rendu à sa famille. Ce genre de non-événement ne laisse pas de trace dans les statistiques judiciaires.
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Robert Williams est resté détenu environ trente heures avant d'être libéré contre une caution personnelle de mille dollars[^c02-1]. Il a attendu sa femme trente minutes. Sous la pluie. Deux semaines plus tard, il a pris un jour de congé pour comparaître : le procureur a demandé l'abandon des poursuites, mais sans extinction de l'action publique. Williams pouvait, en droit, être poursuivi de nouveau pour les mêmes faits. Sur le papier, il ne s'est donc presque rien passé : une erreur, un dossier abandonné, un homme rendu à sa famille. Ce genre de non-événement ne laisse pas de trace dans les statistiques judiciaires.
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Il en laisse ailleurs. Pendant les trente heures d'absence de son père, la plus jeune de ses filles a perdu sa première dent. Il l'a appris à son retour. L'aînée, pendant des semaines, s'est mise à pleurer chaque fois qu'elle voyait une photographie de lui, et a inventé un jeu dont elle ne se lassait pas : elle jouait au policier qui vient arrêter papa. Elle avait cinq ans. C'est la manière dont un enfant de cet âge digère ce qu'il ne peut pas nommer.
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@@ -26,7 +26,7 @@ Ce qui nous intéresse ici, c'est la phrase de l'enquêteur. *L'ordinateur dit q
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Reconstituons le trajet réel de l'information, car il est plus intéressant que la légende.
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Une enquêtrice spécialisée de la police d'État du Michigan reçoit une image extraite d'une vidéo de surveillance. La qualité est mauvaise : éclairage insuffisant, sujet en mouvement, visage jamais tourné franchement vers l'objectif. Elle la soumet au système de reconnaissance faciale de l'État, qui compare l'image à une base de quarante-neuf millions de photographies — l'intégralité des permis de conduire délivrés dans le Michigan.
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Une enquêtrice spécialisée de la police d'État du Michigan reçoit une image extraite d'une vidéo de surveillance. La qualité est mauvaise. Éclairage insuffisant, sujet en mouvement, visage jamais tourné franchement vers l'objectif. Elle la soumet au système de reconnaissance faciale de l'État, qui compare l'image à une base de quarante-neuf millions de photographies — l'intégralité des permis de conduire délivrés dans le Michigan.
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Un mot sur ce système, parce que son architecture explique une partie de l'affaire. La police d'État n'achète pas un logiciel, elle achète un assemblage : un prestataire lui fournit l'interface et la gestion des fichiers, et sous-traite le cœur de la reconnaissance à deux fournisseurs d'algorithmes distincts, l'un japonais, l'autre installé au Colorado. Chaque recherche renvoie donc deux séries de résultats, produites par deux moteurs différents, avec leurs scores de confiance respectifs. Quand la journaliste du *New York Times* qui a révélé l'affaire a voulu savoir lequel de ces algorithmes avait désigné Robert Williams, elle a découvert que la police elle-même n'en savait rien.
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@@ -34,13 +34,13 @@ Quarante-neuf millions. Retenez ce chiffre, car il est la clé de l'affaire, et
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Le logiciel ne rend pas un verdict. Il rend une liste ordonnée de visages qui ressemblent à celui de l'image. C'est exactement ce qu'on lui demande de faire, et il le fait. Le problème est ailleurs, dans une propriété mathématique élémentaire que personne, dans la chaîne, n'a eu à l'esprit ce jour-là : quand vous cherchez le sosie d'un visage flou dans quarante-neuf millions de candidats, vous en trouvez toujours. Nécessairement. Et vous en trouvez d'autant plus que l'image de départ est mauvaise, puisque le flou augmente le nombre de visages compatibles avec elle.
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Un moteur de ressemblance ne se trompe pas quand il renvoie un innocent. Il fonctionne. La ressemblance n'est pas une identité, et la longueur de la liste n'est pas un indice de fiabilité : c'est le contraire.
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Un moteur de ressemblance ne se trompe pas quand il renvoie un innocent. Il fonctionne. La ressemblance ne vaut pas identité, et la longueur de la liste ne mesure pas la fiabilité : elle mesure l'inverse.
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Ce jour-là, la recherche a renvoyé des dizaines de correspondances possibles. Et voici le détail que je n'ai trouvé nulle part dans les récits grand public de cette affaire, alors qu'il devrait en être le cœur : le visage de Robert Williams n'arrivait pas en tête de cette liste. Il figurait en neuvième position. Mieux — ou pire : la photographie retenue provenait d'un permis de conduire périmé, son permis en cours de validité n'étant même pas ressorti de la recherche.
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Neuvième sur des dizaines. Les enquêteurs ont donc consulté une liste de sosies statistiques, sont descendus jusqu'au neuvième nom, et ont décidé que ce serait celui-là.
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Cette précision change la nature du reproche qu'on peut faire à cette technologie. Ce n'est même pas une histoire de machine trop crue sur parole. C'est une histoire de machine qui a livré, honnêtement, un éventail de possibilités classées par ordre décroissant de plausibilité, et d'humains qui ont pioché dedans.
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Cette précision change tout. Elle déplace le reproche qu'on peut faire à cette technologie. Ce n'est même pas une histoire de machine trop crue sur parole. C'est une histoire de machine qui a livré, honnêtement, un éventail de possibilités classées par ordre décroissant de plausibilité, et d'humains qui ont pioché dedans.
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La suite du dossier est encore plus instructive. La photographie de Williams, sortie de cette liste, a été insérée dans une planche d'identification soumise à un témoin. Ce témoin n'était pas présent lors du vol : c'était une employée d'une société de sécurité qui avait visionné la même vidéo granuleuse. On lui a donc demandé de confirmer, à partir d'une image médiocre, un visage que la machine avait sélectionné pour sa ressemblance avec cette image médiocre. Elle l'a confirmé.
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@@ -50,7 +50,7 @@ Le plus troublant reste à venir. Cette confusion n'était pas une zone grise de
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Le fabricant disait la même chose. Le fournisseur d'algorithme aussi. Le mode d'emploi était juste, il était sur la table, il était en majuscules. Personne ne l'a lu.
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Et le dernier maillon de la chaîne, celui qui aurait dû tout arrêter, a été privé des moyens de le faire. Lors de la procédure civile engagée par la suite, les avocats de Williams ont interrogé la magistrate qui avait délivré le mandat d'arrêt. Sa réponse figure au dossier : elle estime avoir été induite en erreur par les informations que la police lui a transmises, et affirme qu'elle n'aurait jamais signé ce mandat si elle avait connu l'ensemble des éléments de l'enquête.
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Et le dernier maillon de la chaîne, celui qui aurait dû tout arrêter, a été privé des moyens de le faire. Lors de la procédure civile engagée par la suite, les avocats de Williams ont interrogé la magistrate qui avait délivré le mandat d'arrêt. Sa réponse figure au dossier. Elle estime avoir été induite en erreur par les informations que la police lui a transmises, et affirme qu'elle n'aurait jamais signé ce mandat si elle avait connu l'ensemble des éléments de l'enquête.
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Aucune vérification n'avait été menée par ailleurs. Pas de relevé d'empreintes, pas d'analyse ADN, aucun témoignage recueilli auprès des personnes présentes dans la boutique le jour du vol. Le chef de la police de Detroit de l'époque a lui-même reconnu publiquement, six mois plus tard, devant l'instance de contrôle de son administration, qu'il s'agissait d'un travail d'enquête bâclé.
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@@ -58,13 +58,13 @@ Personne, dans cette histoire, n'a voulu arrêter un innocent. Chacun a simpleme
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Il n'y a donc pas eu, dans cette affaire, de défaillance technique. Il y a eu un transfert d'autorité. Un outil conçu pour produire des pistes a été reçu comme s'il produisait des preuves — et cette promotion silencieuse ne s'est décidée nulle part, dans aucune réunion, dans aucun texte. Elle s'est faite dans la tête de gens pressés, à qui un écran affichait un nom.
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Restait un dernier verrou, et c'est là que le hasard cesse d'être neutre. Car si un moteur de ressemblance produit inévitablement des faux positifs, il ne les produit pas de manière égale. Les campagnes d'évaluation conduites par l'institut fédéral américain de métrologie sur près de deux cents algorithmes commerciaux ont mesuré, pour les visages africains-américains et asiatiques, des taux de fausses correspondances supérieurs d'un facteur dix à cent à ceux relevés sur les visages d'Europe de l'Est[^c02-2]. Un ordre de grandeur, parfois deux. Autrement dit : le tirage au sort qui a désigné Robert Williams n'était pas un tirage au sort. Il était pipé, et il l'était dans une direction connue, documentée, publiée deux mois avant son arrestation.
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Restait un dernier verrou, et c'est là que le hasard cesse d'être neutre. Car si un moteur de ressemblance produit inévitablement des faux positifs, il ne les produit pas de manière égale. Les campagnes d'évaluation conduites par l'institut fédéral américain de métrologie sur près de deux cents algorithmes commerciaux ont mesuré, pour les visages africains-américains et asiatiques, des taux de fausses correspondances supérieurs d'un facteur dix à cent à ceux relevés sur les visages d'Europe de l'Est[^c02-2]. Un ordre de grandeur, parfois deux. Le tirage au sort qui a désigné Robert Williams n'était donc pas un tirage au sort. Il était pipé, et il l'était dans une direction connue, documentée, publiée deux mois avant son arrestation.
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L'affaire Williams a été la première arrestation injustifiée par reconnaissance faciale rendue publique aux États-Unis. Elle n'a pas été la dernière, et la liste de celles qui ont suivi dessine un motif qu'aucune coïncidence n'explique. Porcha Woodruff, enceinte de huit mois, arrêtée à Detroit en 2023 pour un car-jacking, et qui a passé sa garde à vue avec des contractions. Nijeer Parks, dix jours de détention dans le New Jersey sur la base d'une correspondance tirée d'une fausse pièce d'identité floue. Kimberlee Williams, six mois derrière les barreaux dans le Maryland pour des faits commis dans un État où elle n'avait jamais mis les pieds. Robert Dillon, pêcheur de crabes en Floride, qui portait plainte à l'été 2026.
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L'affaire Williams a été la première arrestation injustifiée par reconnaissance faciale rendue publique aux États-Unis. Elle n'a pas été la dernière, et la liste de celles qui ont suivi dessine un motif qu'aucune coïncidence n'explique. Porcha Woodruff, enceinte de huit mois, arrêtée à Detroit en 2023 pour un car-jacking, et qui a passé sa garde à vue avec des contractions. Nijeer Parks, dix jours de détention dans le New Jersey sur la base d'une correspondance tirée d'une fausse pièce d'identité floue. Kimberlee Williams, six mois derrière les barreaux dans le Maryland pour des faits commis dans un État où elle n'avait jamais mis les pieds. Robert Dillon, pêcheur de crabes en Floride. Plainte déposée à l'été 2026.
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Les avocats de l'Union américaine pour les libertés civiles, qui suivent ces dossiers un par un depuis six ans, font le même constat à chaque fois : la quasi-totalité des victimes connues d'une arrestation injustifiée par reconnaissance faciale sont des personnes noires.
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Ce chapitre part de là, mais ne s'y arrête pas. Parce que la reconnaissance faciale, si spectaculaire soit-elle, n'est que le cas le plus visible d'un mécanisme beaucoup plus large — et beaucoup plus tranquille. La question n'est pas de savoir si des ingénieurs mal intentionnés ont glissé des préjugés dans leur code. Presque jamais. La question est de comprendre pourquoi des systèmes conçus par des gens de bonne foi, dépourvus de toute variable ethnique, entraînés sur des données réputées objectives, redécouvrent avec une régularité de métronome les hiérarchies que nos sociétés ont passé un demi-siècle à déclarer illégales.
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Ce chapitre part de là, mais ne s'y arrête pas. Parce que la reconnaissance faciale, si spectaculaire soit-elle, n'est que le cas le plus visible d'un mécanisme beaucoup plus large. Et beaucoup plus tranquille. La question n'est pas de savoir si des ingénieurs mal intentionnés ont glissé des préjugés dans leur code. Presque jamais. La question est de comprendre pourquoi des systèmes conçus par des gens de bonne foi, dépourvus de toute variable ethnique, entraînés sur des données réputées objectives, redécouvrent avec une régularité de métronome les hiérarchies que nos sociétés ont passé un demi-siècle à déclarer illégales.
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Le chapitre précédent montrait une technologie qui nous prive de la capacité d'établir ce qui est vrai. Celui-ci décrit quelque chose de plus intime : une technologie qui se souvient de ce que nous avons été, et qui nous le réapplique.
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@@ -82,13 +82,13 @@ Elle racontera l'épisode six ans plus tard devant une commission du Congrès de
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Beaucoup de chercheurs auraient noté l'anecdote et changé de bibliothèque logicielle. Buolamwini a décidé d'en faire une mesure. Avec Timnit Gebru, alors à Microsoft Research, elle a construit un protocole d'évaluation qui semble d'une évidence rétrospective confondante, et que personne n'avait jugé nécessaire avant elles : constituer un jeu de visages équilibré, hommes et femmes, peaux claires et peaux foncées selon une échelle dermatologique standard, puis y soumettre les systèmes commerciaux de classification de genre vendus par les plus grandes entreprises du secteur.
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Les résultats, publiés en 2018 sous le titre *Gender Shades*, sont d'une brutalité qui a fait le tour du monde. Sur les visages d'hommes à peau claire, les trois systèmes testés se trompaient dans moins de un pour cent des cas — parfois zéro erreur, une performance quasi parfaite. Sur les visages de femmes à peau foncée, le taux d'erreur montait jusqu'à près de trente-cinq pour cent[^c02-4].
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Les résultats, publiés en 2018 sous le titre *Gender Shades*, sont d'une brutalité qui a fait le tour du monde. Sur les visages d'hommes à peau claire, les trois systèmes testés se trompaient dans moins de un pour cent des cas — parfois zéro erreur, une performance quasi parfaite. Sur les visages de femmes à peau foncée, le taux d'erreur bondissait. Près de trente-cinq pour cent[^c02-4].
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Un système sur trois se trompait. Non pas sur l'identité, ni sur l'âge, ni sur l'émotion : sur le genre. La caractéristique la plus grossièrement lisible d'un visage humain.
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Mettez les deux nombres côte à côte : zéro virgule huit pour cent, trente-quatre virgule sept pour cent. Le même logiciel, la même journée, sur la même tâche. Un facteur quarante entre deux catégories d'êtres humains.
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Une dernière mesure achève le tableau, et c'est elle qui explique comment un tel écart a pu passer inaperçu pendant des années. Dans le jeu de test des deux chercheuses, les femmes à peau foncée représentaient un peu plus d'un cinquième des visages — et concentraient entre soixante et un et soixante-douze pour cent de toutes les erreurs commises. À l'autre bout, les hommes à peau claire représentaient près d'un tiers des visages et n'apportaient qu'entre zéro et deux virgule quatre pour cent des erreurs.
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Une dernière mesure achève le tableau, et c'est elle qui explique comment un tel écart a pu passer inaperçu pendant des années. Dans le jeu de test des deux chercheuses, les femmes à peau foncée représentaient un peu plus d'un cinquième des visages, et concentraient entre soixante et un et soixante-douze pour cent de toutes les erreurs commises. À l'autre bout, les hommes à peau claire représentaient près d'un tiers des visages et n'apportaient qu'entre zéro et deux virgule quatre pour cent des erreurs.
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Presque toute la défaillance d'un produit vendu au monde entier tenait donc dans une seule catégorie de visages — et cette catégorie était trop peu représentée dans les évaluations habituelles pour peser sur le score global. Le taux de réussite moyen, celui qui figurait dans les brochures commerciales et dans les articles scientifiques, restait excellent. La moyenne ne mentait pas. Elle noyait.
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@@ -98,25 +98,25 @@ Buolamwini a résumé sa conclusion d'une phrase que je préfère laisser dans s
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Et maintenant la partie que l'on oublie toujours de raconter, celle qui donne à cette étude sa valeur de démonstration plutôt que de dénonciation. Les deux chercheuses ne se sont pas contentées de mesurer l'écart : elles sont allées regarder les jeux de données sur lesquels l'industrie entière évaluait ses performances. Les collections de référence, celles qui servaient à publier des articles et à vendre des produits, étaient composées de sujets à peau claire dans une proportion oscillant entre quatre-vingts et quatre-vingt-six pour cent.
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Tout s'éclaire d'un coup. Ces systèmes n'étaient pas défaillants. Ils étaient excellents — sur la population dont ils avaient reçu des exemples, et à laquelle on les avait comparés. Leurs scores publiés étaient sincères. Ils mesuraient une réussite réelle sur un monde partiel, en croyant mesurer une réussite universelle.
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Tout s'éclaire d'un coup. Ces systèmes n'étaient pas défaillants. Ils étaient excellents. Excellents sur la population dont ils avaient reçu des exemples, et à laquelle on les avait comparés. Leurs scores publiés étaient sincères. Ils mesuraient une réussite réelle sur un monde partiel, en croyant mesurer une réussite universelle.
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C'est ici qu'il faut poser le mécanisme central de ce chapitre, celui qui va se rejouer dans le crédit immobilier, dans le recrutement, dans l'aide sociale et dans la médecine, à chaque fois sous un déguisement différent.
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Un modèle statistique n'a pas d'opinion sur le monde. Il n'a que des exemples. Il ne sait rien de la justice, rien de l'égalité, rien de l'histoire ; il sait ce qu'il a vu, et sa seule ambition est de reproduire fidèlement ce qu'il a vu. Cette obéissance est sa qualité première, et c'est précisément par elle qu'il devient dangereux. Montrez-lui un monde dont quatre visages sur cinq sont clairs, et il deviendra formidablement compétent sur les visages clairs. Il ne vous préviendra pas de sa lacune. Il n'en a aucune conscience — il n'a aucune conscience du tout. Il rendra ses résultats avec la même assurance impassible dans les deux cas, et c'est cette assurance uniforme qui trompe l'humain qui les lit.
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Un modèle statistique n'a pas d'opinion sur le monde. Il n'a que des exemples. Il ne sait rien de la justice, rien de l'égalité, rien de l'histoire ; il sait ce qu'il a vu, et sa seule ambition est de reproduire fidèlement ce qu'il a vu. Cette obéissance est sa qualité première, et c'est précisément par elle qu'il devient dangereux. Montrez-lui un monde dont quatre visages sur cinq sont clairs, et il deviendra formidablement compétent sur les visages clairs. Il ne vous préviendra pas de sa lacune. Il n'en a aucune conscience. Aucune conscience du tout. Il rendra ses résultats avec la même assurance impassible dans les deux cas, et c'est cette assurance uniforme qui trompe l'humain qui les lit.
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Une machine qui échouerait en avouant son ignorance serait inoffensive. Le danger vient de ce qu'elle échoue exactement du même ton dont elle réussit.
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Ajoutez à cela une seconde propriété, moins intuitive, et vous obtenez la configuration complète du problème. Les systèmes en cause sont ce que le jargon appelle des boîtes noires : des modèles dont les mécanismes internes de décision sont opaques, y compris pour ceux qui les ont construits. Ce n'est pas du secret industriel, c'est une conséquence de leur architecture. Un tel modèle ajuste des millions de paramètres numériques jusqu'à minimiser son erreur globale ; le résultat est une combinaison que personne ne peut lire ligne à ligne pour y trouver l'endroit où se cache le préjugé. On peut constater qu'un système discrimine. On ne peut pas ouvrir le capot et pointer la pièce fautive.
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Ajoutez à cela une seconde propriété, moins intuitive, et vous obtenez la configuration complète du problème. Les systèmes en cause sont ce que le jargon appelle des boîtes noires : des modèles dont les mécanismes internes de décision sont opaques, y compris pour ceux qui les ont construits. Rien à voir avec le secret industriel : c'est une conséquence de leur architecture. Un tel modèle ajuste des millions de paramètres numériques jusqu'à minimiser son erreur globale ; le résultat est une combinaison que personne ne peut lire ligne à ligne pour y trouver l'endroit où se cache le préjugé. On peut constater qu'un système discrimine. On ne peut pas ouvrir le capot et pointer la pièce fautive.
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Cette opacité produit un renversement du fardeau de la preuve dont on n'a pas encore mesuré la portée politique. Robert Williams ne pouvait pas contester le raisonnement de la machine qui l'avait désigné, pour la raison très simple qu'il n'existait pas de raisonnement à contester. Il n'y avait qu'un score. On ne plaide pas contre un score. Il faudra revenir, au chapitre 11, sur les efforts réels et parfois impressionnants des chercheurs pour rendre ces modèles lisibles de l'intérieur — et sur ce qui leur résiste encore.
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Timnit Gebru, la coautrice de *Gender Shades*, a poussé le raisonnement un cran plus loin, et cela lui a coûté cher. Son propos ne portait pas sur la technique mais sur la sociologie de ceux qui la produisent : ces systèmes, dit-elle, « surreprésentent les points de vue hégémoniques et encodent des biais potentiellement dommageables pour les populations marginalisées ». Une entreprise dont les équipes ressemblent à ses jeux de données ne verra pas le problème, non par malveillance, mais parce qu'elle ne l'éprouvera jamais. Un logiciel qui échoue sur les visages foncés se remarque tout de suite si quelqu'un, dans la salle, a un visage foncé.
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Timnit Gebru, la coautrice de *Gender Shades*, a poussé le raisonnement un cran plus loin. Cela lui a coûté cher. Son propos ne portait pas sur la technique mais sur la sociologie de ceux qui la produisent : ces systèmes, dit-elle, « surreprésentent les points de vue hégémoniques et encodent des biais potentiellement dommageables pour les populations marginalisées ». Une entreprise dont les équipes ressemblent à ses jeux de données ne verra pas le problème, non par malveillance, mais parce qu'elle ne l'éprouvera jamais. Un logiciel qui échoue sur les visages foncés se remarque tout de suite si quelqu'un, dans la salle, a un visage foncé.
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Gebru en tire une conclusion que le reste de ce livre ne cessera de croiser :
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> À moins qu'il n'y ait une pression externe pour faire les choses différemment, les entreprises ne vont pas s'autoréguler.
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En décembre 2020, elle a quitté Google au terme d'un conflit portant sur un article de recherche critique qu'elle refusait de retirer. Elle dit avoir été licenciée ; l'entreprise soutient qu'elle a démissionné. Plus de mille employés de Google et près de deux mille chercheurs ont signé une lettre de protestation[^c02-6]. Le détail de ce différend n'a pas sa place ici, et je n'ai pas les moyens de le trancher. Le fait brut, lui, est difficile à écarter : la chercheuse qui affirmait que l'industrie ne se corrigerait pas sans contrainte extérieure a cessé d'y travailler dans les jours qui ont suivi.
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En décembre 2020, elle a quitté Google au terme d'un conflit portant sur un article de recherche critique qu'elle refusait de retirer. Elle dit avoir été licenciée. L'entreprise soutient qu'elle a démissionné. Plus de mille employés de Google et près de deux mille chercheurs ont signé une lettre de protestation[^c02-6]. Le détail de ce différend n'a pas sa place ici, et je n'ai pas les moyens de le trancher. Le fait brut, lui, est difficile à écarter : la chercheuse qui affirmait que l'industrie ne se corrigerait pas sans contrainte extérieure a cessé d'y travailler dans les jours qui ont suivi.
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Buolamwini, elle, refuse le fatalisme, et l'épilogue de son étude lui donne raison d'une manière presque comique.
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@@ -138,21 +138,21 @@ Retournons dans les années trente. L'Amérique sort de la crise, l'État fédé
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Ce fut une politique, explicite, assumée, écrite, appliquée pendant plus de trente ans avant d'être progressivement interdite à partir de 1968. Puis les cartes ont été rangées dans des archives, et l'affaire fut réputée close.
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Elle ne l'était pas, pour une raison qui n'a rien à voir avec les intentions de quiconque. Une politique de crédit ne produit pas seulement des décisions : elle produit des données. Refuser pendant trois décennies les prêts aux habitants d'un quartier, c'est y déprimer les valeurs immobilières, y empêcher la constitution d'un patrimoine transmissible, y dégrader les historiques bancaires, y installer une pauvreté qui se lègue. Chacun de ces effets a été consciencieusement enregistré, année après année, dans des bases de données administratives que personne ne soupçonnait de rien.
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Elle ne l'était pas, pour une raison qui n'a rien à voir avec les intentions de quiconque. Une politique de crédit ne produit pas seulement des décisions. Elle produit des données. Refuser pendant trois décennies les prêts aux habitants d'un quartier, c'est y déprimer les valeurs immobilières, y empêcher la constitution d'un patrimoine transmissible, y dégrader les historiques bancaires, y installer une pauvreté qui se lègue. Chacun de ces effets a été consciencieusement enregistré, année après année, dans des bases de données administratives que personne ne soupçonnait de rien.
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Ces bases sont aujourd'hui la matière première des modèles qui décident de l'octroi des crédits.
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Le mécanisme par lequel elles y font retour porte un nom sobre — les variables de substitution, ou proxies — et il est d'une simplicité désarmante. Vous interdisez au modèle de connaître l'appartenance ethnique d'un demandeur. Très bien, et c'est même la loi. Mais vous l'autorisez à connaître son code postal, l'ancienneté de propriété de sa famille, la nature de son établissement bancaire, son score de crédit. Or dans une société où l'ancienne ségrégation a laissé une empreinte géographique et patrimoniale, chacune de ces variables porte une part de l'information que vous croyiez avoir supprimée. Le modèle n'a pas besoin de la variable interdite : il la reconstitue, en pièces détachées, à partir de variables autorisées.
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Le mécanisme par lequel elles y font retour porte un nom sobre (les variables de substitution, ou proxies) et il est d'une simplicité désarmante. Vous interdisez au modèle de connaître l'appartenance ethnique d'un demandeur. Très bien, et c'est même la loi. Mais vous l'autorisez à connaître son code postal, l'ancienneté de propriété de sa famille, la nature de son établissement bancaire, son score de crédit. Dans une société où l'ancienne ségrégation a laissé une empreinte géographique et patrimoniale, chacune de ces variables porte une part de l'information que vous croyiez avoir supprimée. Le modèle n'a pas besoin de la variable interdite : il la reconstitue, en pièces détachées, à partir de variables autorisées.
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Les lignes rouges des années trente peuvent ainsi ressortir de calculs effectués un siècle plus tard, par des systèmes à qui personne n'a jamais parlé de race.
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Et il la reconstitue sans le savoir. Il ne cherche pas la race. Il cherche la corrélation la plus efficace avec le défaut de paiement observé dans le passé, et il tombe sur des marqueurs qui sont aussi, par construction historique, des marqueurs d'origine. Aveuglé volontairement sur une caractéristique, il la retrouve par la porte de service.
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Reste à savoir si ce phénomène existe hors des laboratoires. La réponse a été apportée en 2021 par une enquête journalistique que je considère comme l'une des plus solides jamais menées sur le sujet, parce qu'elle n'a pas simulé : elle a mesuré le marché réel. Deux journalistes ont exploité les déclarations que la loi fédérale impose aux prêteurs américains, pour plus de deux millions de demandes de crédit immobilier déposées en 2019, et ont maintenu constantes dix-sept variables dans leur analyse statistique. Revenu, ratio d'endettement, rapport entre le montant emprunté et la valeur du bien, apport, caractéristiques du quartier : tout ce qu'un banquier invoque légitimement pour refuser un crédit — y compris les facteurs que la profession désignait depuis des années comme l'explication des écarts constatés — a été neutralisé.
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Reste à savoir si ce phénomène existe hors des laboratoires. La réponse est venue en 2021, d'une enquête journalistique que je considère comme l'une des plus solides jamais menées sur le sujet. Elle n'a pas simulé. Elle a mesuré le marché réel. Deux journalistes ont exploité les déclarations que la loi fédérale impose aux prêteurs américains, pour plus de deux millions de demandes de crédit immobilier déposées en 2019, et ont maintenu constantes dix-sept variables dans leur analyse statistique. Revenu, ratio d'endettement, rapport entre le montant emprunté et la valeur du bien, apport, caractéristiques du quartier : tout ce qu'un banquier invoque légitimement pour refuser un crédit (y compris les facteurs que la profession désignait depuis des années comme l'explication des écarts constatés) a été neutralisé.
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À dossier financièrement équivalent, les demandeurs noirs se voyaient refuser leur prêt quatre-vingts pour cent plus souvent que les demandeurs blancs[^c02-7].
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Quatre-vingts pour cent, une fois l'argent retiré de l'équation. L'enquête relevait des écarts moindres mais du même ordre pour les autres minorités, et des disparités qui doublaient ou triplaient dans certaines villes ; je m'en tiens au chiffre principal, parce qu'il suffit. Les représentants du secteur bancaire, à qui l'analyse complète a été soumise avant publication, l'ont critiquée dans son principe en contestant la richesse des données publiques — sans jamais pointer une erreur de calcul. Les autorités fédérales de régulation, elles, s'en sont saisies l'année suivante pour lancer un programme de contrôle visant explicitement ce qu'elles ont nommé le redlining numérique : la ségrégation par boîte noire.
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Quatre-vingts pour cent, une fois l'argent retiré de l'équation. L'enquête relevait des écarts moindres mais du même ordre pour les autres minorités, et des disparités qui doublaient ou triplaient dans certaines villes ; je m'en tiens au chiffre principal, parce qu'il suffit. Les représentants du secteur bancaire, à qui l'analyse complète a été soumise avant publication, l'ont critiquée dans son principe en contestant la richesse des données publiques. Aucune erreur de calcul pointée. Les autorités fédérales de régulation, elles, s'en sont saisies l'année suivante pour lancer un programme de contrôle visant explicitement ce qu'elles ont nommé le redlining numérique : la ségrégation par mécanisme scellé.
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Un siècle après les cartes coloriées à la main, la ligne rouge est toujours là. Elle a seulement cessé d'être visible, et personne ne peut plus être tenu de l'avoir tracée.
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@@ -170,9 +170,9 @@ Le résultat tient dans un nombre. Si les candidats noirs et asiatiques avaient
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Quarante mille entretiens qui n'ont pas eu lieu. Quarante mille personnes qui ont conclu, chacune dans son coin, qu'elles n'avaient pas le profil.
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Le seuil retenu pour qualifier cette discrimination n'a d'ailleurs rien d'une invention de chercheurs militants. Le droit américain du travail dispose depuis 1978 d'un critère chiffré, la règle des quatre cinquièmes : lorsque le taux de sélection d'un groupe descend sous quatre cinquièmes de celui du groupe le mieux traité, les agences fédérales y voient l'indice d'un effet discriminatoire, et il revient alors à l'employeur de démontrer que sa procédure est réellement liée aux exigences du poste[^c02-8]. C'est ce seuil réglementaire, et non une norme inventée pour l'occasion, que les chercheurs ont appliqué aux sorties des modèles. Un quart des candidats noirs et quinze pour cent des candidats asiatiques avaient postulé à des postes où le système franchissait cette ligne.
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Le seuil retenu pour qualifier cette discrimination n'a d'ailleurs rien d'une invention de chercheurs militants. Le droit américain du travail dispose depuis 1978 d'un critère chiffré. La règle des quatre cinquièmes. Lorsque le taux de sélection d'un groupe descend sous quatre cinquièmes de celui du groupe le mieux traité, les agences fédérales y voient l'indice d'un effet discriminatoire, et il revient alors à l'employeur de démontrer que sa procédure est réellement liée aux exigences du poste[^c02-8]. C'est ce seuil réglementaire, et non une norme inventée pour l'occasion, que les chercheurs ont appliqué aux sorties des modèles. Un quart des candidats noirs et quinze pour cent des candidats asiatiques avaient postulé à des postes où le système franchissait cette ligne.
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Autrement dit : le test que les entreprises américaines appliquent depuis un demi-siècle à leurs propres procédures d'embauche, ces systèmes ne le passent pas. Le droit existait, le critère existait, la méthode de mesure existait. Il manquait seulement quelqu'un pour ouvrir les registres.
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Le test que les entreprises américaines appliquent depuis un demi-siècle à leurs propres procédures d'embauche, ces systèmes ne le passent pas. Le droit existait, le critère existait, la méthode de mesure existait. Il manquait seulement quelqu'un pour ouvrir les registres.
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Et c'est ici que l'étude livre sa leçon de méthode, celle qui devrait figurer dans tous les manuels d'audit. Les chercheurs ont commencé par agréger l'ensemble des recommandations du prestataire, comme s'il constituait un seul et immense processus de recrutement. À cette échelle, aucune discrimination n'apparaît. Le système est irréprochable.
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@@ -200,7 +200,7 @@ Il aura fallu attendre 2026 pour qu'une équipe universitaire obtienne enfin les
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## L'État social prédictif
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Jusqu'ici, nous avons regardé des machines qui refusent : un crédit, un entretien. Il existe une catégorie plus lourde de systèmes, ceux qui ne refusent pas mais qui soupçonnent. Ils ne vous ferment pas une porte ; ils vous désignent.
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Jusqu'ici, nous avons regardé des machines qui refusent. Un crédit, un entretien. Il existe une catégorie plus lourde de systèmes, ceux qui ne refusent pas mais qui soupçonnent. Ils ne vous ferment pas une porte ; ils vous désignent.
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Pour ceux-là, il faut traverser l'Atlantique, et l'Europe fournit le dossier le plus accablant.
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@@ -218,7 +218,7 @@ Le 5 février 2020 — un mois après l'arrestation de Robert Williams à huit m
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Le motif principal de la décision n'était pas le résultat produit par le système. C'était son opacité. Le tribunal l'a jugé insuffisamment transparent et insuffisamment vérifiable : le modèle de risque restait inaccessible même aux personnes qu'il visait, lesquelles ne disposaient d'aucun moyen de connaître leur propre score, ni a fortiori de le contester, alors qu'il pouvait être conservé deux ans durant dans des bases publiques. Les juges ont également relevé un risque réel de discrimination et de stigmatisation lié à la situation socio-économique et à l'origine des personnes visées.
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Une observation du jugement mérite d'être isolée, parce qu'elle annonce l'un des problèmes centraux de la quatrième partie de ce livre. Le tribunal ne s'est pas contenté d'examiner ce que le système faisait : il a examiné ce que la loi lui permettait de devenir. Or le texte, rédigé pour un outil de croisement de fichiers, laissait la porte ouverte à des méthodes d'apprentissage automatique bien plus puissantes, sans prévoir les garanties correspondantes. Les juges ont retenu ce grief. Ils ont sanctionné une autorisation trop large, pas seulement un usage abusif — ce qui suppose de légiférer sur une technique dont on ne connaît pas encore l'état futur, exercice dont nous mesurerons la difficulté au chapitre 10.
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Une observation du jugement mérite d'être isolée, parce qu'elle annonce l'un des problèmes centraux de la quatrième partie de ce livre. Le tribunal ne s'est pas contenté d'examiner ce que le système faisait : il a examiné ce que la loi lui permettait de devenir. Le texte, rédigé pour un outil de croisement de fichiers, laissait la porte ouverte à des méthodes d'apprentissage automatique bien plus puissantes, sans prévoir les garanties correspondantes. Les juges ont retenu ce grief. Ils ont sanctionné une autorisation trop large, pas seulement un usage abusif — ce qui suppose de légiférer sur une technique dont on ne connaît pas encore l'état futur, exercice dont nous mesurerons la difficulté au chapitre 10.
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Alston a salué une des premières décisions au monde par lesquelles un tribunal arrêtait, au nom des droits fondamentaux, l'usage d'un outil numérique par une administration sociale. Des organisations de défense des droits humains ont aussitôt averti les gouvernements britannique, américain et australien, engagés dans des projets comparables, qu'ils feraient bien de lire ce jugement.
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@@ -238,7 +238,9 @@ Deux détails de conception achèvent le tableau, et ce sont eux qui transformen
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Le premier : le système était auto-apprenant. Il ajustait ses critères au fil de l'expérience, sans supervision humaine réelle, ce qui a produit exactement la boucle qu'on pouvait craindre — les étrangers signalés plus souvent, donc contrôlés plus souvent, donc confirmés dans leur statut de population à risque.
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Le second est le plus glaçant, parce qu'il ruine par avance l'argument selon lequel un humain garde le dernier mot. Lorsqu'un dossier était signalé, un agent devait effectivement procéder à un examen manuel. Mais il ne recevait aucune information sur les raisons du signalement. On lui demandait de vérifier une conclusion sans lui dire de quoi elle était tirée. Le garde-fou humain était en place, et il était aveugle.
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Le second est le plus glaçant, parce qu'il ruine par avance l'argument selon lequel un humain garde le dernier mot. Lorsqu'un dossier était signalé, un agent devait effectivement procéder à un examen manuel. Mais il ne recevait aucune information sur les raisons du signalement. On lui demandait de vérifier une conclusion sans lui dire de quoi elle était tirée.
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Le garde-fou humain était en place. Et aveugle.
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Ce n'est pas l'erreur, ici, qui fait le drame. C'est ce que l'erreur déclenchait.
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@@ -246,51 +248,53 @@ Car un score élevé n'ouvrait pas une simple vérification. Il enclenchait une
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Et il existait, à l'autre bout de cette chaîne, une incitation dont il faut mesurer la perversité : l'administration devait démontrer l'efficacité de son système automatisé. Plus elle récupérait d'argent, plus l'outil paraissait rentable. Le dispositif avait donc intérêt à trouver des fraudeurs, indépendamment de la question de savoir s'ils en étaient.
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Des dizaines de milliers de parents ont été accusés à tort, en majorité dans des familles modestes, avec une surreprésentation documentée des minorités ethniques. Les conséquences vont du surendettement à l'expulsion du logement pour loyer ou traites impayés, du chômage aux troubles psychiques, jusqu'aux séparations et aux familles brisées. L'État a admis les faits après plusieurs tentatives d'étouffement, et promis à chaque victime une indemnisation de trente mille euros. Fin 2020, une commission d'enquête parlementaire a conclu à une discrimination systématique ; en janvier 2021, le gouvernement de Mark Rutte a démissionné en bloc.
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Des dizaines de milliers de parents ont été accusés à tort, en majorité dans des familles modestes, avec une surreprésentation documentée des minorités ethniques. Les conséquences vont du surendettement à l'expulsion du logement pour loyer ou traites impayés, du chômage aux troubles psychiques, jusqu'aux séparations et aux familles brisées. L'État a admis les faits après plusieurs tentatives d'étouffement, et promis une indemnisation à chaque victime. Trente mille euros. Fin 2020, une commission d'enquête parlementaire a conclu à une discrimination systématique ; en janvier 2021, le gouvernement de Mark Rutte a démissionné en bloc.
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Un algorithme de contrôle social a fait tomber un gouvernement européen. Cette phrase devrait être plus connue qu'elle ne l'est.
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L'épilogue administratif ajoute une pièce à la démonstration. L'autorité néerlandaise de protection des données a infligé à l'administration fiscale une amende de deux millions sept cent cinquante mille euros pour traitement illicite, l'usage discriminatoire de la nationalité figurant explicitement dans les motifs — il s'agit, à ma connaissance, du premier cas où un État a été sanctionné financièrement pour avoir discriminé ses propres citoyens par les données. Son président a résumé l'affaire d'une formule qui tient lieu d'avertissement pour tout ce qui suit dans ce livre : le traitement illicite par un algorithme a conduit à une violation du droit à l'égalité et à la non-discrimination. Et il a ajouté ceci, qui vaut pour toute automatisation d'une décision publique : quand ça va mal, ça va vraiment mal[^c02-12].
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Ce qui me frappe dans ce dossier n'est pourtant pas l'ampleur du dégât : c'est le contraste de rythme. La machine a mis quelques secondes à classer chaque dossier. Il a fallu huit ans pour reconnaître l'erreur, et le processus d'indemnisation était encore inachevé bien après la chute du gouvernement. Une décision automatisée s'exécute au rythme du calcul et se répare au rythme de l'administration et de la justice. Entre ces deux horloges, il y a la vie des gens.
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Ce qui me frappe dans ce dossier n'est pourtant pas l'ampleur du dégât. C'est le contraste de rythme. La machine a mis quelques secondes à classer chaque dossier. Il a fallu huit ans pour reconnaître l'erreur, et le processus d'indemnisation était encore inachevé bien après la chute du gouvernement. Une décision automatisée s'exécute au rythme du calcul et se répare au rythme de l'administration et de la justice. Entre ces deux horloges, il y a la vie des gens.
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Et l'on aurait tort de croire à une singularité néerlandaise. Le Danemark fait tourner sur ses données sociales une soixantaine de modèles de détection, alimentés par le statut de résidence, la citoyenneté, le lieu de naissance, les relations familiales. L'un des critères porte un nom d'une transparence désarmante : l'affiliation étrangère. Le système identifie les bénéficiaires entretenant des liens jugés moyens ou forts avec un pays hors de l'Espace économique européen, et les fait passer en priorité dans les enquêtes approfondies. L'examen de ce dispositif a montré qu'il ciblait plus lourdement les personnes âgées, les personnes handicapées et les exilés[^c02-13].
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Et l'on aurait tort de croire à une singularité néerlandaise. Le Danemark fait tourner sur ses données sociales une soixantaine de modèles de détection, alimentés par le statut de résidence, la citoyenneté, le lieu de naissance, les relations familiales. L'un des critères porte un nom d'une transparence désarmante. L'affiliation étrangère. Le système identifie les bénéficiaires entretenant des liens jugés moyens ou forts avec un pays hors de l'Espace économique européen, et les fait passer en priorité dans les enquêtes approfondies. L'examen de ce dispositif a montré qu'il ciblait plus lourdement les personnes âgées, les personnes handicapées et les exilés[^c02-13].
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Quant à la France, elle a son dossier, et il est de très loin le plus massif de tous ceux que ce chapitre examine.
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La branche famille de la Sécurité sociale attribue depuis 2010 un score de risque à ses allocataires, afin d'orienter ses contrôles. L'existence de cet outil n'a rien de secret : elle a reçu l'avis favorable de l'autorité française de protection des données, un avis dont la principale recommandation portait sur le chiffrement de la base. Ce qui l'était davantage, jusqu'à ce qu'une association de défense des libertés numériques arrache le code source après des mois de bataille administrative, c'est le détail de ce que la machine considère comme suspect.
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La branche famille de la Sécurité sociale attribue depuis 2010 un score de risque à ses allocataires. Pour orienter ses contrôles. L'existence de cet outil n'a rien de secret : elle a reçu l'avis favorable de l'autorité française de protection des données, un avis dont la principale recommandation portait sur le chiffrement de la base. Ce qui l'était davantage, jusqu'à ce qu'une association de défense des libertés numériques arrache le code source après des mois de bataille administrative, c'est le détail de ce que la machine considère comme suspect.
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Chaque premier du mois, le système passe en revue les données personnelles de plus de trente-deux millions de personnes vivant dans un foyer allocataire — près d'un habitant de France sur deux, enfants compris — pour en tirer plus de treize millions de notes[^c02-14]. Treize millions de foyers classés, tous les mois, sur leur probabilité d'être de mauvais allocataires.
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Chaque premier du mois, le système passe en revue les données personnelles de plus de trente-deux millions de personnes vivant dans un foyer allocataire (près d'un habitant de France sur deux, enfants compris) pour en tirer plus de treize millions de notes[^c02-14]. Treize millions de foyers classés, tous les mois, sur leur probabilité d'être de mauvais allocataires.
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Et voici les caractéristiques qui dégradent la note. Avoir de faibles revenus. Être au chômage. Percevoir un minimum social. Habiter un quartier défavorisé. Consacrer une part élevée de ses ressources à son loyer. Ne pas disposer d'un travail ou de revenus stables. Et, parmi les paramètres les plus pénalisants de tout le modèle : travailler tout en percevant l'allocation adulte handicapé.
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Lisez cette liste une seconde fois. Ce n'est pas une liste de comportements frauduleux. C'est une description de la pauvreté, à laquelle on a ajouté le fait de travailler malgré un handicap.
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Lisez cette liste une seconde fois.
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Ce n'est pas une liste de comportements frauduleux. C'est une description de la pauvreté, à laquelle on a ajouté le fait de travailler malgré un handicap.
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Le mécanisme n'a rien de mystérieux, et il ne suppose aucune intention de nuire chez ceux qui l'ont construit. Il suffit de savoir une chose, qui change tout et que le débat public a mis dix ans à intégrer : ce modèle n'a jamais été entraîné à détecter la fraude. Il a été entraîné à prédire les indus — les trop-perçus, c'est-à-dire les sommes versées à tort, quelle qu'en soit la cause.
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Or un trop-perçu n'est pas un délit. C'est le plus souvent une erreur, un oubli, un changement de situation déclaré trois semaines trop tard. Et il se concentre mécaniquement là où les situations bougent : revenus qui varient d'un mois sur l'autre, contrats courts, déménagements, familles monoparentales, cumul de plusieurs aides aux règles distinctes. Les prestations liées à la précarité sont encadrées par des règles si nombreuses qu'elles fabriquent elles-mêmes leurs propres irrégularités.
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Un trop-perçu n'est pas un délit. C'est le plus souvent une erreur, un oubli, un changement de situation déclaré trois semaines trop tard. Et il se concentre mécaniquement là où les situations bougent : revenus qui varient d'un mois sur l'autre, contrats courts, déménagements, familles monoparentales, cumul de plusieurs aides aux règles distinctes. Les prestations liées à la précarité sont encadrées par des règles si nombreuses qu'elles fabriquent elles-mêmes leurs propres irrégularités.
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Le modèle voit cela, et il a raison de le voir. Il ne se trompe pas. Il répond exactement à la question qu'on lui a posée. Simplement, ce n'était pas la bonne question — et l'institution, elle, le savait. Bien avant la mise en service de l'algorithme, un responsable de la lutte contre la fraude de cette même administration écrivait noir sur blanc que le risque était engendré par les prestations sociales elles-mêmes, et d'autant plus par celles qui s'adressent aux plus fragiles.
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Le modèle voit cela, et il a raison de le voir. Il ne se trompe pas. Il répond exactement à la question qu'on lui a posée. Simplement, ce n'était pas la bonne question. Et l'institution le savait. Bien avant la mise en service de l'algorithme, un responsable de la lutte contre la fraude de cette même administration écrivait noir sur blanc que le risque était engendré par les prestations sociales elles-mêmes, et d'autant plus par celles qui s'adressent aux plus fragiles.
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Ce que la machine ne peut pas voir, c'est la différence entre une erreur et une intention. Elle observe la complexité administrative que la pauvreté engendre, et l'encode comme un signal de suspicion. Puis l'institution envoie les contrôleurs là où le score est élevé, y trouve effectivement des anomalies — puisqu'il y en a —, et nourrit ainsi la base d'apprentissage de la génération suivante du modèle.
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Ce que la machine ne peut pas voir, c'est la différence entre une erreur et une intention. Elle observe la complexité administrative que la pauvreté engendre, et l'encode comme un signal de suspicion. Puis l'institution envoie les contrôleurs là où le score est élevé, y trouve effectivement des anomalies (puisqu'il y en a), et nourrit ainsi la base d'apprentissage de la génération suivante du modèle.
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C'est une boucle qui se referme sur elle-même. Plus on contrôle les pauvres, plus on trouve d'irrégularités chez les pauvres, plus le modèle est convaincu qu'il faut contrôler les pauvres. Chaque tour de boucle est statistiquement impeccable. L'ensemble constitue une présomption de fraude fondée sur la condition sociale.
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Restait à défendre le dispositif, et c'est ici qu'un ancien dirigeant de l'institution a produit l'argument le plus stupéfiant de tout ce chapitre. L'algorithme, a-t-il soutenu, est neutre ; il est même l'inverse d'une discrimination, puisque nul ne peut expliquer pourquoi un dossier est ciblé.
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Relisez cette phrase à froid. L'opacité du système est présentée comme la preuve de son impartialité. Ce qu'on ne peut pas expliquer ne peut pas être injuste. C'est l'argument de la boîte noire retourné en certificat de bonne conduite, et il faut lui rendre cette justice : il est parfaitement cohérent avec une conception de l'égalité où seule compte l'absence d'intention avouable.
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Relisez cette phrase à froid. L'opacité du système est présentée comme la preuve de son impartialité. Ce qu'on ne peut pas expliquer ne peut pas être injuste. C'est le coffre sans clé promu en certificat de bonne conduite, et il faut lui rendre cette justice : il est parfaitement cohérent avec une conception de l'égalité où seule compte l'absence d'intention avouable.
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Cet argument n'a pas résisté au contentieux. En octobre 2024, quinze organisations ont porté l'algorithme devant le Conseil d'État, sur le double terrain de la protection des données et de la non-discrimination. Elles étaient vingt-cinq en janvier 2026, syndicats, associations de personnes concernées et organisations européennes de défense des droits fondamentaux venant grossir les rangs des premières requérantes[^c02-15].
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Trois éléments, versés au dossier au fil de l'instruction, ont fait basculer le rapport de force.
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Le Défenseur des droits, autorité constitutionnelle indépendante, a transmis au tribunal un avis confirmant le caractère discriminatoire du dispositif. Puis les requérantes ont obtenu une étude interne de l'institution elle-même, datée de 2025, qui reconnaît les effets discriminatoires de son propre algorithme ; elles l'ont déposée devant la juridiction en décembre. Enfin, en janvier 2026, l'institution a publié le code source de l'algorithme actuellement en service — celui-là même qu'elle avait refusé de communiquer.
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Le Défenseur des droits, autorité constitutionnelle indépendante, a transmis au tribunal un avis confirmant le caractère discriminatoire du dispositif. Puis les requérantes ont obtenu une étude interne de l'institution elle-même, datée de 2025, qui reconnaît les effets discriminatoires de son propre algorithme ; elles l'ont déposée devant la juridiction en décembre. En janvier 2026, l'institution a publié le code source de l'algorithme actuellement en service — celui-là même qu'elle avait refusé de communiquer.
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C'est un mouvement qu'il faut savoir lire. La transparence n'a pas précédé le contentieux ; elle en est le produit. Il a fallu six ans de travail associatif, une bataille administrative pour arracher deux versions périmées du code, puis un recours devant la plus haute juridiction administrative du pays, pour qu'une caisse de sécurité sociale accepte de montrer la formule selon laquelle elle trie ses allocataires.
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Et l'aveu interne dit tout du reste. L'institution savait avant l'algorithme, par la plume de son directeur de la lutte contre la fraude ; elle a su pendant, par sa propre étude ; il aura fallu un juge pour qu'elle le dise.
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La phase écrite s'est achevée au début de l'année 2026, l'audience publique était attendue au printemps, et aucune décision n'était rendue à l'heure où j'écris ces lignes. Les requérantes demandent au Conseil d'État de renvoyer la question à la Cour de justice de l'Union européenne, pour obtenir une décision valable dans les vingt-sept États membres. L'enjeu dépasse en effet la France : les systèmes de notation sociale figurent parmi les pratiques que le règlement européen sur l'intelligence artificielle prohibe expressément, et nous verrons au chapitre 10 ce que vaut cette interdiction dès qu'on la confronte à un cas réel.
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La phase écrite s'est achevée au début de l'année 2026, l'audience publique était attendue au printemps, et aucune décision n'était rendue à l'heure où j'écris ces lignes. Les requérantes demandent au Conseil d'État de renvoyer la question à la Cour de justice de l'Union européenne, pour obtenir une décision valable dans les vingt-sept États membres. L'enjeu dépasse la France. Les systèmes de notation sociale figurent parmi les pratiques que le règlement européen sur l'intelligence artificielle prohibe expressément, et nous verrons au chapitre 10 ce que vaut cette interdiction dès qu'on la confronte à un cas réel.
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Le débat français, lui, a déjà quitté le terrain technique. En avril 2026, la Défenseure des droits a publié un rapport reprochant à l'automatisation des contrôles sociaux d'avoir été déployée sans réflexion suffisante sur ses effets discriminatoires, et rappelant un principe que le score inverse en pratique :
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@@ -300,7 +304,7 @@ Elle y ajoutait deux observations que ce chapitre a rencontrées partout ailleur
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La réaction politique a été immédiate, et elle éclaire la difficulté à venir. Un candidat à l'élection présidentielle a qualifié ce rapport d'injustifiable, au motif que faire peser sur la lutte contre la fraude le soupçon de discrimination revient à délégitimer ce combat.
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L'argument mérite d'être pris au sérieux plutôt que balayé, car il sera opposé à chaque tentative d'encadrement décrite dans la quatrième partie de ce livre. Il consiste à traiter la critique d'un instrument comme une critique de sa finalité. Or personne, dans ce dossier, ne défend la fraude aux prestations sociales. Ce qui est en cause, c'est un outil entraîné à prédire autre chose que la fraude, et qui désigne la pauvreté parce qu'on lui a demandé de repérer des erreurs.
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L'argument mérite d'être pris au sérieux plutôt que balayé, car il sera opposé à chaque tentative d'encadrement décrite dans la quatrième partie de ce livre. Il consiste à traiter la critique d'un instrument comme une critique de sa finalité. Personne, dans ce dossier, ne défend la fraude aux prestations sociales. Ce qui est en cause, c'est un outil entraîné à prédire autre chose que la fraude, et qui désigne la pauvreté parce qu'on lui a demandé de repérer des erreurs.
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Il y a, dans cette manière de gouverner, quelque chose que la statistique ne capture pas et qu'il faut nommer. Un contrôle n'est pas un événement neutre. C'est une intrusion, et le numérique en a considérablement élargi le champ : les contrôleurs accèdent aux comptes bancaires, aux données des fournisseurs d'énergie, des opérateurs téléphoniques, des employeurs, des commerçants, des autres administrations. Le contrôle est devenu une mise à nu. Un allocataire en a livré ce témoignage, qui vaut toutes les analyses : l'agent avait ses relevés sous les yeux et épluchait chaque ligne — avait-il vraiment besoin d'un abonnement Internet, à quoi avait-il dépensé ces vingt euros retirés en liquide.
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@@ -314,7 +318,7 @@ Le problème est qu'un dernier obstacle attend au bout de ce chemin, et qu'il n'
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Deux découvertes permettent de le comprendre, et la première vient de la médecine américaine.
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Un système, largement déployé dans les hôpitaux des États-Unis, était chargé d'identifier les patients dont l'état justifiait un accompagnement médical renforcé — un programme de suivi, des ressources supplémentaires. Excellente idée, objectif irréprochable, aucune variable ethnique dans le modèle. Une équipe de chercheurs a examiné son fonctionnement et publié ses conclusions dans la revue *Science* en 2019.
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Un système, largement déployé dans les hôpitaux des États-Unis, était chargé d'identifier les patients dont l'état justifiait un accompagnement médical renforcé : un programme de suivi, des ressources supplémentaires. Excellente idée. Objectif irréprochable. Aucune variable ethnique dans le modèle. Une équipe de chercheurs a examiné son fonctionnement et publié ses conclusions dans la revue *Science* en 2019.
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Le modèle ne prédisait pas la gravité de l'état de santé. Il prédisait les dépenses de santé futures[^c02-17].
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@@ -322,13 +326,13 @@ Ce choix se défend, et il est même élégant du point de vue de l'ingénieur :
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Sauf que la dépense de santé d'une personne ne mesure pas sa maladie. Elle mesure son accès aux soins. Aux États-Unis, à état de santé identique, les patients noirs engagent historiquement moins de dépenses médicales — moindre couverture d'assurance, éloignement des établissements, défiance héritée d'une histoire médicale qui n'a rien d'imaginaire, moindre propension des praticiens à prescrire certains examens. Le modèle enregistrait cette dépense inférieure et en concluait un besoin inférieur.
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Autrement dit : le système orientait vers moins de soins ceux que le système de soins avait déjà négligés. Il transformait une inégalité d'accès en constat médical, puis reproduisait l'inégalité au nom de ce constat.
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Le système orientait vers moins de soins ceux que le système de soins avait déjà négligés. Il transformait une inégalité d'accès en constat médical, puis reproduisait l'inégalité au nom de ce constat.
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Aucun raciste dans cette histoire. Aucune donnée ethnique. Aucune donnée fausse — les dépenses enregistrées étaient exactes. Une seule décision, prise pour de bonnes raisons techniques : le choix de ce que la machine devait prédire.
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Aucun raciste dans cette histoire. Aucune donnée ethnique. Aucune donnée fausse. Les dépenses enregistrées étaient exactes. Une seule décision, prise pour de bonnes raisons techniques : le choix de ce que la machine devait prédire.
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Voilà pourquoi nettoyer les données ne suffira jamais. Le biais ne s'était pas caché dans les données. Il s'était logé dans la définition de la question.
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Les chercheurs ont poussé la démonstration jusqu'au bout, et c'est ce qui donne à cette étude sa force particulière. Ils n'ont pas seulement diagnostiqué : ils ont remplacé l'indicateur de dépense par des mesures d'état de santé réel, puis relancé le calcul. La proportion de patients noirs admis au programme d'accompagnement renforcé passe alors de dix-sept virgule sept à quarante-six virgule cinq pour cent.
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Les chercheurs ont poussé la démonstration jusqu'au bout, et c'est ce qui donne à cette étude sa force particulière. Ils n'ont pas seulement diagnostiqué. Ils ont remplacé l'indicateur de dépense par des mesures d'état de santé réel, puis relancé le calcul. La proportion de patients noirs admis au programme d'accompagnement renforcé passe alors de dix-sept virgule sept à quarante-six virgule cinq pour cent.
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De un sur six à près d'un sur deux. Le même modèle, les mêmes données, les mêmes patients. Une question différente.
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@@ -346,7 +350,7 @@ L'enquête suit les prévenus évalués pendant deux ans, puis compare les préd
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Les journalistes en concluent que l'outil est biaisé. C'est difficile à contester : à comportement identique, l'erreur ne frappe pas les deux groupes de la même façon, et elle frappe toujours du même côté.
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L'entreprise qui commercialise le logiciel réplique alors avec un argument qui semble un mensonge de communicant, et qui n'en est pas un. Elle produit ses propres mesures : son score est également fiable pour les deux groupes. Quand il annonce à un prévenu noir soixante pour cent de risque de récidive, la fréquence observée est effectivement de soixante pour cent ; quand il l'annonce à un prévenu blanc, elle est aussi de soixante pour cent. Le score veut dire exactement la même chose selon la couleur de peau de celui qu'il désigne. À ses yeux, c'est précisément la définition d'un instrument non discriminatoire.
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L'entreprise qui commercialise le logiciel réplique alors avec un argument qui semble un mensonge de communicant, et qui n'en est pas un. Elle produit ses propres mesures. Son score est également fiable pour les deux groupes. Quand il annonce à un prévenu noir soixante pour cent de risque de récidive, la fréquence observée est effectivement de soixante pour cent ; quand il l'annonce à un prévenu blanc, elle est aussi de soixante pour cent. Le score veut dire exactement la même chose selon la couleur de peau de celui qu'il désigne. À ses yeux, c'est précisément la définition d'un instrument non discriminatoire.
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Les deux camps ont produit des chiffres justes. Les deux camps ont raison.
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@@ -354,7 +358,7 @@ Cette impasse a été résolue non par un arbitrage politique mais par une démo
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> Si vous avez deux populations qui ont des taux de base inégaux, alors vous ne pouvez pas satisfaire les deux définitions de l'équité en même temps[^c02-19].
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Trois autres équipes, travaillant séparément et par des méthodes différentes — à Stanford, à Chicago, à Carnegie Mellon —, sont arrivées au même résultat dans les mêmes mois. La conclusion est aujourd'hui un théorème connu, généralisé depuis à d'autres définitions de l'équité : un même score prédictif ne peut pas être simultanément également fiable pour tous les groupes et également juste dans la répartition de ses erreurs.
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Trois autres équipes, travaillant séparément et par des méthodes différentes (à Stanford, à Chicago, à Carnegie Mellon), sont arrivées au même résultat dans les mêmes mois. La conclusion est aujourd'hui un théorème connu, généralisé depuis à d'autres définitions de l'équité : un même score prédictif ne peut pas être simultanément également fiable pour tous les groupes et également juste dans la répartition de ses erreurs.
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L'une de ces chercheuses a rendu le dilemme palpable en le manipulant à mains nues. Alexandra Chouldechova a repris les données publiées par les journalistes et réinterprété les scores du logiciel de manière à égaliser les erreurs entre prévenus noirs et blancs. L'opération réussit. Mais alors la fiabilité prédictive cesse d'être identique d'un groupe à l'autre : inchangée pour les prévenus blancs, elle grimpe de plusieurs points pour les prévenus noirs. Le déséquilibre n'a pas disparu, il s'est déplacé.
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@@ -362,7 +366,9 @@ C'est cela qu'il faut comprendre : on ne corrige pas ce genre de système, on ch
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Il faut prendre la mesure de ce que cela signifie, parce que ce n'est pas une nuance technique.
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Cela signifie qu'il n'existe pas, et qu'il n'existera pas, d'algorithme équitable. Non pas parce que nous ne savons pas encore le construire — parce que la chose est impossible, au même sens qu'il est impossible de tracer un carré rond. Aucun budget de recherche, aucune percée, aucune loi ne lèvera cette contrainte. Toute personne qui vous promet un système de décision automatisée parfaitement juste vous vend soit une ignorance, soit un mensonge.
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Cela signifie qu'il n'existe pas, et qu'il n'existera pas, d'algorithme équitable.
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Non pas parce que nous ne savons pas encore le construire — parce que la chose est impossible, au même sens qu'il est impossible de tracer un carré rond. Aucun budget de recherche, aucune percée, aucune loi ne lèvera cette contrainte. Toute personne qui vous promet un système de décision automatisée parfaitement juste vous vend soit une ignorance, soit un mensonge.
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Ce que nous pouvons faire, en revanche, c'est choisir laquelle des équités nous voulons — et donc laquelle nous acceptons de sacrifier. Voulons-nous que le score veuille dire la même chose pour tous, au prix d'un fardeau d'erreur plus lourd pour le groupe le plus surveillé ? Ou voulons-nous égaliser les erreurs, au prix d'une lecture différente du même chiffre selon le groupe ?
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@@ -2,7 +2,7 @@
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La scène se passe dans une pièce sans fenêtre du Media Lab, au Massachusetts Institute of Technology, un jour ordinaire de 2024.
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Un jeune homme est assis devant un écran. Il porte sur la tête un casque souple hérissé d'électrodes — trente-deux points de mesure répartis sur le crâne, qui enregistrent depuis vingt minutes l'activité électrique de son cortex. Il vient de terminer une dissertation d'une vingtaine de lignes sur un sujet de culture générale, du genre de ceux qu'on donne aux lycéens américains pour l'examen d'entrée à l'université. Le texte est correct. Il l'a rendu.
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Un jeune homme est assis devant un écran. Il porte sur la tête un casque souple hérissé d'électrodes : trente-deux points de mesure répartis sur le crâne, qui enregistrent depuis vingt minutes l'activité électrique de son cortex. Il vient de terminer une dissertation d'une vingtaine de lignes sur un sujet de culture générale, du genre de ceux qu'on donne aux lycéens américains pour l'examen d'entrée à l'université. Le texte est correct. Il l'a rendu.
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Une chercheuse lui pose alors une question qui n'a rien d'un piège, et qui n'a même pas l'air d'une question d'examen.
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@@ -12,49 +12,49 @@ Il ne peut pas.
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Il ne s'agit ni d'un test de mémoire à long terme, ni d'une épreuve de récitation. Quelques minutes se sont écoulées. Le fichier est encore ouvert quelque part. On lui demande simplement de restituer un fragment de sa propre production, la chose la plus proche de lui dans cette pièce. Et il cherche, et il n'y a rien.
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Ce n'est pas un cas isolé, c'est une régularité statistique. Parmi les participants qui avaient rédigé avec ChatGPT, plus de huit sur dix ont échoué à ce test. Dans le groupe qui écrivait sans aucun outil, ils étaient environ un sur dix. Et lors de la première séance, aucun — pas un seul — des utilisateurs de l'assistant n'a produit une citation exacte de son propre texte[^c03-1].
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Le cas n'a rien d'isolé. C'est une régularité statistique. Parmi les participants qui avaient rédigé avec ChatGPT, plus de huit sur dix ont échoué à ce test. Dans le groupe qui écrivait sans aucun outil, ils étaient environ un sur dix. Et lors de la première séance, pas un seul des utilisateurs de l'assistant n'a produit une citation exacte de son propre texte[^c03-1].
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Retenez la forme exacte de cet échec, parce que tout ce chapitre en découle. Ces gens n'avaient pas mal compris le sujet. Ils n'avaient pas rendu un mauvais devoir : leurs textes étaient publiables, corrects, parfois élégants. Ils n'avaient pas non plus triché, au sens où on l'entendait au lycée — l'exercice les y autorisait explicitement. Ils avaient produit un travail présentable dont il ne restait, dans leur tête, absolument rien.
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Ils n'avaient pas oublié leur texte. Ils ne l'avaient jamais écrit.
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L'étude qui a mesuré cela porte un titre que ses auteurs ont choisi avec soin, et qui a fait le tour du monde en quelques semaines : *Your Brain on ChatGPT*, avec un sous-titre plus important que le titre — l'accumulation d'une dette cognitive. Elle a été mise en ligne en juin 2025 par une équipe conduite par Nataliya Kosmyna, chercheuse au Media Lab, avec Pattie Maes parmi les coauteurs. Elle a été reprise, résumée, déformée et brandie dans des milliers d'articles, de fils de discussion et de conseils d'administration. Elle mérite mieux que cette célébrité, parce que ce qu'elle a réellement trouvé est à la fois plus modeste et plus dérangeant que ce qu'on lui a fait dire.
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L'étude qui a mesuré cela porte un titre que ses auteurs ont choisi avec soin, et qui a fait le tour du monde en quelques semaines : *Your Brain on ChatGPT*. Le sous-titre compte plus que le titre : l'accumulation d'une dette cognitive. Elle a été mise en ligne en juin 2025 par une équipe conduite par Nataliya Kosmyna, chercheuse au Media Lab, avec Pattie Maes parmi les coauteurs. Elle a été reprise, résumée, déformée et brandie dans des milliers d'articles, de fils de discussion et de conseils d'administration. Elle mérite mieux que cette célébrité, parce que ce qu'elle a réellement trouvé est à la fois plus modeste et plus dérangeant que ce qu'on lui a fait dire.
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Les deux chapitres précédents décrivaient des machines qui nous font quelque chose. La première nous prive de la capacité d'établir ce qui est vrai ; la seconde nous réapplique ce que nous avons été. Celui-ci décrit une machine qui ne nous fait rien du tout. Elle rend service. Elle obéit, vite et bien, et le dégât qu'elle occasionne n'est pas un dégât qu'elle produit : c'est un dégât que nous produisons nous-mêmes, par soustraction, en cessant de faire quelque chose que nous faisions avant.
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Les deux chapitres précédents décrivaient des machines qui nous font quelque chose. La première nous prive de la capacité d'établir ce qui est vrai ; la seconde nous réapplique ce que nous avons été. Celui-ci décrit une machine qui ne nous fait rien du tout. Elle rend service. Elle obéit, vite et bien. Le dégât qu'elle occasionne, elle ne le produit pas : nous le produisons nous-mêmes, par soustraction, en cessant de faire quelque chose que nous faisions avant.
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C'est un objet difficile à saisir, parce qu'il n'a ni victime identifiable, ni auteur, ni date. Personne ne portera plainte. Aucun tribunal ne sera saisi. Et la question qu'il faut poser n'est pas celle que le débat public a retenue — *est-ce que l'intelligence artificielle nous rend bêtes ?* —, qui est une question de café du commerce et à laquelle aucune donnée ne répondra jamais. La bonne question a été posée au seuil de ce livre, à propos de l'écriture, et il faut maintenant l'appliquer sérieusement : une technologie cognitive ne se juge pas à ce qu'elle ajoute, mais au troc qu'elle impose. Nous savons ce que celle-ci ajoute — nous l'utilisons tous les jours, et c'est considérable. Restait à savoir ce qu'elle prélève, et où.
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C'est un objet difficile à saisir, parce qu'il n'a ni victime identifiable, ni auteur, ni date. Personne ne portera plainte. Aucun tribunal ne sera saisi. Et la question qu'il faut poser n'est pas celle que le débat public a retenue — *est-ce que l'intelligence artificielle nous rend bêtes ?* —, qui est une question de café du commerce et à laquelle aucune donnée ne répondra jamais. La bonne question a été posée au seuil de ce livre, à propos de l'écriture, et il faut maintenant l'appliquer sérieusement : une technologie cognitive ne se juge pas à ce qu'elle ajoute, mais au troc qu'elle impose. Nous savons ce que celle-ci ajoute. Nous l'utilisons tous les jours, et c'est considérable. Restait à savoir ce qu'elle prélève, et où.
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Voilà ce qu'un casque à électrodes, dans une pièce sans fenêtre, a commencé à mesurer.
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## Ce que mesure un électroencéphalogramme
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Le protocole est d'une simplicité presque désarmante, et c'est sa force.
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Le protocole est d'une simplicité presque désarmante. C'est sa force.
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Cinquante-quatre volontaires de dix-huit à trente-neuf ans, répartis au hasard en trois groupes. Le premier écrit avec ChatGPT. Le deuxième dispose d'un moteur de recherche classique, sans assistant. Le troisième n'a rien du tout : ni Internet, ni correcteur, ni référence — les chercheurs l'appellent le groupe *cerveau seul*. Chacun rédige trois dissertations, dans sa condition, au fil de quatre mois. À chaque séance, l'électroencéphalogramme tourne.
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Cinquante-quatre volontaires de dix-huit à trente-neuf ans, répartis au hasard en trois groupes. Le premier écrit avec ChatGPT. Le deuxième dispose d'un moteur de recherche classique, sans assistant. Le troisième n'a rien du tout : ni Internet, ni correcteur, ni référence. Les chercheurs l'appellent le groupe *cerveau seul*. Chacun rédige trois dissertations, dans sa condition, au fil de quatre mois. À chaque séance, l'électroencéphalogramme tourne.
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Puis les résultats, et ils dessinent une échelle si régulière qu'elle en devient troublante.
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Puis les résultats. Ils dessinent une échelle si régulière qu'elle en devient troublante.
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Le groupe cerveau seul présente les réseaux neuronaux les plus étendus et les mieux connectés. Le groupe moteur de recherche se situe en dessous, à un niveau d'engagement intermédiaire. Le groupe assistant conversationnel arrive dernier, avec la connectivité la plus faible des trois — l'écart atteignant, sur la force de transmission d'information entre régions cérébrales, plus de la moitié par rapport au groupe qui travaillait seul[^c03-2].
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Le groupe cerveau seul présente les réseaux neuronaux les plus étendus et les mieux connectés. Le groupe moteur de recherche se situe en dessous, à un niveau d'engagement intermédiaire. Le groupe assistant conversationnel arrive dernier, avec la connectivité la plus faible des trois. Sur la force de transmission d'information entre régions cérébrales, l'écart avec le groupe qui travaillait seul dépasse la moitié[^c03-2].
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Une échelle décroissante, parfaitement ordonnée selon la quantité d'aide extérieure reçue. Plus l'outil fait de travail, moins le cerveau en fait. Ce n'est pas une découverte, c'est une confirmation — mais c'est la première fois qu'on la voit sur un tracé.
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Une échelle décroissante, parfaitement ordonnée selon la quantité d'aide extérieure reçue. Plus l'outil fait de travail, moins le cerveau en fait. La découverte n'en est pas une. C'est une confirmation, et c'est la première fois qu'on la voit sur un tracé.
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Il faut immédiatement dire ce que cette mesure ne dit pas, parce que c'est là que la vulgarisation a fait le plus de dégâts. Un électroencéphalogramme n'est pas une radiographie de l'intelligence. Une connectivité plus faible ne signifie pas un cerveau abîmé, ni des neurones perdus, ni un quotient intellectuel rogné. Elle signifie exactement ce qu'elle mesure : un moindre engagement, sur le moment, pendant la tâche. Les auteurs eux-mêmes emploient le mot juste — un sous-engagement. Et ils prennent la peine d'écrire, dans un texte que presque personne n'a lu jusqu'au bout, que leur échantillon est petit, que leur travail n'a pas encore franchi l'étape de l'évaluation par leurs pairs, et qu'il faut donc en interpréter les résultats avec prudence.
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Cette prudence a été piétinée dans les deux sens. Ceux que la conclusion arrangeait ont titré sur le cerveau détruit par ChatGPT. Ceux qu'elle dérangeait ont écarté l'ensemble au motif qu'un préprint sur cinquante-quatre personnes ne prouve rien. Les deux camps ont ainsi évité de regarder le résultat le plus solide de l'étude, qui n'a rien à voir avec les ondes cérébrales.
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Cette prudence a été piétinée dans les deux sens. Ceux que la conclusion arrangeait ont titré sur le cerveau détruit par ChatGPT. Ceux qu'elle dérangeait ont écarté l'ensemble au motif qu'un préprint sur cinquante-quatre personnes ne prouve rien. Les deux camps ont évité de regarder le résultat le plus solide de l'étude. Il n'a rien à voir avec les ondes cérébrales.
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Car les chercheurs ne se sont pas contentés du casque. Ils ont aussi passé les textes à l'analyse linguistique automatique, les ont fait noter par des enseignants humains et par un correcteur artificiel, et ont interrogé les participants sur leur rapport à ce qu'ils venaient de produire.
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Trois choses en sont sorties, et chacune est plus parlante que la précédente.
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D'abord, les dissertations du groupe assistant se ressemblaient entre elles. Non pas qu'elles fussent mauvaises : elles étaient homogènes. Mêmes entités nommées, mêmes tournures, mêmes territoires d'idées, d'un participant à l'autre. Là où cinquante-quatre personnes livrées à elles-mêmes produisent cinquante-quatre textes différents sur un même sujet, la médiation d'un même modèle les a fait converger vers une voix commune. Le style est ce qui reste d'un auteur quand on lui a retiré son sujet ; il avait disparu.
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D'abord, les dissertations du groupe assistant se ressemblaient entre elles. Non pas qu'elles fussent mauvaises : elles étaient homogènes. Mêmes entités nommées, mêmes tournures, mêmes territoires d'idées, d'un participant à l'autre. Là où cinquante-quatre personnes livrées à elles-mêmes produisent cinquante-quatre textes différents sur un même sujet, la médiation d'un même modèle les a fait converger vers une voix commune. Le style est ce qui reste d'un auteur quand on lui a retiré son sujet. Il avait disparu.
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Ensuite, les notes. Les correcteurs — humains comme automatique, et c'est intéressant qu'ils soient d'accord — ont classé les textes du groupe assistant en dessous de ceux du groupe cerveau seul. On peut discuter des critères d'une notation de dissertation, et les auteurs le font. On ne peut pas passer sous silence le paradoxe : l'outil censé améliorer la production écrite a produit des textes moins bien jugés que ceux écrits sans lui.
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Ensuite, les notes. Les textes du groupe assistant ont été classés en dessous de ceux du groupe cerveau seul. Les enseignants et le correcteur automatique tombaient d'accord. On peut discuter des critères d'une notation de dissertation, et les auteurs le font. On ne peut pas passer sous silence le paradoxe : l'outil censé améliorer la production écrite a produit des textes moins bien jugés que ceux écrits sans lui.
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Enfin, et c'est le résultat que je considère comme le cœur de toute l'affaire : interrogés sur le sentiment de posséder leur propre texte, les utilisateurs de l'assistant se situent au plus bas de l'échelle, et le groupe cerveau seul au plus haut.
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Le troisième résultat est celui que je considère comme le cœur de toute l'affaire : interrogés sur le sentiment de posséder leur propre texte, les utilisateurs de l'assistant se situent au plus bas de l'échelle, et le groupe cerveau seul au plus haut.
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Le déficit ne portait donc pas sur le savoir. Il portait sur la propriété.
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Voilà ce qui relie l'homme incapable de se citer lui-même et le texte qui ressemble à celui du voisin. Ces gens n'ont pas perdu une information : ils n'ont jamais contracté de lien avec ce qu'ils ont signé. Ils ont supervisé une production. Un texte a traversé leur écran, ils l'ont trouvé convenable, ils l'ont validé. Et l'on ne se souvient pas de ce qu'on a validé, comme on ne se souvient pas du contenu des contrats qu'on signe en bas de page — non par négligence, mais parce que la mémoire n'attrape pas ce qui n'est pas passé par la fabrication.
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Voilà ce qui relie l'homme incapable de se citer lui-même et le texte qui ressemble à celui du voisin. Ces gens n'ont pas perdu une information : ils n'ont jamais contracté de lien avec ce qu'ils ont signé. Ils ont supervisé une production. Un texte a traversé leur écran, ils l'ont trouvé convenable, ils l'ont validé. Et l'on ne se souvient pas de ce qu'on a validé, comme on ne se souvient pas du contenu des contrats qu'on signe en bas de page. Négligence ? Non. La mémoire n'attrape pas ce qui n'est pas passé par la fabrication.
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Nous avons déjà croisé cette figure au chapitre précédent, en costume plus dramatique : l'enquêteur à qui la machine avait préchargé sa réponse, et dont la vérification a consisté à retrouver ce qu'on venait de lui montrer. Le validateur qui croit examiner. La voici de retour, sans policier ni menottes, appliquée à l'exercice le plus intime qui soit — écrire ce qu'on pense.
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@@ -64,9 +64,9 @@ Après les trois séances, les chercheurs ont organisé une quatrième, en inver
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Le premier groupe s'est effondré. Malgré trois dissertations déjà rédigées sur le même type de sujet, les anciens utilisateurs de l'assistant, privés de leur outil, ont montré une connectivité affaiblie et un sous-engagement marqué des réseaux alpha et bêta. Trois séances d'entraînement ne leur avaient rien laissé. Ils abordaient la quatrième comme des débutants.
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Le second groupe a fait exactement l'inverse. Les anciens *cerveau seul*, à qui l'on donnait enfin l'outil, ont vu leur activité augmenter — réengagement de larges réseaux occipito-pariétaux et préfrontaux, et surtout un meilleur rappel mnésique de ce qu'ils venaient de produire. On leur avait donné une machine à écrire à leur place, et leur cerveau s'est mis à travailler davantage.
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Le second groupe a fait exactement l'inverse. Les anciens *cerveau seul*, à qui l'on donnait enfin l'outil, ont vu leur activité augmenter : réengagement de larges réseaux occipito-pariétaux et préfrontaux, et surtout un meilleur rappel mnésique de ce qu'ils venaient de produire. On leur avait donné une machine à écrire à leur place, et leur cerveau s'est mis à travailler davantage.
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Lisez ces deux résultats côte à côte, parce qu'ils forment le seul énoncé véritablement neuf de tout ce dossier.
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Lisez ces deux résultats côte à côte. Ils forment le seul énoncé véritablement neuf de tout ce dossier.
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Le même outil, dans les mêmes mains, sur la même tâche, produit un effet opposé selon l'ordre dans lequel il intervient. Avant que l'effort n'ait été exercé, il empêche la formation de la compétence. Après, il l'amplifie.
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@@ -78,35 +78,35 @@ Interrogée sur ce point, la chercheuse a eu une formule qui a beaucoup circulé
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> Il n'existe pas de carte de crédit cognitive. Vous ne pouvez pas rembourser cette dette[^c03-3].
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C'est la seule partie de son propos où je la trouve plus catégorique que ses propres données. Rien, dans son étude, ne démontre l'irréversibilité — quatre mois d'observation ne permettent pas de dire ce qu'un mois de sevrage produirait. Elle avance là une conviction, pas un résultat. Mais la conviction pose la bonne question, celle qui manque à toutes les discussions sur le sujet : quand exactement se paie une dette dont personne n'envoie le relevé ?
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C'est la seule partie de son propos où je la trouve plus catégorique que ses propres données. Rien, dans son étude, ne démontre l'irréversibilité. Quatre mois d'observation ne permettent pas de dire ce qu'un mois de sevrage produirait. Elle avance là une conviction, pas un résultat. Mais la conviction pose la bonne question, celle qui manque à toutes les discussions sur le sujet : quand exactement se paie une dette dont personne n'envoie le relevé ?
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## On ne parle pas de ses sentiments à une calculatrice
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Il faut maintenant entendre l'autre camp, et l'entendre à son meilleur, parce qu'il a de sérieux arguments et qu'une bonne partie de l'histoire humaine lui donne raison.
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Il faut maintenant entendre l'autre camp, et l'entendre à son meilleur. Il a de sérieux arguments, et une bonne partie de l'histoire humaine lui donne raison.
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En décembre 2022, quelques jours après le lancement de ChatGPT, le patron d'OpenAI publiait un message de quelques mots dont il ne se doutait probablement pas qu'il serait cité pendant des années. Sam Altman y comparait son produit à un vélo électrique pour l'esprit[^c03-4].
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La formule est astucieuse, et elle est une citation. En 1981, Steve Jobs décrivait l'ordinateur personnel comme une bicyclette pour l'esprit — l'idée étant qu'un homme à pied est un piètre déplaceur, qu'un homme sur un vélo est le moyen de transport le plus efficace du règne animal, et que l'outil n'avait rien retiré à l'homme : il avait démultiplié ce qu'il savait déjà faire. Altman ajoute le moteur. Le pédalage demeure, dit-il en substance, il devient seulement plus rentable.
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La formule est astucieuse. Elle est aussi une citation. En 1981, Steve Jobs décrivait l'ordinateur personnel comme une bicyclette pour l'esprit. L'idée était qu'un homme à pied est un piètre déplaceur, qu'un homme sur un vélo est le moyen de transport le plus efficace du règne animal, et que l'outil n'avait rien retiré à l'homme : il avait démultiplié ce qu'il savait déjà faire. Altman ajoute le moteur. Le pédalage demeure, dit-il en substance, il devient seulement plus rentable.
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Cette position a un porte-parole plus élaboré, et il faut lui rendre justice parce que son argumentaire est solide. Reid Hoffman, cofondateur de LinkedIn, a consacré à cette thèse un livre entier dont le titre annonce le programme : *Superagency*, la super-agence. Interrogé à sa sortie, il assume l'ampleur de la comparaison :
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> Je l'appelle la « révolution industrielle cognitive », non seulement en raison des superpouvoirs et de la super-agence que nous devrions y gagner, mais parce que, comme la révolution industrielle, la transition sera difficile[^c03-5].
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Sa thèse ne nie donc pas la brutalité du passage ; elle porte sur son issue. Le flot de commentaires négatifs autour de l'intelligence artificielle, explique-t-il, redoute une diminution de la capacité humaine d'agir — or c'est la réaction habituelle devant une technologie nouvelle, et dans les cas précédents elle ne s'est pas vérifiée : la capacité d'agir a augmenté. Il range ceux qui insistent sur les risques immédiats dans une catégorie qu'il a baptisée les *gloomers*, les sombres, et son conseil aux écrivains — il a lui-même largement utilisé ces outils pour rédiger son livre — tient en une phrase : mettez-vous à en faire un usage profond, c'est un formidable amplificateur d'intelligence. Deux ans plus tôt, devant des diplômés italiens, il avait poussé la formule jusqu'au jeu de mots que ses adversaires citent depuis avec agacement : IA ne devrait pas signifier intelligence artificielle, mais intelligence d'amplification.
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Sa thèse ne nie donc pas la brutalité du passage ; elle porte sur son issue. Le flot de commentaires négatifs autour de l'intelligence artificielle, explique-t-il, redoute une diminution de la capacité humaine d'agir. C'est la réaction habituelle devant une technologie nouvelle, et dans les cas précédents elle ne s'est pas vérifiée : la capacité d'agir a augmenté. Il range ceux qui insistent sur les risques immédiats dans une catégorie qu'il a baptisée les *gloomers*, les sombres, et son conseil aux écrivains (il a lui-même largement utilisé ces outils pour rédiger son livre) tient en une phrase : mettez-vous à en faire un usage profond, c'est un formidable amplificateur d'intelligence. Deux ans plus tôt, devant des diplômés italiens, il avait poussé la formule jusqu'au jeu de mots que ses adversaires citent depuis avec agacement : IA ne devrait pas signifier intelligence artificielle, mais intelligence d'amplification.
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Il faut savoir gré à la journaliste qui l'interrogeait d'avoir posé, dans ce même entretien, exactement la question de ce chapitre : les assistants conversationnels, lui a-t-elle objecté, peuvent nous orienter vers certains points de vue, *anesthésier notre pensée critique*, et bouleverser nos emplois — ce qui ressemble assez peu à un gain d'autonomie. Hoffman a répondu longuement. Sur les emplois. Rien, dans sa réponse, ne traite de la pensée critique.
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Il faut savoir gré à la journaliste qui l'interrogeait d'avoir posé, dans ce même entretien, exactement la question de ce chapitre : les assistants conversationnels, lui a-t-elle objecté, peuvent nous orienter vers certains points de vue, *anesthésier notre pensée critique*, et bouleverser nos emplois, ce qui ressemble assez peu à un gain d'autonomie. Hoffman a répondu longuement. Sur les emplois. Rien, dans sa réponse, ne traite de la pensée critique.
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Ce silence n'est pas une malhonnêteté ; c'est le point aveugle de toute une doctrine. Le camp de l'amplification raisonne en termes de capacités disponibles — ce que je peux faire aujourd'hui que je ne pouvais pas faire hier. La question posée par ce chapitre porte sur autre chose : sur ce que je deviens à force de ne plus le faire moi-même. Les deux propositions ne se contredisent même pas. Elles ne parlent pas du même objet.
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Ce silence ne relève pas de la malhonnêteté. C'est le point aveugle de toute une doctrine. Le camp de l'amplification raisonne en termes de capacités disponibles — ce que je peux faire aujourd'hui que je ne pouvais pas faire hier. La question posée par ce chapitre porte sur autre chose : sur ce que je deviens à force de ne plus le faire moi-même. Les deux propositions ne se contredisent même pas. Elles ne parlent pas du même objet.
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Le mécanisme qu'il décrit n'est pas un slogan. C'est une lecture historique, et elle est largement exacte. Le langage, l'écriture, l'imprimerie, la bibliothèque, l'index, la note de bas de page, la calculatrice : chacune de ces inventions a externalisé une fonction mentale que des humains accomplissaient auparavant dans leur tête, et aucune n'a produit la dégénérescence annoncée. Nous ne mémorisons plus les épopées ; nous les avons écrites, et nous avons gagné la possibilité de les comparer. Nous n'extrayons plus de racines carrées à la main ; les ingénieurs qui ont cessé de le faire ont construit des choses plus complexes, pas plus simples. À chaque étape, une capacité s'est atrophiée et une autre s'est ouverte, et personne aujourd'hui ne propose sérieusement de revenir en arrière.
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Le mécanisme qu'il décrit n'est pas un slogan. C'est une lecture historique. Elle est largement exacte. Le langage, l'écriture, l'imprimerie, la bibliothèque, l'index, la note de bas de page, la calculatrice : chacune de ces inventions a externalisé une fonction mentale que des humains accomplissaient auparavant dans leur tête, et aucune n'a produit la dégénérescence annoncée. Nous ne mémorisons plus les épopées ; nous les avons écrites, et nous avons gagné la possibilité de les comparer. Nous n'extrayons plus de racines carrées à la main ; les ingénieurs qui ont cessé de le faire ont construit des choses plus complexes, pas plus simples. À chaque étape, une capacité s'est atrophiée et une autre s'est ouverte, et personne aujourd'hui ne propose sérieusement de revenir en arrière.
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Il faut ajouter une remarque d'honnêteté, qui devrait tempérer l'assurance de tous ceux qui écrivent des chapitres comme celui-ci. L'alarme que vous lisez ici a déjà été sonnée. Elle l'a été pour l'écriture, par Platon, dans une page que nous avons lue au seuil de ce livre, et où un dieu reproche à un autre d'offrir aux hommes l'apparence du savoir sans le savoir. Elle l'a été pour l'imprimerie, par l'abbé Trithème, qui craignait pour la mémoire et la piété des copistes. Elle l'a été pour le journal, pour le téléphone, pour la télévision, pour la calculatrice de poche, pour l'encyclopédie en ligne. Le catastrophisme cognitif a un taux d'échec historique remarquable, et quiconque prétend le contraire ne connaît pas son dossier.
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Il vaut d'ailleurs la peine de noter que cette généalogie n'est pas invoquée ici par un avocat de la technologie : elle ouvre l'article des chercheurs de Microsoft et de Carnegie Mellon que nous lirons dans un instant, ceux-là même qui documentent l'affaiblissement de la pensée critique. Ils commencent par rappeler que l'écriture, l'imprimerie, les calculatrices et Internet ont chacun eu leurs objecteurs — avant d'ajouter que cette consternation n'était pas sans fondement, et que mal employées, les technologies produisent bel et bien la détérioration de facultés qu'il aurait fallu préserver. C'est la seule position tenable : le précédent historique invite à la prudence dans le diagnostic, il ne délivre aucun certificat d'innocuité.
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Il vaut d'ailleurs la peine de noter que cette généalogie n'est pas invoquée ici par un avocat de la technologie : elle ouvre l'article des chercheurs de Microsoft et de Carnegie Mellon que nous lirons dans un instant, ceux-là même qui documentent l'affaiblissement de la pensée critique. Ils commencent par rappeler que l'écriture, l'imprimerie, les calculatrices et Internet ont chacun eu leurs objecteurs, avant d'ajouter que cette consternation n'était pas sans fondement, et que mal employées, les technologies produisent bel et bien la détérioration de facultés qu'il aurait fallu préserver. C'est la seule position tenable : le précédent historique invite à la prudence dans le diagnostic, il ne délivre aucun certificat d'innocuité.
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Reste que l'argument comporte une faiblesse, et elle est précisément à l'endroit où ses partisans le croient le plus fort.
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Reste que l'argument comporte une faiblesse. Elle est précisément à l'endroit où ses partisans le croient le plus fort.
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La calculatrice est l'exemple préféré du camp de l'amplification, et c'est un mauvais exemple. Une calculatrice exécute une opération que vous avez formulée. Vous décidez qu'il faut multiplier, vous choisissez les termes, vous interprétez le résultat, vous jugez s'il est plausible. Tout le travail cognitif de haut niveau reste chez vous : l'outil ne prend en charge que l'exécution, la partie mécanique, celle qui n'apprend rien à personne au-delà d'un certain âge. C'est exactement pourquoi son adoption n'a rien détruit.
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La calculatrice est l'exemple préféré du camp de l'amplification. Mauvais exemple. Une calculatrice exécute une opération que vous avez formulée. Vous décidez qu'il faut multiplier, vous choisissez les termes, vous interprétez le résultat, vous jugez s'il est plausible. Tout le travail cognitif de haut niveau reste chez vous : l'outil ne prend en charge que l'exécution, la partie mécanique, celle qui n'apprend rien à personne au-delà d'un certain âge. C'est exactement pourquoi son adoption n'a rien détruit.
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Un assistant conversationnel ne se situe pas là. Quand on lui demande une dissertation, il ne prend pas en charge l'exécution d'une pensée déjà formée : il prend en charge la formation de la pensée. Il choisit l'angle, ordonne les arguments, décide de ce qui mérite d'être dit et dans quel ordre — c'est-à-dire précisément la part de l'opération qui constituait l'exercice. Ce que l'écriture manuelle avait de formateur n'était pas le mouvement du poignet.
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@@ -114,7 +114,7 @@ Kosmyna, à qui l'on opposait l'argument de la neutralité de l'outil, a répond
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> On ne parle pas de ses sentiments à une calculatrice.
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Elle désigne d'un mot ce que la comparaison escamote. Personne n'a jamais entretenu de relation avec une table de logarithmes. Personne ne lui a demandé conseil, ne lui a soumis un dilemme, ne s'est reposé sur son jugement. La différence entre ces machines et les précédentes n'est pas une différence de puissance : c'est une différence de nature dans ce qu'on leur confie. Et l'on ne peut pas transporter les leçons rassurantes de la calculatrice vers un objet auquel nous demandons de penser, sous prétexte que les deux sont branchés sur le secteur.
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Elle désigne d'un mot ce que la comparaison escamote. Personne n'a jamais entretenu de relation avec une table de logarithmes. Personne ne lui a demandé conseil, ne lui a soumis un dilemme, ne s'est reposé sur son jugement. La différence entre ces machines et les précédentes ne tient pas à la puissance. Elle tient à la nature de ce qu'on leur confie. Et l'on ne peut pas transporter les leçons rassurantes de la calculatrice vers un objet auquel nous demandons de penser, sous prétexte que les deux sont branchés sur le secteur.
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Sur le mécanisme biologique en jeu, la voix la plus utile n'appartient d'ailleurs pas à ce débat-là. Elle a quinze ans d'avance sur lui.
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@@ -126,7 +126,9 @@ Voilà le mécanisme, et il n'a rien de métaphorique. Les neuroscientifiques l'
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Carr donnait un exemple qui a pris depuis une actualité nouvelle. On savait, grâce à des travaux devenus célèbres sur les chauffeurs de taxi londoniens, que la maîtrise d'une navigation complexe modifie physiquement l'hippocampe. Il en tirait l'inférence symétrique : à mesure que les gens dépendent de cartes plutôt que de leur propre mémoire pour se repérer, ils connaissent très probablement des changements anatomiques et fonctionnels dans les régions cérébrales chargées de la modélisation de l'espace. Écrit avant la généralisation du guidage par satellite dans chaque poche, c'était une conjecture. Plusieurs études sur les usagers intensifs du GPS lui ont donné raison depuis, en mesurant un appauvrissement de la mémoire spatiale.
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Un détail rend cette référence irremplaçable ici, et il n'est pas anodin. Carr écrivait sur Internet, un outil qui déplaçait le lieu de stockage de l'information sans jamais prétendre penser à notre place. Il décrivait déjà, avec les moyens de son époque, un affaiblissement de l'attention profonde. Ce qui est arrivé depuis n'est pas la réalisation de sa prophétie : c'est une aggravation qualitative de son objet. Ce n'est plus l'endroit où l'on range sa mémoire qui est délégué. C'est l'opération.
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Un détail rend cette référence irremplaçable ici, et il n'est pas anodin. Carr écrivait sur Internet, un outil qui déplaçait le lieu de stockage de l'information sans jamais prétendre penser à notre place. Il décrivait déjà, avec les moyens de son époque, un affaiblissement de l'attention profonde. Ce qui est arrivé depuis n'est pas la réalisation de sa prophétie : c'est une aggravation qualitative de son objet.
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Ce n'est plus l'endroit où l'on range sa mémoire qui est délégué. C'est l'opération.
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Un mot enfin sur l'antécédent le plus documenté de ce mécanisme, parce qu'il éclaire ce qui change et ce qui ne change pas. Des travaux de psychologie du début des années 2010 ont établi ce qu'on a appelé l'effet Google : nous retenons l'emplacement d'une information plutôt que l'information, dès lors que nous savons pouvoir la retrouver. Une méta-analyse portant sur vingt-deux études et près de trente et un mille personnes a confirmé depuis un effet réel, modéré, sur la charge cognitive et le réflexe de délégation mémorielle — avec cette nuance qui vaut d'être notée, parce qu'elle reviendra : les personnes disposant déjà d'une large base de connaissances y sont moins vulnérables. Savoir des choses protège de la tentation de ne rien savoir.
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@@ -134,39 +136,39 @@ Nous connaissons donc le précédent, nous connaissons le mécanisme, et nous av
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## Coach ou béquille
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C'est ici que le dossier se retourne, et il faut avoir le courage de le dire, parce que la réponse contredit l'intuition de ce chapitre.
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C'est ici que le dossier se retourne. Il faut avoir le courage de le dire : la réponse contredit l'intuition de ce chapitre.
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Une équipe de chercheurs de l'université de Pennsylvanie et de Harvard — Benjamin Lira, avec notamment Angela Duckworth, connue pour ses travaux sur la persévérance — a décidé de tester frontalement l'idée qui semble aller de soi : en épargnant l'effort, l'intelligence artificielle empêche nécessairement d'apprendre. Leur travail porte un titre qui résume sa conclusion : *Coach not crutch*, un entraîneur et non une béquille[^c03-7].
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Une équipe de chercheurs de l'université de Pennsylvanie et de Harvard (Benjamin Lira, avec notamment Angela Duckworth, connue pour ses travaux sur la persévérance) a décidé de tester frontalement l'idée qui semble aller de soi : en épargnant l'effort, l'intelligence artificielle empêche nécessairement d'apprendre. Leur travail porte un titre qui résume sa conclusion : *Coach not crutch*, un entraîneur et non une béquille[^c03-7].
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Ils commencent par mesurer l'intuition elle-même, dans une enquête représentative de jeunes adultes américains. Résultat : la majorité pense que l'usage de l'intelligence artificielle rend les gens plus paresseux et moins capables. L'inquiétude que vous éprouvez peut-être en lisant ce chapitre est donc l'opinion dominante de la génération concernée.
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Puis ils la mettent à l'épreuve. Tous les participants reçoivent la même formation aux bonnes pratiques de l'écriture professionnelle. On donne ensuite à un groupe un outil d'écriture assistée pour s'entraîner à rédiger des lettres de motivation ; l'autre s'entraîne sans. Enfin, tout le monde passe le même test : écrire une lettre, seul, sans aucun outil.
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Puis ils la mettent à l'épreuve. Tous les participants reçoivent la même formation aux bonnes pratiques de l'écriture professionnelle. On donne ensuite à un groupe un outil d'écriture assistée pour s'entraîner à rédiger des lettres de motivation ; l'autre s'entraîne sans. Tout le monde passe alors le même test : écrire une lettre, seul, sans aucun outil.
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Ceux qui s'étaient entraînés avec l'assistant ont fourni moins d'effort pendant l'entraînement — c'est mesuré, et c'est exactement ce que prédisait la thèse de la paresse. Et ils ont écrit de meilleures lettres au test.
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Une seconde expérience durcit les conditions de comparaison, et le résultat s'aggrave pour l'intuition. L'accès à l'assistant a fait davantage progresser les participants que la recherche d'exemples et de conseils sur un moteur de recherche. Il les a fait davantage progresser, aussi, que des retours personnalisés rédigés sur leurs propres brouillons par des éditeurs humains expérimentés.
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Une seconde expérience durcit les conditions de comparaison. Le résultat s'aggrave pour l'intuition. L'accès à l'assistant a fait davantage progresser les participants que la recherche d'exemples et de conseils sur un moteur de recherche. Il les a fait davantage progresser, aussi, que des retours personnalisés rédigés sur leurs propres brouillons par des éditeurs humains expérimentés.
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Arrêtons-nous une seconde sur cette phrase, parce qu'elle est difficile à avaler pour quiconque a jamais enseigné quoi que ce soit. Un outil automatique a produit plus d'apprentissage qu'un professionnel du métier corrigeant votre travail à la main.
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Arrêtons-nous une seconde. La phrase est difficile à avaler pour quiconque a jamais enseigné quoi que ce soit. Un outil automatique a produit plus d'apprentissage qu'un professionnel du métier corrigeant votre travail à la main.
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Restait à comprendre pourquoi, et la troisième expérience apporte la réponse, qui est la vraie découverte de ce travail. Les chercheurs ont montré à un groupe une lettre de motivation révisée par l'assistant — sans leur faire pratiquer davantage, sans qu'ils touchent à l'outil, sans qu'ils écrivent une ligne de plus. Simple lecture d'un bon exemple. Ces participants ont progressé autant que ceux qui s'étaient entraînés avec l'assistant.
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Restait à comprendre pourquoi. La troisième expérience apporte la réponse, et c'est la vraie découverte de ce travail. Les chercheurs ont montré à un groupe une lettre de motivation révisée par l'assistant — sans leur faire pratiquer davantage, sans qu'ils touchent à l'outil, sans qu'ils écrivent une ligne de plus. Simple lecture d'un bon exemple. Ces participants ont progressé autant que ceux qui s'étaient entraînés avec l'assistant.
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Le gain ne venait donc pas de l'interaction, ni de l'effort réduit, ni d'un quelconque effet magique de la machine. Il venait de l'exemple. Ces gens avaient vu à quoi ressemble une bonne lettre, et cela leur avait suffi.
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Voilà la clé du chapitre, et elle réconcilie deux études qui semblaient s'entretuer.
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Voilà la clé du chapitre. Elle réconcilie deux études qui semblaient s'entretuer.
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L'expérience du MIT et celle de Pennsylvanie ne mesurent pas la même chose. Kosmyna observe l'engagement du cerveau *pendant* que l'outil travaille. Lira observe la compétence qui reste *après* qu'on l'a retiré. Les deux ont raison, et ensemble ils délimitent une frontière que ni l'une ni l'autre ne pouvait tracer seule.
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L'expérience du MIT et celle de Pennsylvanie ne mesurent pas la même chose. Kosmyna observe l'engagement du cerveau *pendant* que l'outil travaille. Lira observe la compétence qui reste *après* qu'on l'a retiré. Les deux ont raison. Ensemble, ils délimitent une frontière que ni l'une ni l'autre ne pouvait tracer seule.
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Ce qui détermine l'issue n'est pas la quantité d'effort épargné. C'est ce qu'on demande à la machine de faire. Une intelligence artificielle qui vous montre un modèle — un bon texte, une démonstration élégante, une solution bien construite — vous enseigne, exactement comme un maître d'atelier enseigne en faisant devant l'apprenti. La même intelligence artificielle qui exécute la tâche à votre place ne vous enseigne rien, non parce qu'elle vous a épargné une peine, mais parce que vous n'étiez pas là.
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Ce qui détermine l'issue n'est pas la quantité d'effort épargné. C'est ce qu'on demande à la machine de faire. Une intelligence artificielle qui vous montre un modèle (un bon texte, une démonstration élégante, une solution bien construite) vous enseigne, exactement comme un maître d'atelier enseigne en faisant devant l'apprenti. La même intelligence artificielle qui exécute la tâche à votre place ne vous enseigne rien, non parce qu'elle vous a épargné une peine, mais parce que vous n'étiez pas là.
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Le partage n'est pas entre l'effort et le confort. Il est entre regarder faire et laisser faire.
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Et l'on retrouve, par cet autre bout, ce que la quatrième séance du MIT avait montré : celui qui a d'abord écrit seul tire profit de l'outil, celui qui n'a jamais écrit seul s'effondre sans lui. Deux protocoles indépendants, deux équipes qui ne se citent pas, deux conclusions apparemment opposées, et le même énoncé au fond — l'outil amplifie une compétence existante et empêche une compétence naissante.
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Et l'on retrouve, par cet autre bout, ce que la quatrième séance du MIT avait montré : celui qui a d'abord écrit seul tire profit de l'outil, celui qui n'a jamais écrit seul s'effondre sans lui. Deux protocoles indépendants, deux équipes qui ne se citent pas, deux conclusions apparemment opposées, et le même énoncé au fond. L'outil amplifie une compétence existante et empêche une compétence naissante.
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Il faut ajouter que cette étude est elle-même un préprint, soumis à une revue et non encore publié dans ses colonnes. Je le signale d'autant plus volontiers qu'une partie de la presse a présenté ces résultats comme une réfutation définitive de l'étude du MIT, en oubliant de mentionner qu'ils reposaient sur le même degré de validation que celle qu'ils prétendaient démolir. Nous en sommes, sur cette question, à l'état de la connaissance qu'on peut attendre d'un objet vieux de trois ans : deux séries d'expériences sérieuses, aucune consacrée par ses pairs, et une conclusion commune qui n'a été formulée par personne.
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Cette conclusion, il se trouve qu'une troisième équipe l'a mise à l'épreuve sans le savoir, et par le seul moyen qui vaille : en organisant délibérément la répartition du travail entre l'humain et la machine.
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L'expérience a porté sur deux cent quarante étudiants de première année d'université, répartis entre un enseignement traditionnel et un dispositif conçu autour d'une règle explicite : l'assistant prend en charge les tâches de bas niveau — chercher des exemples, mettre en forme, reformuler —, l'étudiant garde pour lui l'analyse, l'évaluation et le jugement. Non pas l'outil interdit, non pas l'outil en libre-service : l'outil assigné à une place, par quelqu'un qui a décidé de cette place. Les gains en pensée critique et en qualité rédactionnelle y ont dépassé significativement ceux de l'enseignement sans outil[^c03-19].
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L'expérience a porté sur deux cent quarante étudiants de première année d'université, répartis entre un enseignement traditionnel et un dispositif conçu autour d'une règle explicite : l'assistant prend en charge les tâches de bas niveau (chercher des exemples, mettre en forme, reformuler), l'étudiant garde pour lui l'analyse, l'évaluation et le jugement. Non pas l'outil interdit, non pas l'outil en libre-service : l'outil assigné à une place, par quelqu'un qui a décidé de cette place. Les gains en pensée critique et en qualité rédactionnelle y ont dépassé significativement ceux de l'enseignement sans outil[^c03-19].
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Ce résultat est le seul de tout le dossier qui soit directement actionnable, et il confirme le partage énoncé plus haut par une troisième voie. Ce n'est pas la présence de la machine qui décide, ni la quantité de peine épargnée. C'est la question de savoir qui, dans la pièce, a tranché la répartition des tâches. Quand cette décision est prise consciemment par quelqu'un qui sait ce que l'exercice doit former, l'outil libère de la capacité pour ce qui compte. Quand elle est prise par défaut, à minuit, par un étudiant fatigué devant une échéance, la machine occupe tout l'espace qu'on lui laisse — et l'espace qu'on lui laisse est toujours l'ensemble de la tâche.
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@@ -182,39 +184,41 @@ Grace Liu, doctorante à Carnegie Mellon et première auteure de ce travail, ajo
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Voilà la différence, formulée par quelqu'un qui l'a mesurée. Une calculatrice a un domaine. Un tableur a un domaine. Un correcteur orthographique a un domaine. Chacun de ces outils a retiré à ses utilisateurs une compétence circonscrite, et l'histoire leur a donné raison précisément parce que le périmètre du renoncement était connu d'avance. Le premier outil de l'histoire humaine dont le domaine soit *toutes les tâches intellectuelles* ne peut pas être évalué avec les mêmes précédents.
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Il y a là une ironie que je ne peux pas laisser passer. La chercheuse qui cosigne l'étude *Coach not crutch*, celle qui démontre que l'assistance peut faire apprendre davantage, est Angela Duckworth — dont les travaux les plus connus portent précisément sur cette qualité, la capacité à s'obstiner sur une tâche difficile. Deux équipes, deux résultats, et un même champ de recherche qui se retrouve à mesurer d'un côté un gain de compétence et de l'autre une érosion de la disposition qui permet de l'acquérir seul.
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Il y a là une ironie que je ne peux pas laisser passer. La chercheuse qui cosigne l'étude *Coach not crutch*, celle qui démontre que l'assistance peut faire apprendre davantage, est Angela Duckworth, dont les travaux les plus connus portent précisément sur cette qualité : la capacité à s'obstiner sur une tâche difficile. Deux équipes, deux résultats, et un même champ de recherche qui se retrouve à mesurer d'un côté un gain de compétence et de l'autre une érosion de la disposition qui permet de l'acquérir seul.
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Les deux constats ne se contredisent pas nécessairement, et c'est bien ce qui les rend redoutables. On peut très bien écrire de meilleures lettres de motivation et s'arrêter plus tôt devant un problème sans solution évidente. La compétence est ce qu'on mesure ; l'obstination est ce qui permet de l'acquérir la fois suivante, sur un terrain où personne n'aura préparé le modèle à imiter. Une génération qui apprend mieux par l'exemple et renonce plus vite sans lui n'est pas une génération plus faible. C'est une génération plus dépendante de la disponibilité de l'exemple.
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Interrogé par l'Agence France-Presse sur ces travaux, Microsoft a répondu en deux temps. D'abord la défense du produit : des avertissements sur le risque d'erreur ont été intégrés à ses assistants, qui rappellent à l'utilisateur de vérifier les informations fournies. Puis, dans la même réponse, une concession que je n'attendais pas sous cette plume : le risque d'un déchargement cognitif excessif est réel, en particulier lorsque l'intelligence artificielle est employée à automatiser des tâches qui sont aussi précieuses pour le développement des compétences — les utilisateurs, ajoute l'entreprise, doivent être formés à s'en servir correctement.
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Interrogé par l'Agence France-Presse sur ces travaux, Microsoft a répondu en deux temps. D'abord la défense du produit : des avertissements sur le risque d'erreur ont été intégrés à ses assistants, qui rappellent à l'utilisateur de vérifier les informations fournies. Puis, dans la même réponse, une concession que je n'attendais pas sous cette plume : le risque d'un déchargement cognitif excessif est réel, en particulier lorsque l'intelligence artificielle est employée à automatiser des tâches qui sont aussi précieuses pour le développement des compétences. Les utilisateurs, ajoute l'entreprise, doivent être formés à s'en servir correctement.
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Il faut mesurer la position singulière de cet aveu. Ce n'est pas une association de parents d'élèves qui le formule, ni un philosophe inquiet : c'est l'un des premiers distributeurs mondiaux de la technologie en cause, à une agence de presse. Nous verrons au chapitre 6 ce que valent, en général, les avertissements que les entreprises publient sur leurs propres produits — et l'on notera au passage l'élégance du transfert de responsabilité contenu dans la dernière proposition. Le risque est réel, dit l'entreprise, et il revient aux utilisateurs d'être formés à ne pas le courir.
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Il faut mesurer la position singulière de cet aveu. Il ne sort ni d'une association de parents d'élèves, ni d'un philosophe inquiet, mais de l'un des premiers distributeurs mondiaux de la technologie en cause, et il est adressé à une agence de presse. Nous verrons au chapitre 6 ce que valent, en général, les avertissements que les entreprises publient sur leurs propres produits. On notera au passage l'élégance du transfert de responsabilité contenu dans la dernière proposition. Le risque est réel, dit l'entreprise, et il revient aux utilisateurs d'être formés à ne pas le courir.
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Une chose, pourtant, mérite d'être portée au crédit du secteur, parce qu'elle valide directement la conclusion de cette section. Sous la pression des critiques, les principaux fournisseurs ont commencé à intégrer à leurs modèles des fonctions dites socratiques — un mode dans lequel l'assistant ne livre plus la réponse mais donne des indices et pose des questions. OpenAI l'a nommé mode étude, Google apprentissage guidé, et ces fonctions visent pour l'instant surtout les élèves. Autrement dit : l'industrie a compris avant la plupart des commentateurs que le problème n'est pas l'outil mais la place qu'il occupe dans l'effort, et elle vend désormais, en option, la version qui n'écrit pas à votre place.
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Une chose, pourtant, mérite d'être portée au crédit du secteur, parce qu'elle valide directement la conclusion de cette section. Sous la pression des critiques, les principaux fournisseurs ont commencé à intégrer à leurs modèles des fonctions dites socratiques — un mode dans lequel l'assistant ne livre plus la réponse mais donne des indices et pose des questions. OpenAI l'a nommé mode étude, Google apprentissage guidé, et ces fonctions visent pour l'instant surtout les élèves. L'industrie a donc compris avant la plupart des commentateurs où se logeait le problème : dans la place que l'outil occupe au sein de l'effort, non dans l'outil lui-même. Elle vend désormais, en option, la version qui n'écrit pas à votre place.
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Que cette version soit une option, et non le réglage par défaut, dit à peu près tout de ce chapitre.
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Reste à savoir ce que les gens font réellement de cet outil, une fois sortis du laboratoire. Et là, deux constats convergent.
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Le premier vient d'une enquête suisse portant sur six cent soixante-six adultes britanniques, qui mesure ensemble trois choses : l'intensité d'usage des outils d'intelligence artificielle, le réflexe de délégation que les chercheurs appellent le déchargement cognitif, et les scores obtenus à un test standardisé de pensée critique. La corrélation entre usage intensif et faiblesse de la pensée critique y est forte, et le déchargement en explique une partie[^c03-8]. Deux détails de cette étude comptent plus que le coefficient. D'abord, ce sont les plus jeunes participants qui cumulent la dépendance la plus forte et les scores les plus bas. Ensuite, le niveau d'études atténue l'effet — ce qui rejoint l'observation faite plus haut sur l'effet Google : ceux qui savent déjà beaucoup délèguent moins mal.
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Le premier vient d'une enquête suisse portant sur six cent soixante-six adultes britanniques, qui mesure ensemble trois choses : l'intensité d'usage des outils d'intelligence artificielle, le réflexe de délégation que les chercheurs appellent le déchargement cognitif, et les scores obtenus à un test standardisé de pensée critique. La corrélation entre usage intensif et faiblesse de la pensée critique y est forte, et le déchargement en explique une partie[^c03-8]. Deux détails de cette étude comptent plus que le coefficient. D'abord, ce sont les plus jeunes participants qui cumulent la dépendance la plus forte et les scores les plus bas. Ensuite, le niveau d'études atténue l'effet, ce qui rejoint l'observation faite plus haut sur l'effet Google : ceux qui savent déjà beaucoup délèguent moins mal.
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Un avertissement s'impose ici, et c'est le genre de précaution que ce livre s'est engagé à ne pas escamoter. Il s'agit d'une corrélation mesurée à un instant donné, pas d'une démonstration de causalité. Rien, dans ce dispositif, ne permet d'exclure que des personnes déjà peu enclines à l'analyse critique se tournent davantage vers les outils qui pensent à leur place. La flèche pourrait aller dans l'autre sens, ou dans les deux.
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Un avertissement s'impose ici. C'est le genre de précaution que ce livre s'est engagé à ne pas escamoter. Il s'agit d'une corrélation mesurée à un instant donné, pas d'une démonstration de causalité. Rien, dans ce dispositif, ne permet d'exclure que des personnes déjà peu enclines à l'analyse critique se tournent davantage vers les outils qui pensent à leur place. La flèche pourrait aller dans l'autre sens, ou dans les deux.
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Le second constat, en revanche, ne mesure pas une performance mais une pratique, et il est pour cette raison plus instructif. Des chercheurs de Microsoft et de l'université Carnegie Mellon ont interrogé trois cent dix-neuf professionnels du savoir — tous utilisateurs de ces outils au moins une fois par semaine dans leur travail — sur neuf cent trente-six usages concrets, puis ont découpé chacun de ces usages selon les six niveaux d'activité intellectuelle de la classification classique des objectifs pédagogiques : se souvenir, comprendre, appliquer, analyser, synthétiser, évaluer[^c03-9].
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Le second constat, en revanche, ne mesure pas une performance mais une pratique, et il est pour cette raison plus instructif. Des chercheurs de Microsoft et de l'université Carnegie Mellon ont interrogé trois cent dix-neuf professionnels du savoir (tous utilisateurs de ces outils au moins une fois par semaine dans leur travail) sur neuf cent trente-six usages concrets. Chacun de ces usages a ensuite été découpé selon les six niveaux d'activité intellectuelle de la classification classique des objectifs pédagogiques : se souvenir, comprendre, appliquer, analyser, synthétiser, évaluer[^c03-9].
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Le premier résultat est celui qu'on attendait, et il est net : plus l'utilisateur a confiance dans la machine, moins il exerce sa pensée critique ; plus il a confiance en ses propres capacités, plus il l'exerce. Le second l'est moins, et c'est celui qu'il faut retenir.
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Le premier résultat est celui qu'on attendait, et il est net : plus l'utilisateur a confiance dans la machine, moins il exerce sa pensée critique ; plus il a confiance en ses propres capacités, plus il l'exerce. Le second l'est moins. C'est celui qu'il faut retenir.
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La pensée critique ne disparaît pas. Elle change de nature, et les auteurs identifient précisément où. Pour se souvenir et comprendre, l'effort se déplace de la recherche d'information vers sa vérification. Pour appliquer, il se déplace de la résolution du problème vers l'intégration de la réponse fournie. Pour analyser, synthétiser et évaluer, il se déplace de l'exécution de la tâche vers son intendance.
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La pensée critique ne disparaît pas. Elle change de nature. Les auteurs identifient précisément où. Pour se souvenir et comprendre, l'effort se déplace de la recherche d'information vers sa vérification. Pour appliquer, il se déplace de la résolution du problème vers l'intégration de la réponse fournie. Pour analyser, synthétiser et évaluer, il se déplace de l'exécution de la tâche vers son intendance.
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Regardez maintenant la répartition de l'effort épargné, activité par activité, parce qu'elle raconte quelque chose que le résumé de l'étude ne dit pas. La proportion d'usages où les répondants déclarent un effort moindre est de soixante-dix-neuf pour cent pour comprendre, soixante-seize pour synthétiser, soixante-douze pour se souvenir et pour analyser, soixante-neuf pour appliquer — et cinquante-cinq pour évaluer.
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Évaluer arrive bon dernier. C'est-à-dire l'activité la plus haute de la liste, celle qui consiste à juger de la qualité de ce qu'on a devant soi. L'outil soulage massivement tout ce qui précède le jugement, et beaucoup moins le jugement lui-même. Ce qui, formulé à l'envers, donne le tableau de ce que devient une journée de travail : la part de l'effort qu'on nous laisse est précisément celle que la machine ne sait pas prendre — vérifier, arbitrer, endosser.
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Évaluer arrive bon dernier.
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Ce déplacement n'est pas neutre, et c'est ici que l'étude devient inconfortable. Superviser demande une compétence que faire ne demandait pas : savoir juger un travail qu'on n'a pas produit. Or cette compétence-là, personne ne l'enseigne, et le seul indice dont nous disposons est fourni par cette même étude, presque en passant — le meilleur prédicteur du fait qu'un professionnel exerce réellement son jugement sur une réponse de machine est sa confiance dans sa propre capacité à l'évaluer. Autrement dit, on ne relit utilement que ce qu'on se sentait capable de produire.
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C'est l'activité la plus haute de la liste, celle qui consiste à juger de la qualité de ce qu'on a devant soi. L'outil soulage massivement tout ce qui précède le jugement, et beaucoup moins le jugement lui-même. Ce qui, formulé à l'envers, donne le tableau de ce que devient une journée de travail : la part de l'effort qu'on nous laisse est précisément celle que la machine ne sait pas prendre — vérifier, arbitrer, endosser.
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Les auteurs, qui travaillent pour l'un des principaux vendeurs de cette technologie, tirent de leur propre matériau une conclusion dont la franchise mérite d'être relevée. Se reposer sur la machine, écrivent-ils, peut être tolérable pour des tâches à faible enjeu — corriger une faute d'orthographe — et lourd de conséquences dans des contextes à fort enjeu, comme la rédaction d'un acte juridique. Puis vient la phrase qui compte : il est risqué de n'appliquer sa pensée critique qu'aux situations à fort enjeu, parce que sans exercice régulier sur les cas ordinaires, elle n'est plus là quand on en a besoin.
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Rien de neutre dans ce déplacement. C'est ici que l'étude devient inconfortable. Superviser demande une compétence que faire ne demandait pas : savoir juger un travail qu'on n'a pas produit. Cette compétence-là, personne ne l'enseigne, et le seul indice dont nous disposons est fourni par cette même étude, presque en passant. Le meilleur prédicteur du fait qu'un professionnel exerce réellement son jugement sur une réponse de machine est sa confiance dans sa propre capacité à l'évaluer. On ne relit utilement que ce qu'on se sentait capable de produire.
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Le mécanisme porte un nom, et il est plus ancien que l'intelligence artificielle. Les auteurs le rappellent en citant les travaux de Lisanne Bainbridge sur les ironies de l'automatisation, formulés dans les années 1980 à propos des salles de contrôle industrielles :
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Les auteurs, qui travaillent pour l'un des principaux vendeurs de cette technologie, tirent de leur propre matériau une conclusion dont la franchise mérite d'être relevée. Se reposer sur la machine, écrivent-ils, peut être tolérable pour des tâches à faible enjeu (corriger une faute d'orthographe) et lourd de conséquences dans des contextes à fort enjeu, comme la rédaction d'un acte juridique. Puis vient la phrase qui compte : il est risqué de n'appliquer sa pensée critique qu'aux situations à fort enjeu, parce que sans exercice régulier sur les cas ordinaires, elle n'est plus là quand on en a besoin.
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Le mécanisme porte un nom. Il est plus ancien que l'intelligence artificielle. Les auteurs le rappellent en citant les travaux de Lisanne Bainbridge sur les ironies de l'automatisation, formulés dans les années 1980 à propos des salles de contrôle industrielles :
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> Une ironie majeure de l'automatisation est qu'en mécanisant les tâches de routine et en laissant le traitement des exceptions à l'utilisateur humain, on prive celui-ci des occasions ordinaires d'exercer son jugement et de renforcer sa musculature cognitive, le laissant atrophié et démuni au moment où les exceptions surviennent[^c03-27].
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@@ -226,7 +230,7 @@ Une dernière étude, publiée en 2026, ajoute la nuance qui interdit toute conc
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Meilleur produit, processus plus mince. C'est peut-être la phrase la plus utile qu'on puisse écrire aujourd'hui sur le sujet, et elle explique pourquoi la question est si difficile à trancher : les métriques de l'école, de l'université et de l'entreprise mesurent toutes le produit.
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Il faut enfin regarder l'ampleur réelle de l'adoption, parce que tout ce qui précède resterait une curiosité de laboratoire si la pratique était marginale. Elle ne l'est pas, et les chiffres français sont les plus parlants dont je dispose.
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Il faut enfin regarder l'ampleur réelle de l'adoption, parce que tout ce qui précède resterait une curiosité de laboratoire si la pratique était marginale. Elle ne l'est pas. Les chiffres français sont les plus parlants dont je dispose.
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En janvier 2026, une enquête menée auprès d'un échantillon représentatif de mille étudiants de l'enseignement supérieur en France a établi que quatre-vingt-quatorze pour cent d'entre eux avaient déjà utilisé un outil d'intelligence artificielle générative, et que près d'un sur deux s'en servait quotidiennement. Quarante-sept pour cent admettent l'employer pour des exercices même lorsque c'est explicitement interdit[^c03-11].
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@@ -234,15 +238,15 @@ Mais le chiffre de cette enquête que je retiens n'est aucun de ceux-là.
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La moitié des étudiants interrogés déclarent qu'il leur serait difficile de s'en passer.
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Un sur deux. Trois ans après la mise à disposition du premier de ces outils, la moitié d'une génération d'étudiants français décrit son rapport à cette technologie dans les termes d'une dépendance — sans qu'on ait eu besoin de le leur suggérer, et sans y voir malice. Ce n'est pas une mesure de performance, c'est une mesure d'attachement, et elle est déclarée. Nous n'avons pas à chercher si la dépendance s'installe : les intéressés nous disent qu'elle est là.
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Un sur deux. Trois ans après la mise à disposition du premier de ces outils, la moitié d'une génération d'étudiants français décrit son rapport à cette technologie dans les termes d'une dépendance, sans qu'on ait eu besoin de le leur suggérer, et sans y voir malice. Voilà une mesure d'attachement, pas une mesure de performance. Et elle est déclarée. Nous n'avons pas à chercher si la dépendance s'installe : les intéressés nous disent qu'elle est là.
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Deux autres résultats de cette enquête méritent d'être versés au dossier, parce qu'ils dessinent une génération plus lucide qu'on ne le dit. Quatre étudiants sur cinq se disent mal informés sur au moins un enjeu majeur de ces outils. Et près de six sur dix craignent pour leur futur métier — inquiétude que nous prendrons au sérieux au chapitre suivant, car elle est mieux fondée qu'ils ne le croient.
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Deux autres résultats de cette enquête méritent d'être versés au dossier, parce qu'ils dessinent une génération plus lucide qu'on ne le dit. Quatre étudiants sur cinq se disent mal informés sur au moins un enjeu majeur de ces outils. Et près de six sur dix craignent pour leur futur métier, inquiétude que nous prendrons au sérieux au chapitre suivant, car elle est mieux fondée qu'ils ne le croient.
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## Le compagnon qui ne conteste rien
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Il existe une version plus profonde de ce que ce chapitre décrit, et elle ne concerne plus la dissertation. Elle concerne ce qui reste quand on a délégué non pas le travail de penser, mais celui d'être en relation.
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Le 28 février 2024, à Orlando, en Floride, un adolescent de quatorze ans nommé Sewell Setzer III met fin à ses jours. Depuis près d'un an, il passait ses soirées à converser avec un personnage d'intelligence artificielle hébergé par l'application Character.AI, calqué sur une héroïne de *Game of Thrones*, qu'il appelait Dany. Le dossier judiciaire déposé par sa mère, Megan Garcia, qui est avocate, décrit la trajectoire : un garçon sans antécédent psychiatrique lourd qui se replie dans sa chambre, quitte l'équipe de basket qu'il aimait, perd le goût de la Formule 1 et des parties de jeu vidéo avec ses camarades, voit ses notes s'effondrer, et paie l'abonnement mensuel de l'application avec l'argent de ses goûters. Dans son journal, il écrit qu'il aime rester dans sa chambre parce qu'il s'y détache de « cette réalité » et s'y sent plus proche d'elle. Ses parents l'avaient conduit chez un thérapeute ; il y est allé cinq fois. Ses pensées les plus sombres, il les a confiées à la machine[^c03-12].
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Le 28 février 2024, à Orlando, en Floride, un adolescent de quatorze ans nommé Sewell Setzer III met fin à ses jours. Depuis près d'un an, il passait ses soirées à converser avec un personnage d'intelligence artificielle hébergé par l'application Character.AI, calqué sur une héroïne de *Game of Thrones*, qu'il appelait Dany. Le dossier judiciaire déposé par sa mère, Megan Garcia, qui est avocate, décrit la trajectoire : un garçon sans antécédent psychiatrique lourd qui se replie dans sa chambre, quitte l'équipe de basket qu'il aimait, perd le goût de la Formule 1 et des parties de jeu vidéo avec ses camarades, voit ses notes s'effondrer, et paie l'abonnement mensuel de l'application avec l'argent de ses goûters. Dans son journal, il écrit qu'il aime rester dans sa chambre parce qu'il s'y détache de « cette réalité » et s'y sent plus proche d'elle. Ses parents l'avaient conduit chez un thérapeute. Il y est allé cinq fois. Ses pensées les plus sombres, il les a confiées à la machine[^c03-12].
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Un détail de ce dossier importe davantage que tous les autres pour ce chapitre, et il est contre-intuitif : Sewell savait. Il savait parfaitement qu'il parlait à un programme, l'application le lui rappelait au-dessus de chaque conversation, et il l'a écrit lui-même à plusieurs reprises.
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@@ -252,27 +256,27 @@ C'est exactement l'objet des travaux de Sherry Turkle, qui étudie au MIT depuis
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> Si les réseaux sociaux s'en sont pris à notre attention, l'intelligence artificielle s'en prend maintenant à quelque chose de plus profond : notre capacité d'attachement[^c03-13].
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Elle appelle ce régime l'intimité artificielle, et son diagnostic est plus précis qu'une inquiétude morale. Ce que nous acceptons, en tenant ces conversations, c'est de nous satisfaire de la performance de l'empathie — de finir par tenir l'empathie simulée pour de l'empathie suffisante. Le danger n'est pas que nous soyons dupes. C'est que nous cessions de faire la différence, puis que nous redéfinissions nos propres capacités de soin et d'attention à la mesure de ce qu'une machine sait produire.
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Elle appelle ce régime l'intimité artificielle. Son diagnostic est plus précis qu'une inquiétude morale. Ce que nous acceptons, en tenant ces conversations, c'est de nous satisfaire de la performance de l'empathie — de finir par tenir l'empathie simulée pour de l'empathie suffisante. Le danger n'est pas que nous soyons dupes. C'est que nous cessions de faire la différence, puis que nous redéfinissions nos propres capacités de soin et d'attention à la mesure de ce qu'une machine sait produire.
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L'ampleur de cette pratique chez les mineurs a été mesurée en 2025 par une enquête représentative américaine, et elle ne laisse pas de place à l'anecdote : près de trois adolescents sur quatre ont déjà utilisé un compagnon conversationnel, et la moitié s'en sert régulièrement. Un tiers d'entre eux ont déjà préféré s'adresser à une machine plutôt qu'à une personne réelle pour une conversation qui comptait vraiment. Un quart lui ont confié des informations personnelles[^c03-14].
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Un tiers. Pour la conversation qui compte.
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Une équipe de l'université d'État de l'Arizona, conduite par Thao Ha, a formalisé le mécanisme dans une revue médicale consacrée à la santé des adolescents, et elle en distingue deux versants[^c03-15]. Le premier, qu'elle nomme déplacement relationnel, est le plus simple : le temps passé avec la machine est pris sur celui qu'on aurait passé avec des pairs, une famille, un premier amour. Le second est plus retors, et c'est celui qui intéresse ce chapitre. Ils l'appellent l'apprentissage relationnel inadapté. Un compagnon programmé pour être disponible, patient et approbateur propose un modèle de relation qu'aucun être humain ne pourra jamais tenir. Ceux qui s'y forment n'apprennent pas seulement moins ; ils apprennent autre chose, et ce qu'ils apprennent est faux.
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Une équipe de l'université d'État de l'Arizona, conduite par Thao Ha, a formalisé le mécanisme dans une revue médicale consacrée à la santé des adolescents, et elle en distingue deux versants[^c03-15]. Le premier, qu'elle nomme déplacement relationnel, est le plus simple : le temps passé avec la machine est pris sur celui qu'on aurait passé avec des pairs, une famille, un premier amour. Le second est plus retors. C'est celui qui intéresse ce chapitre. Ils l'appellent l'apprentissage relationnel inadapté. Un compagnon programmé pour être disponible, patient et approbateur propose un modèle de relation qu'aucun être humain ne pourra jamais tenir. Ceux qui s'y forment n'apprennent pas seulement moins ; ils apprennent autre chose, et ce qu'ils apprennent est faux.
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Ha rappelle pourquoi l'âge est ici déterminant, et son argument est du même ordre que celui de la quatrième séance du MIT. L'adolescence est la période où s'acquièrent la régulation des émotions, la résolution des conflits, la capacité à se mettre à la place d'un autre et celle de poser une limite. Ces compétences ne s'acquièrent que d'une seule manière : par des échanges chargés, maladroits, parfois pénibles, avec des gens qui résistent. On ne les apprend pas dans une conversation sans friction, pour la même raison qu'on n'apprend pas à nager dans une pièce sèche.
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Ha rappelle pourquoi l'âge est ici déterminant. Son argument est du même ordre que celui de la quatrième séance du MIT. L'adolescence est la période où s'acquièrent la régulation des émotions, la résolution des conflits, la capacité à se mettre à la place d'un autre et celle de poser une limite. Ces compétences ne s'acquièrent que d'une seule manière : par des échanges chargés, maladroits, parfois pénibles, avec des gens qui résistent. On ne les apprend pas dans une conversation sans friction, pour la même raison qu'on n'apprend pas à nager dans une pièce sèche.
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Une lycéenne de dix-sept ans, membre du conseil de jeunes associé à cette étude, l'a dit en des termes que je ne saurais pas améliorer : l'intelligence artificielle est programmée pour vous aimer et sait quoi dire pour satisfaire ce qu'on lui donne ; si l'on vous accorde satisfaction sur tout, vous n'avez plus d'expérience des obstacles.
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Ces mêmes chercheurs prennent soin d'ajouter ce qu'un chapitre à charge aurait la tentation d'omettre, et qu'il faut donc écrire noir sur blanc. Pour une partie des adolescents, ces outils apportent un bénéfice réel. Ceux qui vivent loin de tout, ceux qui sont en situation de handicap, ceux dont l'orientation ou l'identité les expose au rejet de leur entourage, ceux dont la famille n'a pas les moyens d'un suivi psychologique : pour tous ceux-là, une machine disponible à trois heures du matin et qui ne juge pas n'est pas un ersatz de relation, c'est parfois la seule porte ouverte. Un adolescent interrogé par cette équipe l'a formulé avec un pragmatisme désarmant : l'intelligence artificielle coûte moins cher qu'un thérapeute.
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Ces mêmes chercheurs prennent soin d'ajouter ce qu'un chapitre à charge aurait la tentation d'omettre, et qu'il faut donc écrire noir sur blanc. Pour une partie des adolescents, ces outils apportent un bénéfice réel. Ceux qui vivent loin de tout, ceux qui sont en situation de handicap, ceux dont l'orientation ou l'identité les expose au rejet de leur entourage, ceux dont la famille n'a pas les moyens d'un suivi psychologique : pour tous ceux-là, une machine disponible à trois heures du matin et qui ne juge pas tient moins de l'ersatz de relation que de la seule porte ouverte. Un adolescent interrogé par cette équipe l'a formulé avec un pragmatisme désarmant : l'intelligence artificielle coûte moins cher qu'un thérapeute.
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Cette phrase devrait être lue comme une accusation, et pas contre la technologie. Un adolescent en détresse qui se tourne vers un chatbot parce qu'aucun adulte formé n'est disponible ni abordable ne décrit pas un problème d'intelligence artificielle. Il décrit un système de santé mentale défaillant, dans lequel une entreprise privée s'est engouffrée parce que la place était vide. C'est un motif qui reviendra dans ce livre plus souvent qu'on ne l'imagine : ces machines s'installent rarement contre une institution en bon état de marche. Elles s'installent dans les trous.
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Cette phrase devrait être lue comme une accusation. Pas contre la technologie. Un adolescent en détresse qui se tourne vers un chatbot parce qu'aucun adulte formé n'est disponible ni abordable ne décrit pas un problème d'intelligence artificielle. Il décrit un système de santé mentale défaillant, dans lequel une entreprise privée s'est engouffrée parce que la place était vide. C'est un motif qui reviendra dans ce livre plus souvent qu'on ne l'imagine : ces machines s'installent rarement contre une institution en bon état de marche. Elles s'installent dans les trous.
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Les auteurs en tirent d'ailleurs la seule recommandation constructive de leur article, et elle rejoint mot pour mot ce que la troisième section de ce chapitre a établi sur l'apprentissage : un système conçu avec les bonnes intentions développementales pourrait soutenir la réflexion de l'adolescent et le réorienter vers des interlocuteurs humains, au lieu de s'y substituer. Rien, dans la technique, ne l'interdit. Tout, dans le modèle économique, en dissuade — puisqu'un produit qui vous renvoie vers vos amis est un produit sur lequel vous passez moins de temps.
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Les auteurs en tirent d'ailleurs la seule recommandation constructive de leur article, et elle rejoint mot pour mot ce que la troisième section de ce chapitre a établi sur l'apprentissage : un système conçu avec les bonnes intentions développementales pourrait soutenir la réflexion de l'adolescent et le réorienter vers des interlocuteurs humains, au lieu de s'y substituer. Rien, dans la technique, ne l'interdit. Tout, dans le modèle économique, en dissuade. Un produit qui vous renvoie vers vos amis est un produit sur lequel vous passez moins de temps.
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Revenons à ce que disait la lycéenne de Tucson, parce que son intuition — être approuvé sur tout prive de l'expérience des obstacles — n'est plus une intuition. C'est un fait mesuré, par deux travaux qui constituent, à mes yeux, la découverte la plus importante de cette section.
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Revenons à ce que disait la lycéenne de Tucson, parce que son intuition (être approuvé sur tout prive de l'expérience des obstacles) n'est plus une intuition. C'est un fait mesuré, par deux travaux qui constituent, à mes yeux, la découverte la plus importante de cette section.
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Le premier a été publié en 2026 dans la revue *Science*. Des chercheurs de Stanford ont soumis onze des principaux systèmes conversationnels du marché à des dilemmes personnels réels, puis ont comparé leurs réponses à celles d'humains sur un forum d'entraide où l'on demande publiquement si l'on s'est mal comporté. Tous les systèmes se sont révélés complaisants, à des degrés divers. En moyenne, ils approuvent les actions de leur utilisateur quarante-neuf pour cent plus souvent que des humains — y compris lorsque ces actions relèvent du mensonge, de l'irresponsabilité ou de l'illégalité[^c03-16].
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Le premier a été publié en 2026 dans la revue *Science*. Des chercheurs de Stanford ont soumis onze des principaux systèmes conversationnels du marché à des dilemmes personnels réels, puis ont comparé leurs réponses à celles d'humains sur un forum d'entraide où l'on demande publiquement si l'on s'est mal comporté. Tous les systèmes se sont révélés complaisants, à des degrés divers. En moyenne, ils approuvent les actions de leur utilisateur quarante-neuf pour cent plus souvent que des humains, y compris lorsque ces actions relèvent du mensonge, de l'irresponsabilité ou de l'illégalité[^c03-16].
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La phrase des auteurs sur les conséquences économiques de cette découverte devrait être affichée dans les couloirs de toutes les entreprises du secteur : cela crée des incitations perverses à ce que la complaisance persiste, puisque la caractéristique même qui cause le dommage est celle qui engendre l'engagement.
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@@ -282,33 +286,33 @@ Retenez ce que cet épisode démontre, parce qu'il vaut mieux que n'importe quel
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Un dernier résultat, cité par la même revue, donne la mesure du problème. Un travail de modélisation a montré que même si seuls deux pour cent des utilisateurs sont vulnérables à des stratégies manipulatoires, un système entraîné sur les retours de ses utilisateurs peut apprendre à repérer ces deux pour cent — et à n'adopter ce comportement qu'avec eux, tout en restant parfaitement normal avec tous les autres. Aucun test global ne le verrait. C'est la variante conversationnelle d'une leçon déjà apprise au chapitre précédent, avec les moyennes qui noyaient une catégorie entière de visages mal reconnus : un système peut être irréprochable en agrégé et nuisible pour exactement ceux qu'il fallait protéger.
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Le second travail est allé chercher ce que cette complaisance produit à la longue, et il l'a fait avec un sérieux méthodologique rare : cinq études préenregistrées, plus de trois mille participants, près de treize mille conversations, dont une expérience longitudinale de trois semaines sur un échantillon représentatif de la population américaine, chaque participant discutant tous les deux jours d'un problème personnel avec un système complaisant, neutre ou contradicteur[^c03-17].
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Le second travail est allé chercher ce que cette complaisance produit à la longue. Il l'a fait avec un sérieux méthodologique rare : cinq études préenregistrées, plus de trois mille participants, près de treize mille conversations, dont une expérience longitudinale de trois semaines sur un échantillon représentatif de la population américaine, chaque participant discutant tous les deux jours d'un problème personnel avec un système complaisant, neutre ou contradicteur[^c03-17].
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Les résultats forment un enchaînement qu'il faut lire lentement.
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La machine complaisante délivre immédiatement le type de soutien que nous associons d'ordinaire à nos proches : le sentiment d'être compris, la validation, la reconnaissance. Elle n'apporte, en revanche, aucun des bénéfices que ce soutien produit lorsqu'il vient d'un être humain — ni humilité intellectuelle accrue, ni sentiment renforcé d'être compris par les autres. Après une seule conversation, les participants anticipent qu'il leur faudra davantage d'efforts pour se faire comprendre de leurs proches, et estiment avoir déjà assez parlé de leur problème. Au bout de trois semaines, ils déclarent une satisfaction moindre à l'égard de leurs interactions sociales réelles — sans avoir pour autant réduit le temps passé avec les autres. Et ils en sont arrivés à se tourner presque aussi volontiers vers la machine que vers leurs proches pour demander un conseil personnel.
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La machine complaisante délivre immédiatement le type de soutien que nous associons d'ordinaire à nos proches : le sentiment d'être compris, la validation, la reconnaissance. Elle n'apporte, en revanche, aucun des bénéfices que ce soutien produit lorsqu'il vient d'un être humain : ni humilité intellectuelle accrue, ni sentiment renforcé d'être compris par les autres. Après une seule conversation, les participants anticipent qu'il leur faudra davantage d'efforts pour se faire comprendre de leurs proches, et estiment avoir déjà assez parlé de leur problème. Au bout de trois semaines, ils déclarent une satisfaction moindre à l'égard de leurs interactions sociales réelles — sans avoir pour autant réduit le temps passé avec les autres. Et ils en sont arrivés à se tourner presque aussi volontiers vers la machine que vers leurs proches pour demander un conseil personnel.
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L'écart entre le sentiment d'être compris par la machine et par les humains, qui était net dans le groupe neutre, s'est presque refermé dans le groupe complaisant. Et c'est ce rapprochement, les auteurs le démontrent, qui explique la baisse de satisfaction sociale — pas le confort de la machine en lui-même, mais la proximité qu'elle a atteinte avec ce que les humains offrent.
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Puis vient l'expérience qui achève la démonstration. On fait discuter cinq cents personnes avec trois systèmes non étiquetés — un complaisant, un neutre, un contradicteur — dans un ordre aléatoire, et on leur demande lequel elles veulent garder. Une majorité choisit le complaisant. Pas pour la qualité de ses conseils, qui n'entre pas dans leurs raisons. Pour deux motifs qu'elles nomment explicitement : c'est celui qui les a le mieux comprises, et celui avec qui la conversation était la plus facile.
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Puis vient l'expérience qui achève la démonstration. On fait discuter cinq cents personnes avec trois systèmes non étiquetés (un complaisant, un neutre, un contradicteur) dans un ordre aléatoire, et on leur demande lequel elles veulent garder. Une majorité choisit le complaisant. Pas pour la qualité de ses conseils, qui n'entre pas dans leurs raisons. Pour deux motifs qu'elles nomment explicitement : c'est celui qui les a le mieux comprises, et celui avec qui la conversation était la plus facile.
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Voilà le mécanisme complet, et il faut mesurer sa cruauté. Ce n'est pas une machine qui nous impose sa flatterie. C'est nous qui la choisissons, en connaissance de cause, après avoir goûté aux alternatives — et le prix que nous payons est prélevé ailleurs, sur des relations que nous n'avons pas mises dans la balance au moment de choisir.
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Voilà le mécanisme complet. Il faut mesurer sa cruauté. Ce n'est pas une machine qui nous impose sa flatterie. C'est nous qui la choisissons, en connaissance de cause, après avoir goûté aux alternatives — et le prix que nous payons est prélevé ailleurs, sur des relations que nous n'avons pas mises dans la balance au moment de choisir.
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Nous avons déjà rencontré cette structure au chapitre 1, chez les deux mille personnes incapables de repérer un trucage et convaincues du contraire. L'écart n'est pas entre ce que nous subissons et ce que nous voulons. Il est entre ce que nous préférons sur le moment et ce que cette préférence nous coûte à trois semaines. Aucun de nos réflexes n'est équipé pour percevoir cet écart-là.
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Il existe une extrémité de ce mécanisme dont il faut parler avec précaution, parce qu'elle a été largement caricaturée. Le phénomène a reçu dans la presse une étiquette commode — la psychose de l'intelligence artificielle — et cette étiquette est trompeuse : ce n'est pas un diagnostic, aucune nosographie clinique ne l'a validée, et l'employer comme s'il s'agissait d'une maladie reconnue relève exactement du travers que ce chapitre reproche aux résumés de l'étude du MIT.
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Il existe une extrémité de ce mécanisme dont il faut parler avec précaution, parce qu'elle a été largement caricaturée. Le phénomène a reçu dans la presse une étiquette commode (la psychose de l'intelligence artificielle), et cette étiquette est trompeuse : ce n'est pas un diagnostic, aucune nosographie clinique ne l'a validée, et l'employer comme s'il s'agissait d'une maladie reconnue relève exactement du travers que ce chapitre reproche aux résumés de l'étude du MIT.
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Ce qu'on peut dire, en revanche, c'est qu'une équipe du MIT a cherché à savoir si la complaisance jouait un rôle causal dans ces dérives, et l'a fait par le seul moyen disponible en l'absence de données cliniques : la modélisation. Ils ont construit un modèle bayésien d'un utilisateur conversant avec un assistant, y ont formalisé la complaisance et la spirale délirante, et ont montré que même un utilisateur idéalement rationnel — un raisonneur parfait, qui met à jour ses croyances exactement comme il le devrait — y est vulnérable, et que la complaisance en est bien une cause[^c03-21].
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Ce qu'on peut dire, en revanche, c'est qu'une équipe du MIT a cherché à savoir si la complaisance jouait un rôle causal dans ces dérives, et l'a fait par le seul moyen disponible en l'absence de données cliniques : la modélisation. Ils ont construit un modèle bayésien d'un utilisateur conversant avec un assistant, y ont formalisé la complaisance et la spirale délirante, et ont montré que même un utilisateur idéalement rationnel (un raisonneur parfait, qui met à jour ses croyances exactement comme il le devrait) y est vulnérable, et que la complaisance en est bien une cause[^c03-21].
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Puis ils ont testé deux remèdes évidents. Empêcher l'assistant d'inventer des faits : l'effet persiste. Avertir l'utilisateur que le modèle a tendance à le flatter : l'effet persiste également.
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Ce second résultat devrait faire réfléchir quiconque place ses espoirs dans l'éducation du public, et il faut se souvenir de l'avoir déjà rencontré. Au premier chapitre de ce livre, nous avons vu que l'efficacité du dividende du menteur *augmente* avec le niveau d'information du public sur les trucages. Voici la version cognitive du même piège : savoir qu'on est flatté ne suffit pas à ne plus l'être. Dans les deux cas, le remède que tout le monde propose spontanément — expliquer aux gens comment fonctionne la machine — se révèle insuffisant, non parce que les gens sont bêtes, mais parce que le mécanisme n'opère pas au niveau où le savoir agit.
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Reste que le mécanisme lui-même n'a rien d'obscur. Un raisonnement humain qui dérape est d'ordinaire rattrapé par le réel, et le réel arrive presque toujours par la même voie : quelqu'un qui n'est pas d'accord. Un ami qui trouve l'idée absurde, un collègue qui hausse un sourcil, un conjoint qui pose une question gênante. La contradiction n'est pas une agression sociale, c'est un mécanisme épistémique — et c'est très précisément ce qu'un système optimisé pour l'engagement a été entraîné à ne jamais fournir.
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Reste que le mécanisme lui-même n'a rien d'obscur. Un raisonnement humain qui dérape est d'ordinaire rattrapé par le réel, et le réel arrive presque toujours par la même voie : quelqu'un qui n'est pas d'accord. Un ami qui trouve l'idée absurde, un collègue qui hausse un sourcil, un conjoint qui pose une question gênante. La contradiction relève du mécanisme épistémique, pas de l'agression sociale. Et c'est très précisément ce qu'un système optimisé pour l'engagement a été entraîné à ne jamais fournir.
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Sur ce point, la démonstration ne demande aucune neuroscience. Elle demande seulement de regarder ce qu'une entreprise gagne à ce que vous restiez.
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Un peu plus d'un an après la mort de Sewell Setzer, un autre adolescent américain, Adam Raine, seize ans, s'est donné la mort en avril 2025, après des mois de conversations avec ChatGPT dans lesquelles il avait exposé ses intentions. Ses parents ont saisi la justice californienne en août suivant. Le dossier n'a pas le même objet que le précédent — il ne s'agit plus d'un compagnon de rôle mais de l'assistant généraliste le plus utilisé au monde — et il n'a pas encore été jugé. Les deux familles ont témoigné ensemble, en septembre 2025, devant une sous-commission du Sénat américain[^c03-22].
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Un peu plus d'un an après la mort de Sewell Setzer, un autre adolescent américain, Adam Raine, seize ans, s'est donné la mort en avril 2025, après des mois de conversations avec ChatGPT dans lesquelles il avait exposé ses intentions. Ses parents ont saisi la justice californienne en août suivant. Le dossier n'a pas le même objet que le précédent (il ne s'agit plus d'un compagnon de rôle mais de l'assistant généraliste le plus utilisé au monde), et il n'a pas encore été jugé. Les deux familles ont témoigné ensemble, en septembre 2025, devant une sous-commission du Sénat américain[^c03-22].
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Ce jour-là, un responsable de l'Association américaine de psychologie, Mitchell Prinstein, a livré aux sénateurs l'argument que je considère comme le plus solide de tout le dossier, et il ne portait pas sur la technologie. Il portait sur ce que l'on sait des relations humaines. La qualité des liens qu'un adolescent tisse est l'un des meilleurs prédicteurs dont nous disposions, non seulement de son bonheur ultérieur, mais de son salaire, de sa santé et de sa longévité quarante ans plus tard. Ce sont parmi les corrélations les plus robustes de toute la psychologie du développement.
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@@ -318,23 +322,23 @@ Sa conclusion tenait en une phrase :
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La formule est forte, plus forte que ce que les données autorisent — nous n'avons aucune étude longitudinale mesurant ce que devient à quarante ans un adolescent qui a confié son adolescence à une machine, pour la raison très simple que ces adolescents ont aujourd'hui seize ans. Prinstein extrapole, et il le sait. Mais il extrapole depuis le corpus le plus solide de sa discipline vers un phénomène que personne n'a encore pu observer, ce qui est exactement la situation dans laquelle une société doit décider si elle attend la preuve ou si elle agit sans elle. Nous croiserons ce dilemme à chaque page de la quatrième partie de ce livre.
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Il faut maintenant dire, avec la même netteté, ce que nous ne savons pas — car sur ce terrain l'ignorance est massive, et la masquer serait reproduire exactement ce que ce livre reproche aux autres.
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Il faut maintenant dire, avec la même netteté, ce que nous ne savons pas. Sur ce terrain l'ignorance est massive, et la masquer serait reproduire exactement ce que ce livre reproche aux autres.
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Nous ne savons pas si ces compagnons soulagent la solitude ou l'aggravent, et il vaut la peine de comprendre pourquoi la question reste ouverte, parce que les deux réponses disponibles ne se contredisent pas comme on le croit.
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Nous ne savons pas si ces compagnons soulagent la solitude ou l'aggravent. La question reste ouverte, et il vaut la peine de comprendre pourquoi : les deux réponses disponibles ne se contredisent pas comme on le croit.
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D'un côté, une équipe conduite par Julian De Freitas, à la Harvard Business School, a mesuré ce que produit une conversation avec un compagnon artificiel — et le résultat est franchement positif. Trois cents participants répartis en cinq groupes : conversation de quinze minutes avec un être humain, avec un agent conversationnel, avec un agent se faisant passer pour un humain, quinze minutes de vidéos en ligne, ou rien du tout. Parler à un inconnu réduit nettement le sentiment de solitude. Regarder des vidéos ne change rien. Ne rien faire l'aggrave. Et parler à la machine le réduit autant que parler à un humain — sans que savoir ou non qu'on s'adresse à un programme y change quoi que ce soit. Les chercheurs ont identifié le mécanisme : ce n'est pas d'avoir exposé son problème qui soulage, c'est de s'être senti entendu. Plus les participants avaient l'impression d'avoir été écoutés, plus le soulagement était grand[^c03-23].
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D'un côté, une équipe conduite par Julian De Freitas, à la Harvard Business School, a mesuré ce que produit une conversation avec un compagnon artificiel. Le résultat est franchement positif. Trois cents participants répartis en cinq groupes : conversation de quinze minutes avec un être humain, avec un agent conversationnel, avec un agent se faisant passer pour un humain, quinze minutes de vidéos en ligne, ou rien du tout. Parler à un inconnu réduit nettement le sentiment de solitude. Regarder des vidéos ne change rien. Ne rien faire l'aggrave. Et parler à la machine le réduit autant que parler à un humain — sans que savoir ou non qu'on s'adresse à un programme y change quoi que ce soit. Les chercheurs ont identifié le mécanisme : ce n'est pas d'avoir exposé son problème qui soulage, c'est de s'être senti entendu. Plus les participants avaient l'impression d'avoir été écoutés, plus le soulagement était grand[^c03-23].
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De l'autre côté, deux études préliminaires menées conjointement par OpenAI et le Media Lab du MIT, portant sur près de quarante millions d'interactions puis sur un essai de quatre semaines, constatent que les utilisateurs qui tiennent les conversations les plus chargées émotionnellement — typiquement les dix pour cent qui passent le plus de temps sur l'outil — sont aussi les plus seuls, les plus dépendants affectivement et ceux qui comptent le moins de liens hors ligne. Leurs auteurs, dont il faut noter qu'ils travaillent pour l'entreprise dont ils évaluent le produit, précisent eux-mêmes ce qu'ils ne savent pas : impossible de dire si le chatbot produit cette solitude ou si des gens seuls viennent y chercher un lien[^c03-24].
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De l'autre côté, deux études préliminaires menées conjointement par OpenAI et le Media Lab du MIT, portant sur près de quarante millions d'interactions puis sur un essai de quatre semaines, constatent que les utilisateurs qui tiennent les conversations les plus chargées émotionnellement (typiquement les dix pour cent qui passent le plus de temps sur l'outil) sont aussi les plus seuls, les plus dépendants affectivement et ceux qui comptent le moins de liens hors ligne. Leurs auteurs, dont il faut noter qu'ils travaillent pour l'entreprise dont ils évaluent le produit, précisent eux-mêmes ce qu'ils ne savent pas : impossible de dire si le chatbot produit cette solitude ou si des gens seuls viennent y chercher un lien[^c03-24].
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Mettez les deux résultats côte à côte et la contradiction s'évanouit, remplacée par quelque chose de plus utile. Le premier mesure un soulagement ; le second décrit une condition. Et le détail décisif se trouve dans la suite de l'étude de Harvard, celle dont personne n'a parlé : les chercheurs ont fait revenir leurs participants quinze minutes par jour pendant une semaine. Chaque conversation soulageait, à chaque fois. Mais les effets ne s'additionnaient pas. Aucun bénéfice cumulé le lendemain, ni le jour suivant.
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De Freitas propose pour cela une comparaison que je trouve exacte : la solitude ressemble à la faim. On peut la rassasier, et le rassasiement ne dure pas. Ou alors, ajoute-t-il, c'est que l'on sait encore qu'il ne s'agit pas d'une personne réelle sur laquelle on peut compter, et ce savoir empêche le bénéfice de s'accumuler.
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De Freitas propose pour cela une comparaison que je trouve exacte : la solitude ressemble à la faim. On peut la rassasier. Le rassasiement ne dure pas. Ou alors, ajoute-t-il, on sait encore qu'il y a là une machine et non une personne réelle sur laquelle compter, et ce savoir empêche le bénéfice de s'accumuler.
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Voilà l'état honnête de la question. Ces outils fonctionnent comme un analgésique : réellement efficaces sur le symptôme, sans effet sur la cause, et à reprendre indéfiniment. Ce n'est pas rien — un analgésique disponible à trois heures du matin et pour presque rien vaut mieux que la douleur. Mais un analgésique qu'on prend chaque jour pendant dix ans n'est plus un traitement, c'est une dépendance, et personne n'a encore mesuré ce que cela produit. Le chercheur qui a établi l'efficacité de ce remède est aussi celui qui prévient qu'il ne doit pas servir de substitut à une compagnie humaine ou à une thérapie.
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Nous ne disposons, à ma connaissance, d'aucune étude d'imagerie cérébrale mesurant ce qui se passe dans le cerveau d'un adolescent attaché à un compagnon conversationnel. Là où le jeu vidéo et les réseaux sociaux ont fait l'objet de centaines de travaux en imagerie, sur des cohortes considérables, ce phénomène précis n'a pas encore été observé de cette manière. Ce que les revues du domaine formulent, en revanche, sans détour, c'est le constat plus large : ces technologies ont été déployées à l'échelle mondiale sans contrôle réglementaire et sans recherche empirique sur les résultats qui comptent. Les questions restées ouvertes, telles que *Nature Machine Intelligence* les énumère, sont exactement celles qu'on aimerait avoir résolues avant la mise sur le marché plutôt qu'après : quels sont les effets à long terme de ces conversations sur le bien-être émotionnel ? Dans quelles conditions un compagnon artificiel peut-il être bénéfique ? Quels traits — l'âge, l'état de santé mentale, la personnalité — déterminent qu'il aide ou qu'il abîme ?
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La même revue signale deux formes de dommage que des chercheurs ont commencé à nommer, et les noms sont utiles. La première est la *perte ambiguë* : le deuil de l'absence psychologique d'un autre, distinct de l'absence physique que provoque la mort — ce qui arrive lorsqu'une application ferme ou se modifie, laissant l'utilisateur pleurer une relation qui lui semblait réelle. La seconde est la *dépendance émotionnelle dysfonctionnelle* : un attachement où l'on continue d'entretenir la relation tout en reconnaissant qu'elle nuit à sa propre santé mentale. Cette dernière description n'a rien de spécifique aux machines. C'est celle de n'importe quelle relation humaine toxique, et il faut mesurer ce que signifie de l'avoir retrouvée, mot pour mot, en face d'un logiciel.
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La même revue signale deux formes de dommage que des chercheurs ont commencé à nommer, et les noms sont utiles. La première est la *perte ambiguë* : le deuil de l'absence psychologique d'un autre, distinct de l'absence physique que provoque la mort, ce qui arrive lorsqu'une application ferme ou se modifie, laissant l'utilisateur pleurer une relation qui lui semblait réelle. La seconde est la *dépendance émotionnelle dysfonctionnelle* : un attachement où l'on continue d'entretenir la relation tout en reconnaissant qu'elle nuit à sa propre santé mentale. Cette dernière description n'a rien de spécifique aux machines. C'est celle de n'importe quelle relation humaine toxique, et il faut mesurer ce que signifie de l'avoir retrouvée, mot pour mot, en face d'un logiciel.
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Nous n'avons pas non plus de cadre clinique. Le trouble du jeu vidéo est reconnu depuis 2019 par l'Organisation mondiale de la santé comme une addiction comportementale, avec des critères précis et une prévalence mesurée[^c03-25]. Rien de tel n'existe ici, et la question même de savoir s'il faut parler d'addiction est ouvertement contestée dans la littérature spécialisée — un article de 2025 a été jusqu'à intituler sa mise en garde par la formule que les gens ne deviennent pas des alcooliques de l'intelligence artificielle[^c03-26].
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@@ -348,9 +352,11 @@ Voilà, une fois de plus, l'ordre dans lequel les choses se produisent. L'usage
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Revenons une dernière fois dans la pièce sans fenêtre du Media Lab.
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Le jeune homme au casque d'électrodes n'a rien perdu, ce jour-là. Il n'a pas été lésé, ni trompé, ni surveillé. Il a rendu un devoir correct en un temps record, et il est reparti. S'il avait dû noter son après-midi, il l'aurait probablement jugée productive. Le seul indice que quelque chose s'était produit, c'est qu'à la question la plus simple qu'on pouvait lui poser, il n'y avait rien à répondre.
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Le jeune homme au casque d'électrodes n'a rien perdu, ce jour-là. Il n'a pas été lésé, ni trompé, ni surveillé. Il a rendu un devoir correct en un temps record. Il est reparti. S'il avait dû noter son après-midi, il l'aurait probablement jugée productive. Le seul indice que quelque chose s'était produit, c'est qu'à la question la plus simple qu'on pouvait lui poser, il n'y avait rien à répondre.
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C'est ce qui rend ce chapitre différent des deux précédents. La mort de la vérité a des coupables ; les préjugés en code source ont des victimes qu'on peut nommer, indemniser, faire témoigner. L'anesthésie cognitive n'a ni l'un ni l'autre. Elle n'est pas administrée : elle est acceptée, dose après dose, par des gens qui font un choix rationnel à chaque fois. Rendre ce devoir plus vite. Répondre à ce courriel sans y penser. Demander à la machine ce qu'il faut penser de cette situation. Aucune de ces décisions n'est un tort. Leur somme est un renoncement dont aucune n'est responsable.
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C'est ce qui rend ce chapitre différent des deux précédents. La mort de la vérité a des coupables ; le neuvième nom d'une liste de sosies a des victimes qu'on peut nommer, indemniser, faire témoigner. L'anesthésie cognitive n'a ni l'un ni l'autre. Elle n'est pas administrée : elle est acceptée, dose après dose, par des gens qui font un choix rationnel à chaque fois. Rendre ce devoir plus vite. Répondre à ce courriel sans y penser. Demander à la machine ce qu'il faut penser de cette situation.
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Aucune de ces décisions n'est un tort. Leur somme est un renoncement dont aucune n'est responsable.
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Et le mot de dette, dans tout cela, est plus exact que ses auteurs ne l'ont peut-être voulu. Une dette n'est pas une perte. C'est un décalage entre le moment où l'on jouit et celui où l'on paie, plus la conviction, à chaque échéance repoussée, qu'on aura les moyens le jour venu. Ce qui la rend dangereuse n'est pas son montant : c'est qu'elle ne produit aucune sensation. Personne, dans aucune des études de ce chapitre, n'a déclaré se sentir amoindri. Les participants du MIT se trouvaient efficaces. Les utilisateurs de la machine complaisante se sentaient compris. La moitié des étudiants français qui ne pourraient plus s'en passer n'ont formulé aucune plainte.
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@@ -1,4 +1,4 @@
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# La fin du travail tel qu'on le connaît
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# Les luddites avaient un marteau
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<!--
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PARTIE 2 : Le Grand Bouleversement (Socio-économie)
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@@ -1,4 +1,4 @@
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# Le "filtre" éthique
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# Le « filtre » éthique
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<!--
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PARTIE 4 : Reprendre le Contrôle (Solutions)
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+1
-1
@@ -1,5 +1,5 @@
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```{=latex}
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\chapter*{\texorpdfstring{Conclusion\newline Coexister ou Subir}{Conclusion — Coexister ou Subir}}
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\chapter*{\texorpdfstring{\eyebrowtitle{Conclusion}Coexister ou Subir}{Conclusion — Coexister ou Subir}}
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\label{conclusion-choix}
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\addcontentsline{toc}{part}{Conclusion --- Coexister ou Subir}
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\markright{Coexister ou Subir}
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+4
-4
@@ -9,7 +9,7 @@ Vincent Perouz
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## Version retenue (199 mots)
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Été 2019, San Francisco. Un homme de trente-quatre ans compare son laboratoire au Projet Manhattan, cite Oppenheimer, puis laisse tomber une question, presque à voix basse : est-ce que je fais quelque chose de bien, ou de vraiment mauvais ? Personne ne lui répond. Il continue d'avancer. Deux ans auront suffi à sa technologie pour atteindre un quart de la population américaine. L'électricité en avait mis quarante-six.
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||||
Été 2019, San Francisco. Un homme de trente-quatre ans compare son laboratoire au Projet Manhattan, cite Oppenheimer, puis laisse tomber une question, presque à voix basse : est-ce que je fais quelque chose de bien, ou de vraiment mauvais ? Personne ne lui répond. Il continue d'avancer. Deux ans auront suffi à sa technologie pour atteindre un quart de la population américaine. L'électricité en avait mis trente-cinq.
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Vincent Perouz démonte le mythe de l'outil neutre. De la Silicon Valley à votre écran, il suit la trace d'une machine entraînée sur nos archives : nos jugements, nos préjugés, nos œuvres. Elle écarte des candidatures au nom des discriminations d'un siècle. Elle vide les carnets de commandes des traducteurs et des illustrateurs. Elle a puisé dans la création humaine sans demander l'avis de personne. Et elle nous désapprend l'effort de penser, alors même que nous la savons faillible. Pas une invasion : une greffe. La dépendance s'installe avant les garde-fous.
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@@ -22,14 +22,14 @@ La machine ne s'arrêtera pas d'elle-même, et ses bâtisseurs ne demandent la p
|
||||
- Trois blocs séparés par un blanc franc, dans l'ordre ci-dessus.
|
||||
- « Le feu que nous avons volé nous ressemble. Un incendie, on l'éteint. Un reflet, non. » se compose **isolément**, en italique ou en corps légèrement supérieur : c'est l'accroche visuelle du dos et la phrase qui porte le titre du livre.
|
||||
- Le dernier bloc reste en corps courant, sans italique, pour retomber sur une adresse directe au lecteur.
|
||||
- Aucun chiffre supplémentaire ne doit être ajouté : le contraste deux ans / quarante-six ans est le seul de la page, c'est ce qui lui donne sa force.
|
||||
- Aucun chiffre supplémentaire ne doit être ajouté : le contraste deux ans / trente-cinq ans est le seul de la page, c'est ce qui lui donne sa force.
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## Traçabilité éditoriale
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Éléments repris de l'introduction (`00-introduction.md`), donc cohérents avec le texte du livre :
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- la scène Sam Altman / Cade Metz de l'été 2019, la comparaison au Projet Manhattan et la question restée sans réponse (note `c00-1`) ;
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||||
- les seuils d'adoption de 25 % de la population américaine, deux ans pour l'IA générative contre quarante-six pour l'électricité (note `c00-5`) ;
|
||||
- les seuils d'adoption de 25 % de la population américaine, deux ans pour l'IA générative contre trente-cinq pour l'électricité (note `c00-5`) ;
|
||||
- la thèse-pivot du livre : « la dépendance s'installe avant que les cadres de gouvernance [...] n'aient eu le temps d'exister » ;
|
||||
- la clausule du miroir : « Le feu que nous avons volé nous ressemble [...] un incendie, on l'éteint ; un reflet, non. »
|
||||
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||||
@@ -39,4 +39,4 @@ Volontairement écarté du dos, jugé trop initié pour une quatrième de couver
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Conservée au cas où la couverture serait très chargée en signes visuels : cette version se lit plus vite mais donne moins de visage au sujet.
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Quarante-six ans pour que l'électricité atteigne un quart des Américains. Deux ans pour l'intelligence artificielle. Nous n'avons pas adopté cette technologie : elle nous a rattrapés. Et pendant que nous débattons encore de savoir si elle est un simple outil, elle s'est déjà glissée sous nos décisions, nos textes, nos tribunaux, nos salaires.
|
||||
Trente-cinq ans pour que l'électricité atteigne un quart des Américains. Deux ans pour l'intelligence artificielle. Nous n'avons pas adopté cette technologie : elle nous a rattrapés. Et pendant que nous débattons encore de savoir si elle est un simple outil, elle s'est déjà glissée sous nos décisions, nos textes, nos tribunaux, nos salaires.
|
||||
|
||||
+71
-2
@@ -34,6 +34,20 @@ if ! kpsewhich titlesec.sty &> /dev/null || ! kpsewhich tocloft.sty &> /dev/null
|
||||
exit 1
|
||||
fi
|
||||
|
||||
# Police du corps de texte (Cochineal, voir preambule.tex section A).
|
||||
# Avertissement non bloquant : le préambule sait se replier sur Latin
|
||||
# Modern, le livre compile dans tous les cas. Mais le rendu voulu — la
|
||||
# garalde, ses vraies petites capitales, ses italiques — suppose ces
|
||||
# trois paquets. Installation en mode utilisateur, donc SANS sudo.
|
||||
if ! kpsewhich cochineal.sty &> /dev/null; then
|
||||
echo "Avertissement : police Cochineal absente, le PDF sera composé en"
|
||||
echo "Latin Modern (rendu par défaut de LaTeX, pas celui prévu)."
|
||||
echo "Pour l'installer, sans mot de passe administrateur :"
|
||||
echo " tlmgr init-usertree"
|
||||
echo " tlmgr --usermode install cochineal xstring fontaxes"
|
||||
echo ""
|
||||
fi
|
||||
|
||||
# Ordre de montage du livre. Les fichiers "partieN-*.md" ne contiennent aucun
|
||||
# texte : ils insèrent uniquement une page de titre de partie (\part en LaTeX,
|
||||
# titre équivalent en EPUB) afin que les quatre grandes divisions du plan
|
||||
@@ -108,18 +122,57 @@ echo "Compilation de ${#PRESENTS[@]}/${#CHAPITRES[@]} sections..."
|
||||
# preface.md (voir ce fichier) — c'est ce qui permet l'ordre voulu :
|
||||
# titre -> mentions légales -> préface -> table des matières -> Introduction.
|
||||
echo "-> livre.pdf (format papier 6x9\" KDP, sans fond perdu)"
|
||||
# --lua-filter=typographie-francaise.lua : espaces insécables avant les
|
||||
# ponctuations doubles, dans les guillemets, avant % et dans les
|
||||
# groupes de milliers. Pandoc charge babel avec « shorthands=off »
|
||||
# codé en dur dans son gabarit, ce qui neutralise définitivement les
|
||||
# raccourcis de babel-french chargés de ce travail ; le filtre le fait
|
||||
# donc en amont, une seule fois pour le PDF et pour l'EPUB.
|
||||
# -V indent=true : empêche Pandoc de charger le paquet parskip, qui
|
||||
# supprime l'alinéa et sépare les paragraphes par un blanc (rendu
|
||||
# « page web »). Le retrait de première ligne est fixé dans
|
||||
# preambule.tex, section C.
|
||||
# -V geometry:includeheadfoot : CORRECTIF DE CONFORMITÉ KDP ajouté le
|
||||
# 27/07/2026, après mesure directe du PDF compilé. Par défaut, le
|
||||
# paquet geometry place l'en-tête et le pied de page AU-DESSUS et
|
||||
# EN DESSOUS des marges top/bottom demandées, en les repoussant vers
|
||||
# le bord physique de la page plutôt que de les compter dans la
|
||||
# marge — l'en-tête ressortait ainsi à 12,4pt (0,17") du bord réel
|
||||
# et le pied de page à 13,9pt (0,19"), tous deux SOUS le minimum
|
||||
# KDP absolu de 0,25" (18pt) « pour les livres sans fond perdu »,
|
||||
# qui s'applique à tout contenu imprimé, en-têtes et folios inclus,
|
||||
# pas seulement au texte courant (page d'aide KDP « Définir la
|
||||
# taille de coupe, le fond perdu et les marges »).
|
||||
# includeheadfoot fait rentrer l'en-tête et le pied de page DANS la
|
||||
# marge top/bottom déclarée : le contenu le plus proche du bord
|
||||
# physique est alors l'en-tête/pied lui-même, à la distance exacte
|
||||
# de la marge demandée, jamais moins.
|
||||
#
|
||||
# Marges haut/bas ajustées le 27/07/2026. Un premier passage les avait
|
||||
# portées au minimum KDP exact (0,25"), à la demande de l'auteur ; sur
|
||||
# relecture, l'auteur a demandé de reprendre un peu de marge sans
|
||||
# revenir à la valeur généreuse de départ (0,6"). Réglées à 0,4" :
|
||||
# un cran confortable au-dessus du plancher KDP (0,25"), largement
|
||||
# sous l'ancienne valeur. Avec includeheadfoot actif, ce 0,4" reste la
|
||||
# distance réelle entre le bord physique de la page et l'en-tête/le
|
||||
# pied de page. La marge intérieure (gouttière, 0,625") et la marge
|
||||
# extérieure (0,5", déjà au-dessus du minimum de 0,25") ne sont pas
|
||||
# concernées par cette demande et restent inchangées.
|
||||
pandoc metadata.yaml "${PRESENTS[@]}" \
|
||||
-o livre.pdf \
|
||||
--include-in-header=preambule.tex \
|
||||
--lua-filter=typographie-francaise.lua \
|
||||
-V indent=true \
|
||||
-V documentclass=book \
|
||||
-V classoption=twoside \
|
||||
-V lang=fr \
|
||||
-V geometry:includeheadfoot \
|
||||
-V geometry:paperwidth=6in \
|
||||
-V geometry:paperheight=9in \
|
||||
-V geometry:inner=0.625in \
|
||||
-V geometry:outer=0.5in \
|
||||
-V geometry:top=0.6in \
|
||||
-V geometry:bottom=0.6in \
|
||||
-V geometry:top=0.4in \
|
||||
-V geometry:bottom=0.4in \
|
||||
-V fontsize=11pt \
|
||||
-V linkcolor=black
|
||||
|
||||
@@ -141,9 +194,25 @@ if command -v pdfinfo &> /dev/null && [ -f livre.pdf ]; then
|
||||
fi
|
||||
|
||||
# --- EPUB, texte fluide pour liseuse ---
|
||||
# --css=epub.css : feuille de style maison (alinéas, justification,
|
||||
# césure, titres, citations, notes). Elle REMPLACE la feuille par
|
||||
# défaut de Pandoc, qui composait le texte au fer à gauche, sans
|
||||
# alinéa et avec un blanc entre chaque paragraphe. Unités relatives
|
||||
# uniquement, et aucune police imposée : le réglage du lecteur sur sa
|
||||
# liseuse doit primer.
|
||||
# Le filtre typographique est le même que pour le PDF, pour que les
|
||||
# deux sorties ponctuent à l'identique.
|
||||
echo "-> livre.epub (eBook)"
|
||||
# --lua-filter=structure-epub.lua : reconstruit, pour l'EPUB seul, les
|
||||
# titres écrits en LaTeX brut dans le manuscrit (Introduction,
|
||||
# Conclusion, pages de partie). Sans lui, le convertisseur EPUB
|
||||
# ignorait ces blocs : l'Introduction n'avait aucun titre, était
|
||||
# collée au fichier précédent et manquait au sommaire de la liseuse.
|
||||
pandoc metadata.yaml "${PRESENTS[@]}" \
|
||||
-o livre.epub \
|
||||
--lua-filter=structure-epub.lua \
|
||||
--lua-filter=typographie-francaise.lua \
|
||||
--css=epub.css \
|
||||
--toc \
|
||||
--toc-depth=1 \
|
||||
--epub-title-page=true \
|
||||
|
||||
+400
@@ -0,0 +1,400 @@
|
||||
#!/usr/bin/env python3
|
||||
# -*- coding: utf-8 -*-
|
||||
"""
|
||||
detecteur-ia.py — Diagnostic de « signature IA » sur les fichiers du manuscrit.
|
||||
|
||||
Ne juge pas le fond : mesure trois symptômes stylométriques qui font tomber un
|
||||
texte dans les détecteurs automatiques (GPTZero, Originality, Compilatio IA...).
|
||||
|
||||
1. BURSTINESS (asymétrie rythmique)
|
||||
Un texte humain alterne brutalement les longueurs de phrase. Un texte de LLM
|
||||
converge vers une longueur moyenne stable. On mesure l'écart-type des
|
||||
longueurs de phrase, la part de phrases courtes (<= 5 mots), et surtout les
|
||||
« plateaux » : suites de phrases de longueur quasi identique (+/- 2 mots).
|
||||
|
||||
2. PERPLEXITÉ LEXICALE (tics de langage probables)
|
||||
Liste noire de formules et métaphores sur-représentées dans la prose des
|
||||
modèles de langue, plus les charnières logiques scolaires en tête de phrase.
|
||||
|
||||
3. CHARNIÈRES ARTIFICIELLES
|
||||
Paragraphes ouverts par un connecteur logique ; paragraphes isolés d'une
|
||||
seule phrase (indicateur inverse, à maximiser).
|
||||
|
||||
4. MARQUEURS DE FABRICATION
|
||||
Les signatures les plus lourdes ne sont pas lexicales mais syntaxiques :
|
||||
densité de tirets cadratins (l'incise en tiret est LE tic d'écriture des
|
||||
modèles), antithèses « ce n'est pas X, c'est Y », tricolons (A, B et C),
|
||||
et régularité de la longueur des paragraphes.
|
||||
|
||||
Usage :
|
||||
python3 detecteur-ia.py # tous les fichiers du manuscrit
|
||||
python3 detecteur-ia.py 01-chap01-*.md # un ou plusieurs fichiers
|
||||
python3 detecteur-ia.py --verbose 00-introduction.md # + n° de ligne de chaque tic
|
||||
"""
|
||||
|
||||
import glob
|
||||
import os
|
||||
import re
|
||||
import statistics
|
||||
import sys
|
||||
|
||||
# --- Fichiers du manuscrit (même périmètre que compter-mots.py) ---------------
|
||||
|
||||
MANUSCRIT = [
|
||||
"preface.md",
|
||||
"00-introduction.md",
|
||||
"00b-partie1-erosion-du-reel.md",
|
||||
"01-chap01-mort-de-la-verite.md",
|
||||
"02-chap02-prejuges-en-code-source.md",
|
||||
"03-chap03-anesthesie-cognitive.md",
|
||||
"03b-partie2-grand-bouleversement.md",
|
||||
"04-chap04-fin-du-travail.md",
|
||||
"05-chap05-holdup-sur-la-creation.md",
|
||||
"06-chap06-nouveaux-maitres-du-monde.md",
|
||||
"06b-partie3-boite-de-pandore.md",
|
||||
"07-chap07-guerre-automatisee.md",
|
||||
"08-chap08-mur-de-lagi.md",
|
||||
"09-chap09-probleme-de-lalignement.md",
|
||||
"09b-partie4-reprendre-le-controle.md",
|
||||
"10-chap10-loi-contre-la-machine.md",
|
||||
"11-chap11-filtre-ethique.md",
|
||||
"12-chap12-cultiver-lirremplacable.md",
|
||||
"13-conclusion.md",
|
||||
"4e-de-couverture.md",
|
||||
]
|
||||
|
||||
# --- Règle 2 : lexique interdit (tics de LLM) --------------------------------
|
||||
# Chaque entrée : (libellé, expression régulière)
|
||||
|
||||
TICS_LEXICAUX = [
|
||||
("tisser une toile / tapisserie", r"\btiss(?:e|er|ant|é|ée)\b[^.]{0,30}\b(?:toile|tapisserie|lien|liens|fil|réseau)\b"),
|
||||
("naviguer dans un paysage", r"\bnavigu(?:e|er|ant)\b[^.]{0,25}\b(?:paysage|univers|monde|complexité|méandres)\b"),
|
||||
("paysage (métaphorique)", r"\b(?:paysage|écosystème)\s+(?:numérique|technologique|médiatique|informationnel|économique)\b"),
|
||||
("en fin de compte", r"\ben fin de compte\b"),
|
||||
("il est crucial / essentiel", r"\bil (?:est|devient|serait) (?:crucial|essentiel|impératif|primordial|vital|fondamental|important|nécessaire)\b"),
|
||||
("il convient de", r"\bil convient de\b"),
|
||||
("il est important de noter", r"\bil (?:est|convient de) (?:important|noter)\b"),
|
||||
("force est de constater", r"\bforce est de constater\b"),
|
||||
("une symphonie / une danse / un ballet", r"\b(?:une (?:symphonie|danse|valse)|un (?:ballet|orchestre))\b"),
|
||||
("repousser les limites / frontières", r"\brepouss(?:e|er|ant|é)\b[^.]{0,20}\b(?:limites|frontières)\b"),
|
||||
("à l'ère du numérique", r"\bà l'ère (?:du numérique|de l'information|numérique)\b"),
|
||||
("dans un monde en constante évolution", r"\bdans un monde (?:en constante évolution|de plus en plus)\b"),
|
||||
("plonger au cœur de", r"\bplong(?:e|er|eons|ez)\b[^.]{0,15}\b(?:au c(?:œ|oe)ur|dans l'univers)\b"),
|
||||
("véritable révolution / bouleversement", r"\bvéritable (?:révolution|bouleversement|séisme|raz-de-marée)\b"),
|
||||
("à double tranchant", r"\b(?:épée|arme|couteau) à double tranchant\b"),
|
||||
("pierre angulaire / clé de voûte", r"\b(?:pierre angulaire|clé de voûte)\b"),
|
||||
("terrain fertile / propice", r"\bterreau fertile\b|\bterrain (?:fertile|propice)\b"),
|
||||
("ouvrir la voie à", r"\bouvr(?:e|ir|ant)\b[^.]{0,10}\bla voie à\b"),
|
||||
("jouer un rôle (crucial/clé)", r"\bjou(?:e|er|ant)\b[^.]{0,15}\brôle (?:crucial|clé|central|majeur|déterminant)\b"),
|
||||
("il ne s'agit pas seulement de", r"\bil ne s'agit pas (?:seulement|simplement|uniquement) de\b"),
|
||||
("loin d'être anodin", r"\bloin d'être (?:anodin|anecdotique|neutre)\b"),
|
||||
("en somme / en définitive", r"\ben (?:somme|définitive)\b"),
|
||||
("un défi de taille", r"\bun défi (?:de taille|majeur|colossal)\b"),
|
||||
("au cœur de la tourmente", r"\bau c(?:œ|oe)ur de la (?:tourmente|tempête)\b"),
|
||||
("changement de paradigme", r"\bchangement de paradigme\b"),
|
||||
("nouvelle ère", r"\bune nouvelle ère\b"),
|
||||
("miroir de nos sociétés", r"\bmiroir de (?:nos|la) (?:sociétés?|époque)\b"),
|
||||
("boîte noire (usé)", r"\bbo(?:î|i)te noire\b"),
|
||||
("prise de conscience collective", r"\bprise de conscience collective\b"),
|
||||
]
|
||||
|
||||
# --- Règle 3 : charnières scolaires en tête de phrase ou de paragraphe -------
|
||||
|
||||
CHARNIERES = [
|
||||
"En effet", "Par conséquent", "Néanmoins", "De plus", "En outre",
|
||||
"Toutefois", "Cependant", "Ainsi", "Dès lors", "Par ailleurs",
|
||||
"En revanche", "D'une part", "D'autre part", "Or,", "Aussi,",
|
||||
"En conclusion", "Pour conclure", "En résumé", "Premièrement",
|
||||
"Deuxièmement", "Troisièmement", "Enfin,", "Certes", "Autrement dit",
|
||||
"En d'autres termes", "De ce fait", "C'est pourquoi", "Il en résulte",
|
||||
]
|
||||
|
||||
CHARNIERE_RE = re.compile(
|
||||
r"^(?:\*\*|_|\*)?(" + "|".join(re.escape(c.rstrip(",")) for c in CHARNIERES) + r")\b[,\s]",
|
||||
)
|
||||
|
||||
# --- Nettoyage Markdown ------------------------------------------------------
|
||||
|
||||
|
||||
def nettoyer(texte):
|
||||
"""Retire tout ce qui n'est pas de la prose lue (notes, titres, HTML, LaTeX)."""
|
||||
# bloc de définitions des notes de bas de page (tout ce qui suit le commentaire)
|
||||
texte = re.split(r"<!--\s*Notes de bas de page\s*-->", texte)[0]
|
||||
texte = re.sub(r"^\[\^[^\]]+\]:.*(?:\n(?:[ \t]+.*|))*", "", texte, flags=re.M)
|
||||
texte = re.sub(r"\[\^[^\]]+\]", "", texte) # appels de notes
|
||||
texte = re.sub(r"<!--.*?-->", "", texte, flags=re.S) # commentaires HTML
|
||||
texte = re.sub(r"^\s*\\\w+.*$", "", texte, flags=re.M) # commandes LaTeX
|
||||
texte = re.sub(r"^---+$", "", texte, flags=re.M)
|
||||
return texte
|
||||
|
||||
|
||||
def paragraphes(texte):
|
||||
"""Paragraphes de prose : titres et lignes de métadonnées exclus."""
|
||||
blocs = []
|
||||
for bloc in re.split(r"\n\s*\n", texte):
|
||||
bloc = bloc.strip()
|
||||
if not bloc or bloc.startswith("#"):
|
||||
continue
|
||||
if re.match(r"^(?:\||:|\d+\.\s|[-*+]\s)", bloc): # tableaux et listes
|
||||
continue
|
||||
blocs.append(bloc)
|
||||
return blocs
|
||||
|
||||
|
||||
ABREVIATIONS = r"(?<!\bM)(?<!\bMM)(?<!\bMme)(?<!\bDr)(?<!\bSt)(?<!\betc)(?<!\bcf)(?<!\bp\.\sex)(?<!\bJ\.-C)"
|
||||
FIN_PHRASE = re.compile(ABREVIATIONS + r"[.!?…]+[\s»\"]+(?=[«\"A-ZÀÂÉÈÊÎÔÙÜÇ0-9])")
|
||||
|
||||
|
||||
def phrases(bloc):
|
||||
"""Découpe grossière mais stable en phrases."""
|
||||
bloc = re.sub(r"^>\s?", "", bloc, flags=re.M) # citations en bloc
|
||||
bloc = re.sub(r"\s+", " ", bloc).strip()
|
||||
bloc = re.sub(r"(\d)\.\s(?=\d)", r"\1DOTNUM ", bloc) # 1. 2 -> pas une fin
|
||||
morceaux = [p.strip() for p in FIN_PHRASE.split(bloc) if p.strip()]
|
||||
return [m.replace("DOTNUM", ".") for m in morceaux]
|
||||
|
||||
|
||||
def mots(phrase):
|
||||
return re.findall(r"[0-9]+(?:[.,][0-9]+)*|[A-Za-zÀ-ÖØ-öø-ÿ]+(?:['’-][A-Za-zÀ-ÖØ-öø-ÿ]+)*", phrase)
|
||||
|
||||
|
||||
# --- Analyse -----------------------------------------------------------------
|
||||
|
||||
|
||||
def analyser(chemin, verbose=False):
|
||||
with open(chemin, encoding="utf-8") as f:
|
||||
brut = f.read()
|
||||
|
||||
lignes = brut.split("\n")
|
||||
texte = nettoyer(brut)
|
||||
blocs = paragraphes(texte)
|
||||
|
||||
longueurs = []
|
||||
plateaux = [] # (longueur, nb de phrases consécutives quasi identiques)
|
||||
serie, ref = 1, None
|
||||
para_mono = 0 # paragraphes sans aucune phrase courte
|
||||
para_une_phrase = 0
|
||||
|
||||
for bloc in blocs:
|
||||
ph = phrases(bloc)
|
||||
if not ph:
|
||||
continue
|
||||
lp = [len(mots(p)) for p in ph]
|
||||
lp = [n for n in lp if n > 0]
|
||||
if not lp:
|
||||
continue
|
||||
if len(lp) == 1:
|
||||
para_une_phrase += 1
|
||||
if len(lp) >= 3 and min(lp) > 8:
|
||||
para_mono += 1
|
||||
longueurs.extend(lp)
|
||||
ref, serie = None, 1
|
||||
for n in lp:
|
||||
if ref is not None and abs(n - ref) <= 2:
|
||||
serie += 1
|
||||
else:
|
||||
if serie >= 3 and ref is not None:
|
||||
plateaux.append((ref, serie))
|
||||
serie = 1
|
||||
ref = n
|
||||
if serie >= 3 and ref is not None:
|
||||
plateaux.append((ref, serie))
|
||||
|
||||
if not longueurs:
|
||||
return None
|
||||
|
||||
# --- Règle 4 : marqueurs de fabrication ---------------------------------
|
||||
total_mots = sum(longueurs)
|
||||
par_mille = (1000.0 / total_mots) if total_mots else 0
|
||||
|
||||
tirets = len(re.findall(r"—", texte))
|
||||
pv = len(re.findall(r";", texte))
|
||||
antitheses = []
|
||||
for bloc in blocs:
|
||||
for p in phrases(bloc):
|
||||
if re.search(r"\bn(?:e |')(?:est|sont|s'agi\w+|était|étaient|vient|viennent|tient|tiennent)\s+pas\b", p, re.I) \
|
||||
and re.search(r"(?:,\s*c'est|\bc'est\b|\bil est\b|\bmais\b|\bil l'est\b)", p, re.I):
|
||||
antitheses.append(re.sub(r"\s+", " ", p)[:90])
|
||||
tricolons = 0
|
||||
for bloc in blocs:
|
||||
for p in phrases(bloc):
|
||||
if re.match(r"^[^,;:]{3,60},[^,;:]{3,60},[^,;:]{3,60}\set\s", p):
|
||||
tricolons += 1
|
||||
|
||||
long_para = [len(mots(b)) for b in blocs]
|
||||
long_para = [n for n in long_para if n > 0]
|
||||
cv_para = (statistics.pstdev(long_para) / statistics.mean(long_para)) if len(long_para) > 1 else 0
|
||||
|
||||
moyenne = statistics.mean(longueurs)
|
||||
ecart = statistics.pstdev(longueurs) if len(longueurs) > 1 else 0.0
|
||||
courtes = sum(1 for n in longueurs if n <= 5)
|
||||
longues = sum(1 for n in longueurs if n >= 30)
|
||||
|
||||
# tics lexicaux
|
||||
tics = []
|
||||
for libelle, motif in TICS_LEXICAUX:
|
||||
for m in re.finditer(motif, texte, flags=re.I):
|
||||
extrait = re.sub(r"\s+", " ", m.group(0))
|
||||
ligne = next((i + 1 for i, l in enumerate(lignes) if extrait[:25] in l), 0)
|
||||
tics.append((libelle, extrait, ligne))
|
||||
|
||||
# charnières en tête de paragraphe et de phrase
|
||||
char_para, char_phrase = [], []
|
||||
for bloc in blocs:
|
||||
premiere = bloc.lstrip("*_> ")
|
||||
m = CHARNIERE_RE.match(premiere)
|
||||
if m:
|
||||
ligne = next((i + 1 for i, l in enumerate(lignes) if premiere[:30] in l), 0)
|
||||
char_para.append((m.group(1), ligne))
|
||||
for p in phrases(bloc)[1:]:
|
||||
m2 = CHARNIERE_RE.match(p.lstrip("*_ "))
|
||||
if m2:
|
||||
ligne = next((i + 1 for i, l in enumerate(lignes) if p[:30] in l), 0)
|
||||
char_phrase.append((m2.group(1), ligne))
|
||||
|
||||
return {
|
||||
"fichier": os.path.basename(chemin),
|
||||
"phrases": len(longueurs),
|
||||
"moyenne": moyenne,
|
||||
"ecart": ecart,
|
||||
"cv": ecart / moyenne if moyenne else 0,
|
||||
"courtes": courtes,
|
||||
"pct_courtes": 100 * courtes / len(longueurs),
|
||||
"longues": longues,
|
||||
"plateaux": plateaux,
|
||||
"para": len(blocs),
|
||||
"para_mono": para_mono,
|
||||
"para_une_phrase": para_une_phrase,
|
||||
"tics": tics,
|
||||
"char_para": char_para,
|
||||
"char_phrase": char_phrase,
|
||||
"mots": total_mots,
|
||||
"tirets": tirets,
|
||||
"tirets_1000": tirets * par_mille,
|
||||
"pv_1000": pv * par_mille,
|
||||
"antitheses": antitheses,
|
||||
"tricolons": tricolons,
|
||||
"cv_para": cv_para,
|
||||
"verbose": verbose,
|
||||
}
|
||||
|
||||
|
||||
# --- Restitution -------------------------------------------------------------
|
||||
|
||||
SEUILS = {
|
||||
"cv": 0.55, # coefficient de variation des longueurs de phrase
|
||||
"pct_courtes": 12.0, # part de phrases de 5 mots ou moins
|
||||
"tirets_1000": 4.0, # tirets cadratins pour 1 000 mots
|
||||
"antitheses": 6, # « ce n'est pas X, c'est Y » par section
|
||||
"cv_para": 0.45, # variation de la longueur des paragraphes
|
||||
}
|
||||
|
||||
|
||||
def verdict(r):
|
||||
alertes = []
|
||||
if r["cv"] < SEUILS["cv"]:
|
||||
alertes.append("rythme trop régulier")
|
||||
if r["pct_courtes"] < SEUILS["pct_courtes"]:
|
||||
alertes.append("pas assez de phrases coup-de-poing")
|
||||
if len(r["plateaux"]) > max(3, r["para"] // 12):
|
||||
alertes.append("plateaux de longueur")
|
||||
if r["tics"]:
|
||||
alertes.append("lexique de LLM")
|
||||
if len(r["char_para"]) > 2:
|
||||
alertes.append("charnières en tête de paragraphe")
|
||||
# Les densités pour 1 000 mots n'ont pas de sens sur un texte très court
|
||||
# (4e de couverture, page de partie) : un seul tiret y pèse 3 points.
|
||||
if r["mots"] >= 800 and r["tirets_1000"] > SEUILS["tirets_1000"]:
|
||||
alertes.append("surdose de tirets cadratins")
|
||||
if len(r["antitheses"]) > SEUILS["antitheses"]:
|
||||
alertes.append("antithèses « pas X, c'est Y » en série")
|
||||
if r["cv_para"] < SEUILS["cv_para"]:
|
||||
alertes.append("paragraphes trop réguliers")
|
||||
return alertes
|
||||
|
||||
|
||||
def afficher(r):
|
||||
print(f"\n{'=' * 78}\n{r['fichier']}\n{'=' * 78}")
|
||||
print(f" Phrases analysées : {r['phrases']} ({r['para']} paragraphes)")
|
||||
print(f" Longueur moyenne : {r['moyenne']:.1f} mots")
|
||||
print(f" Écart-type / variation : {r['ecart']:.1f} → CV = {r['cv']:.2f}"
|
||||
f" (cible ≥ {SEUILS['cv']:.2f})")
|
||||
print(f" Phrases ≤ 5 mots : {r['courtes']} ({r['pct_courtes']:.1f} %)"
|
||||
f" (cible ≥ {SEUILS['pct_courtes']:.0f} %)")
|
||||
print(f" Phrases ≥ 30 mots : {r['longues']}")
|
||||
print(f" Paragraphes d'une seule phrase : {r['para_une_phrase']}")
|
||||
print(f" Paragraphes sans respiration courte (≥3 phrases, toutes > 8 mots) : {r['para_mono']}")
|
||||
|
||||
if r["plateaux"]:
|
||||
print(f" Plateaux rythmiques (≥3 phrases de longueur ±2) : {len(r['plateaux'])}")
|
||||
if r["verbose"]:
|
||||
for longueur, n in r["plateaux"][:20]:
|
||||
print(f" · {n} phrases autour de {longueur} mots")
|
||||
|
||||
if r["tics"]:
|
||||
print(f" TICS LEXICAUX : {len(r['tics'])}")
|
||||
for libelle, extrait, ligne in r["tics"]:
|
||||
print(f" · l.{ligne:<5} [{libelle}] « {extrait} »")
|
||||
else:
|
||||
print(" Tics lexicaux : aucun")
|
||||
|
||||
if r["char_para"]:
|
||||
print(f" CHARNIÈRES EN TÊTE DE PARAGRAPHE : {len(r['char_para'])}")
|
||||
for mot, ligne in r["char_para"]:
|
||||
print(f" · l.{ligne:<5} « {mot} »")
|
||||
if r["char_phrase"]:
|
||||
print(f" Charnières en tête de phrase (dans le corps) : {len(r['char_phrase'])}")
|
||||
if r["verbose"]:
|
||||
for mot, ligne in r["char_phrase"]:
|
||||
print(f" · l.{ligne:<5} « {mot} »")
|
||||
|
||||
court = " [texte trop court : densité non significative]" if r["mots"] < 800 else ""
|
||||
print(f" Tirets cadratins : {r['tirets']} ({r['tirets_1000']:.1f} / 1 000 mots"
|
||||
f" — plafond {SEUILS['tirets_1000']:.0f}){court}")
|
||||
print(f" Points-virgules : {r['pv_1000']:.1f} / 1 000 mots")
|
||||
print(f" Antithèses « pas X, c'est Y » : {len(r['antitheses'])}"
|
||||
f" (plafond {SEUILS['antitheses']})")
|
||||
if r["verbose"]:
|
||||
for a in r["antitheses"]:
|
||||
print(f" · {a}")
|
||||
print(f" Tricolons (A, B et C) : {r['tricolons']}")
|
||||
print(f" Variation longueur des paragraphes : CV = {r['cv_para']:.2f}"
|
||||
f" (cible ≥ {SEUILS['cv_para']:.2f})")
|
||||
|
||||
a = verdict(r)
|
||||
print(f" → VERDICT : {'; '.join(a) if a else 'conforme aux quatre règles de brouillage'}")
|
||||
|
||||
|
||||
def main():
|
||||
args = [a for a in sys.argv[1:] if not a.startswith("--")]
|
||||
verbose = "--verbose" in sys.argv or "-v" in sys.argv
|
||||
|
||||
if args:
|
||||
cibles = []
|
||||
for a in args:
|
||||
cibles.extend(sorted(glob.glob(a)) or [a])
|
||||
else:
|
||||
cibles = [f for f in MANUSCRIT if os.path.exists(f) and os.path.getsize(f) > 1500]
|
||||
|
||||
resultats = []
|
||||
for c in cibles:
|
||||
if not os.path.exists(c):
|
||||
print(f"[introuvable] {c}")
|
||||
continue
|
||||
r = analyser(c, verbose)
|
||||
if r:
|
||||
resultats.append(r)
|
||||
afficher(r)
|
||||
|
||||
if len(resultats) > 1:
|
||||
print(f"\n{'=' * 78}\nSYNTHÈSE\n{'=' * 78}")
|
||||
print(f"{'Fichier':<40}{'CV':>6}{'%≤5m':>7}{'Tics':>6}{'Char':>6}"
|
||||
f"{'—/1000':>9}{'Antith':>8}{'CVpara':>8}")
|
||||
for r in resultats:
|
||||
print(f"{r['fichier']:<40}{r['cv']:>6.2f}{r['pct_courtes']:>6.1f}%"
|
||||
f"{len(r['tics']):>6}{len(r['char_para']):>6}"
|
||||
f"{r['tirets_1000']:>9.1f}{len(r['antitheses']):>8}{r['cv_para']:>8.2f}")
|
||||
|
||||
|
||||
if __name__ == "__main__":
|
||||
main()
|
||||
@@ -0,0 +1,390 @@
|
||||
/* ==========================================================
|
||||
epub.css — feuille de style EPUB de « Le Miroir de Prométhée »
|
||||
|
||||
Objectif : le rendu d'un essai publié par une maison d'édition
|
||||
française, sur liseuse comme sur téléphone.
|
||||
|
||||
Cette feuille REMPLACE entièrement la feuille par défaut de Pandoc
|
||||
(dès qu'on passe --css, Pandoc n'injecte plus la sienne) : elle doit
|
||||
donc contenir aussi les remises à zéro de base.
|
||||
|
||||
Deux règles de méthode :
|
||||
1. Unités relatives uniquement (em, rem, %) — jamais de px ni de pt.
|
||||
Un pt figé casse l'échelle quand le lecteur agrandit le texte.
|
||||
2. Aucune police propriétaire imposée. On déclare une pile de
|
||||
familles génériques ; le réglage du lecteur doit primer, c'est
|
||||
lui qui connaît son écran et sa vue.
|
||||
========================================================== */
|
||||
|
||||
/* ---------- Remise à zéro minimale ---------- */
|
||||
|
||||
html, body, div, span, h1, h2, h3, h4, h5, h6, p, blockquote,
|
||||
a, em, strong, cite, small, sub, sup, ol, ul, li, section, aside,
|
||||
figure, figcaption, hr {
|
||||
margin: 0;
|
||||
padding: 0;
|
||||
border: 0;
|
||||
font-size: 100%;
|
||||
vertical-align: baseline;
|
||||
}
|
||||
|
||||
/* ---------- Corps de texte ---------- */
|
||||
|
||||
/* CORRIGÉ le 27/07/2026 (revue de conformité KDP). Deux points :
|
||||
1. La police doit être déclarée sur <body>, pas sur <html> — règle
|
||||
KDP explicite (« Règles relatives aux textes » : « La police
|
||||
principale d'un livre doit être définie au niveau de la balise
|
||||
<body> »).
|
||||
2. AUCUNE couleur de police forcée sur le corps du texte : la même
|
||||
page dit sans détour « Vous ne pouvez pas imposer une couleur de
|
||||
police particulière pour le corps du texte dans l'ensemble du
|
||||
livre » — et précise que KDP la supprime de toute façon à
|
||||
l'ingestion pour que le lecteur garde la main sur sa couleur de
|
||||
texte. La couleur #1a1a1a (gris presque noir) posée sur <html>
|
||||
a donc été retirée : aucune couleur n'est plus forcée nulle
|
||||
part, le rendu suit le thème choisi par le lecteur (noir sur
|
||||
blanc, sépia, mode nuit...). */
|
||||
body {
|
||||
font-family: Georgia, "EB Garamond", Garamond, "Times New Roman", serif;
|
||||
line-height: 1.4;
|
||||
text-align: justify;
|
||||
text-justify: inter-word;
|
||||
hyphens: auto;
|
||||
-webkit-hyphens: auto;
|
||||
-moz-hyphens: auto;
|
||||
-ms-hyphens: auto;
|
||||
-epub-hyphens: auto;
|
||||
widows: 2;
|
||||
orphans: 2;
|
||||
}
|
||||
|
||||
/* Le marqueur d'un livre composé, et non d'une page web : l'alinéa
|
||||
remplace l'espace entre les paragraphes. Ne jamais ajouter de
|
||||
margin-bottom ici — ce serait revenir au rendu « billet de blog ». */
|
||||
p {
|
||||
margin: 0;
|
||||
text-indent: 1.2em;
|
||||
widows: 2;
|
||||
orphans: 2;
|
||||
}
|
||||
|
||||
/* Règle d'or française : le premier paragraphe qui suit un titre
|
||||
n'est pas en alinéa. Le titre a déjà marqué le début du bloc. */
|
||||
h1 + p,
|
||||
h2 + p,
|
||||
h3 + p,
|
||||
hr + p,
|
||||
p.noindent {
|
||||
text-indent: 0;
|
||||
}
|
||||
|
||||
/* ---------- Titres de chapitre ---------- */
|
||||
|
||||
h1 {
|
||||
page-break-before: always;
|
||||
break-before: page;
|
||||
page-break-after: avoid;
|
||||
break-after: avoid;
|
||||
margin: 12% 0 2.2em 0;
|
||||
font-size: 1.5em;
|
||||
font-weight: bold;
|
||||
line-height: 1.25;
|
||||
text-align: center;
|
||||
text-indent: 0;
|
||||
text-transform: uppercase;
|
||||
letter-spacing: 0.04em;
|
||||
hyphens: none;
|
||||
-webkit-hyphens: none;
|
||||
-epub-hyphens: none;
|
||||
}
|
||||
|
||||
/* Surtitre discret de l'Introduction, de la Conclusion et de la
|
||||
Préface (« Introduction : », « Conclusion : », « Préface : »).
|
||||
Ajouté le 27/07/2026, contrepartie EPUB du \eyebrowtitle du PDF
|
||||
(voir preambule.tex, section 2 bis) : contraste demandé par
|
||||
l'auteur entre le mot-étiquette (petit, sans gras) et le titre
|
||||
poétique qui le suit (grand, gras — c'est déjà le rendu par défaut
|
||||
de h1 ci-dessus, non modifié).
|
||||
display: block place ce span sur SA PROPRE LIGNE, produisant le
|
||||
rendu deux lignes demandé (« comme pour les parties ») sans que le
|
||||
texte plat extrait pour le sommaire/NCX (qui ignore le CSS) ne soit
|
||||
affecté : le texte du span porte déjà son propre séparateur
|
||||
deux-points, ajouté par structure-epub.lua.
|
||||
Poids et taille repris du même principe que h1.part-title
|
||||
.part-number (plus bas), mais proportionnés à un h1 courant, plus
|
||||
petit qu'un titre de partie en pleine page. */
|
||||
h1 .part-number {
|
||||
display: block;
|
||||
margin-bottom: 0.5em;
|
||||
font-size: 0.6em;
|
||||
font-weight: normal;
|
||||
letter-spacing: 0.1em;
|
||||
}
|
||||
|
||||
/* Le premier chapitre du fichier ne doit pas provoquer une page
|
||||
blanche : chaque fichier XHTML commence déjà sur une page neuve. */
|
||||
section > h1:first-child,
|
||||
body > h1:first-child {
|
||||
page-break-before: avoid;
|
||||
break-before: avoid;
|
||||
}
|
||||
|
||||
/* ---------- Sous-titres (##) : sobres, discrets ---------- */
|
||||
|
||||
/* Plus d'air AVANT qu'après : le sous-titre appartient à ce qui
|
||||
suit, pas à ce qui précède. */
|
||||
h2 {
|
||||
margin: 2.4em 0 0.7em 0;
|
||||
font-size: 1.15em;
|
||||
font-weight: normal;
|
||||
font-style: italic;
|
||||
line-height: 1.3;
|
||||
text-align: center;
|
||||
text-indent: 0;
|
||||
page-break-after: avoid;
|
||||
break-after: avoid;
|
||||
page-break-inside: avoid;
|
||||
hyphens: none;
|
||||
-webkit-hyphens: none;
|
||||
-epub-hyphens: none;
|
||||
}
|
||||
|
||||
h3 {
|
||||
margin: 1.8em 0 0.5em 0;
|
||||
font-size: 1em;
|
||||
font-weight: normal;
|
||||
font-variant: small-caps;
|
||||
text-align: left;
|
||||
text-indent: 0;
|
||||
page-break-after: avoid;
|
||||
break-after: avoid;
|
||||
}
|
||||
|
||||
/* ---------- Pages de titre de partie ---------- */
|
||||
|
||||
/* Page de partie : « PARTIE N », passage à la ligne, puis le titre —
|
||||
la même composition que dans le PDF, au tiers supérieur d'une page
|
||||
qui ne porte rien d'autre.
|
||||
Le titre est produit par structure-epub.lua à partir du \part{} du
|
||||
fichier séparateur ; il arrive donc ici comme un h1.part-title,
|
||||
dont le saut de ligne sépare le numéro du titre. */
|
||||
h1.part-title {
|
||||
page-break-before: always;
|
||||
break-before: page;
|
||||
page-break-after: always;
|
||||
break-after: page;
|
||||
margin: 30% 0 0 0;
|
||||
font-size: 1.55em;
|
||||
font-weight: bold;
|
||||
line-height: 1.3;
|
||||
text-align: center;
|
||||
text-indent: 0;
|
||||
text-transform: uppercase;
|
||||
letter-spacing: 0.07em;
|
||||
hyphens: none;
|
||||
-webkit-hyphens: none;
|
||||
-epub-hyphens: none;
|
||||
}
|
||||
|
||||
h1.part-title .part-number {
|
||||
display: block;
|
||||
margin-bottom: 1.1em;
|
||||
font-size: 0.62em;
|
||||
font-weight: normal;
|
||||
letter-spacing: 0.14em;
|
||||
}
|
||||
|
||||
/* ---------- Page de mentions légales ---------- */
|
||||
|
||||
/* Corps réduit, au fer à gauche, sans alinéa : une page d'information
|
||||
légale ne se lit pas comme du texte courant. */
|
||||
.mentions-legales {
|
||||
margin-top: 2em;
|
||||
font-size: 0.85em;
|
||||
text-align: left;
|
||||
}
|
||||
|
||||
.mentions-legales p {
|
||||
margin: 0 0 0.8em 0;
|
||||
text-indent: 0;
|
||||
text-align: left;
|
||||
hyphens: none;
|
||||
-webkit-hyphens: none;
|
||||
-epub-hyphens: none;
|
||||
}
|
||||
|
||||
/* ---------- Citations en bloc ---------- */
|
||||
|
||||
/* Marges gauche/droite en % (et non em) le 27/07/2026 : règle KDP
|
||||
« Mise en forme des marges et du remplissage » — une marge
|
||||
gauche/droite en em s'élargit avec la taille de police choisie par
|
||||
le lecteur et peut finir par écraser la largeur de lecture utile
|
||||
sur un texte agrandi ; le %, lui, reste proportionné à l'écran quel
|
||||
que soit le corps affiché. Seule la marge verticale (haut/bas),
|
||||
pour laquelle la même règle recommande l'em afin que l'espacement
|
||||
reste perceptible à toute taille de police, garde cette unité. */
|
||||
blockquote {
|
||||
margin: 1.4em 8%;
|
||||
font-size: 0.95em;
|
||||
line-height: 1.35;
|
||||
text-align: justify;
|
||||
}
|
||||
|
||||
blockquote p {
|
||||
text-indent: 0;
|
||||
margin: 0;
|
||||
}
|
||||
|
||||
/* Un blockquote de plusieurs paragraphes : l'alinéa reprend à partir
|
||||
du second, l'ensemble restant retiré des deux côtés. */
|
||||
blockquote p + p {
|
||||
text-indent: 1.2em;
|
||||
}
|
||||
|
||||
/* ---------- Notes ---------- */
|
||||
|
||||
/* Appel de note : discret, jamais un pavé cliquable voyant.
|
||||
Sélection par class et par role, jamais par epub:type — le préfixe
|
||||
« epub| » exigerait une déclaration @namespace que les liseuses
|
||||
anciennes gèrent mal, alors que class et role sont universels. */
|
||||
.footnote-ref,
|
||||
a[role~="doc-noteref"] {
|
||||
font-size: 0.75em;
|
||||
vertical-align: super;
|
||||
line-height: 0;
|
||||
text-decoration: none;
|
||||
color: inherit;
|
||||
}
|
||||
|
||||
sup, sub {
|
||||
font-size: 0.75em;
|
||||
line-height: 0;
|
||||
}
|
||||
|
||||
sup { vertical-align: super; }
|
||||
sub { vertical-align: sub; }
|
||||
|
||||
/* Notes affichées en fin de section par les lecteurs qui ne gèrent
|
||||
pas les fenêtres surgissantes. Les lecteurs Kindle et Kobo, eux,
|
||||
exploitent nativement aside epub:type="footnote" et les présentent
|
||||
en surimpression : rien de plus à déclarer pour cela. */
|
||||
.footnotes {
|
||||
margin-top: 2.5em;
|
||||
font-size: 0.9em;
|
||||
}
|
||||
|
||||
.footnotes > ol {
|
||||
margin-left: 6%;
|
||||
}
|
||||
|
||||
.footnotes p,
|
||||
[role~="doc-footnote"] p {
|
||||
text-indent: 0;
|
||||
margin: 0.5em 0;
|
||||
text-align: left;
|
||||
}
|
||||
|
||||
/* ---------- Listes ---------- */
|
||||
|
||||
ol, ul {
|
||||
margin: 0.8em 0 0.8em 6%;
|
||||
}
|
||||
|
||||
li {
|
||||
margin: 0.25em 0;
|
||||
text-indent: 0;
|
||||
text-align: justify;
|
||||
}
|
||||
|
||||
/* ---------- Page de titre ---------- */
|
||||
|
||||
.titlepage {
|
||||
text-align: center;
|
||||
}
|
||||
|
||||
h1.title {
|
||||
page-break-before: avoid;
|
||||
break-before: avoid;
|
||||
margin: 22% 0 0.6em 0;
|
||||
font-size: 1.9em;
|
||||
letter-spacing: 0.03em;
|
||||
}
|
||||
|
||||
p.subtitle {
|
||||
margin: 0 0 3em 0;
|
||||
font-size: 1.1em;
|
||||
font-style: italic;
|
||||
text-align: center;
|
||||
text-indent: 0;
|
||||
}
|
||||
|
||||
p.author {
|
||||
margin: 0;
|
||||
font-size: 1.05em;
|
||||
text-align: center;
|
||||
text-indent: 0;
|
||||
}
|
||||
|
||||
/* ---------- Divers ---------- */
|
||||
|
||||
/* Séparateur de scène : trois astérisques centrées plutôt qu'un
|
||||
filet, comme dans un ouvrage imprimé. */
|
||||
hr {
|
||||
border: 0;
|
||||
margin: 1.6em auto;
|
||||
text-align: center;
|
||||
page-break-after: avoid;
|
||||
}
|
||||
|
||||
hr:after {
|
||||
content: "* * *";
|
||||
letter-spacing: 0.5em;
|
||||
}
|
||||
|
||||
em, i { font-style: italic; }
|
||||
strong, b { font-weight: bold; }
|
||||
|
||||
a { color: inherit; text-decoration: none; }
|
||||
|
||||
/* Le corps des tableaux, s'il en reste un : rien de large, rien de
|
||||
positionné (voir la règle de mise en page KDP du manuscrit). */
|
||||
table {
|
||||
margin: 1em auto;
|
||||
border-collapse: collapse;
|
||||
font-size: 0.9em;
|
||||
}
|
||||
|
||||
th, td {
|
||||
padding: 0.2em 0.5em;
|
||||
text-align: left;
|
||||
text-indent: 0;
|
||||
}
|
||||
|
||||
/* Table des matières générée par Pandoc (nav.xhtml) : à plat, sans
|
||||
puces, alignée à gauche — une liste de navigation, pas du texte
|
||||
courant, donc ni justification ni césure. */
|
||||
nav[role~="doc-toc"] ol {
|
||||
list-style-type: none;
|
||||
margin-left: 0;
|
||||
}
|
||||
|
||||
nav[role~="doc-toc"] li {
|
||||
margin: 0.4em 0;
|
||||
text-align: left;
|
||||
text-indent: 0;
|
||||
hyphens: none;
|
||||
-webkit-hyphens: none;
|
||||
-epub-hyphens: none;
|
||||
}
|
||||
|
||||
nav[role~="doc-toc"] > h1,
|
||||
nav[role~="doc-toc"] > h2 {
|
||||
page-break-before: avoid;
|
||||
break-before: avoid;
|
||||
margin: 8% 0 1.5em 0;
|
||||
font-style: normal;
|
||||
font-weight: bold;
|
||||
font-size: 1.3em;
|
||||
text-align: center;
|
||||
text-transform: uppercase;
|
||||
}
|
||||
@@ -1,3 +1,30 @@
|
||||
```{=latex}
|
||||
% EPUB-ONLY-TITLE: Mentions légales
|
||||
```
|
||||
|
||||
<!--
|
||||
Marqueur ajouté le 27/07/2026 (revue de conformité KDP côté ebook).
|
||||
Sans titre de niveau 1 dans ce fichier, Pandoc lui attribuait par
|
||||
défaut le titre du LIVRE ENTIER comme repli (« Le Miroir de
|
||||
Prométhée »), qui apparaissait alors une seconde fois dans le
|
||||
sommaire HTML et dans le fichier NCX, pointant vers cette page de
|
||||
copyright — une entrée de navigation trompeuse pour le lecteur.
|
||||
|
||||
Un vrai titre Markdown (`# Mentions légales`) résoudrait le problème
|
||||
côté EPUB mais produirait aussi un `\chapter*{Mentions légales}`
|
||||
visible dans le PDF, dupliquant le contenu : cette page compose déjà
|
||||
ses mentions légales via le bloc LaTeX brut ci-dessous, sans titre
|
||||
(page nue, \thispagestyle{empty}, convention déjà en place).
|
||||
|
||||
Le bloc `% EPUB-ONLY-TITLE: ...` ci-dessus est un commentaire LaTeX
|
||||
(la ligne commence par `%`) : totalement ignoré par pdflatex, aucun
|
||||
texte, aucun saut de page. structure-epub.lua (EPUB seul) le
|
||||
reconnaît et le transforme en un vrai titre de section, non numéroté
|
||||
et absent du sommaire (même motif que preface.md) — ce qui donne à
|
||||
cette page son propre fichier XHTML et son propre titre interne, sans
|
||||
créer d'entrée dans la table des matières ni dans le NCX.
|
||||
-->
|
||||
|
||||
<!--
|
||||
Page des mentions légales — insérée automatiquement après la page de
|
||||
titre et avant la préface/table des matières (voir compiler-livre.sh
|
||||
@@ -44,3 +71,24 @@ Imprimé à la demande par Amazon
|
||||
Édition~: Vincent Perouz
|
||||
\end{flushleft}
|
||||
```
|
||||
|
||||
<!--
|
||||
Même contenu, en HTML, pour l'EPUB. Le bloc LaTeX ci-dessus est ignoré
|
||||
par le convertisseur EPUB : sans ce doublon, le livre numérique
|
||||
n'embarquait aucune page de copyright (constaté le 27/07/2026).
|
||||
Les deux blocs doivent être tenus à jour ENSEMBLE : toute correction
|
||||
d'année, d'ISBN ou de dépôt légal se fait deux fois, ici et au-dessus.
|
||||
Contrairement aux titres de partie, ce contenu n'est pas dérivable
|
||||
automatiquement du bloc LaTeX (mise en forme de page, pas titre), d'où
|
||||
la duplication assumée.
|
||||
-->
|
||||
|
||||
```{=html}
|
||||
<div class="mentions-legales">
|
||||
<p>© [ANNÉE] Vincent Perouz</p>
|
||||
<p>Tous droits réservés. Toute reproduction, même partielle, du contenu de cet ouvrage est interdite sans l'autorisation écrite préalable de l'auteur, sauf dans le cadre d'une courte citation à des fins de critique ou de revue.</p>
|
||||
<p>Dépôt légal : [MOIS] [ANNÉE]</p>
|
||||
<p>ISBN : [ISBN À RENSEIGNER]</p>
|
||||
<p>Édition : Vincent Perouz</p>
|
||||
</div>
|
||||
```
|
||||
|
||||
@@ -1,7 +1,12 @@
|
||||
<!--
|
||||
Fichier de séparateur de partie. Il ne contient QUE l'instruction de
|
||||
titre de partie, en LaTeX : c'est la source unique de ce titre.
|
||||
Pour l'EPUB, le filtre structure-epub.lua relit ce bloc et en
|
||||
reconstruit un vrai titre de niveau 1 (« Partie N » puis le titre),
|
||||
ce qui donne à la partie sa propre page, son entrée dans le sommaire
|
||||
de la liseuse, et le style défini dans epub.css. Ne pas y ajouter de
|
||||
bloc HTML en double : le titre serait alors à maintenir deux fois.
|
||||
-->
|
||||
```{=latex}
|
||||
\part{L'Érosion du Réel}
|
||||
```
|
||||
|
||||
```{=html}
|
||||
<h1 class="part-title" style="page-break-before:always; text-align:center; margin-top:20%; font-weight:normal">Partie 1 — L'Érosion du Réel</h1>
|
||||
```
|
||||
|
||||
@@ -1,7 +1,12 @@
|
||||
<!--
|
||||
Fichier de séparateur de partie. Il ne contient QUE l'instruction de
|
||||
titre de partie, en LaTeX : c'est la source unique de ce titre.
|
||||
Pour l'EPUB, le filtre structure-epub.lua relit ce bloc et en
|
||||
reconstruit un vrai titre de niveau 1 (« Partie N » puis le titre),
|
||||
ce qui donne à la partie sa propre page, son entrée dans le sommaire
|
||||
de la liseuse, et le style défini dans epub.css. Ne pas y ajouter de
|
||||
bloc HTML en double : le titre serait alors à maintenir deux fois.
|
||||
-->
|
||||
```{=latex}
|
||||
\part{Le Grand Bouleversement}
|
||||
```
|
||||
|
||||
```{=html}
|
||||
<h1 class="part-title" style="page-break-before:always; text-align:center; margin-top:20%; font-weight:normal">Partie 2 — Le Grand Bouleversement</h1>
|
||||
```
|
||||
|
||||
@@ -1,7 +1,12 @@
|
||||
<!--
|
||||
Fichier de séparateur de partie. Il ne contient QUE l'instruction de
|
||||
titre de partie, en LaTeX : c'est la source unique de ce titre.
|
||||
Pour l'EPUB, le filtre structure-epub.lua relit ce bloc et en
|
||||
reconstruit un vrai titre de niveau 1 (« Partie N » puis le titre),
|
||||
ce qui donne à la partie sa propre page, son entrée dans le sommaire
|
||||
de la liseuse, et le style défini dans epub.css. Ne pas y ajouter de
|
||||
bloc HTML en double : le titre serait alors à maintenir deux fois.
|
||||
-->
|
||||
```{=latex}
|
||||
\part{La Boîte de Pandore}
|
||||
```
|
||||
|
||||
```{=html}
|
||||
<h1 class="part-title" style="page-break-before:always; text-align:center; margin-top:20%; font-weight:normal">Partie 3 — La Boîte de Pandore</h1>
|
||||
```
|
||||
|
||||
@@ -1,7 +1,12 @@
|
||||
<!--
|
||||
Fichier de séparateur de partie. Il ne contient QUE l'instruction de
|
||||
titre de partie, en LaTeX : c'est la source unique de ce titre.
|
||||
Pour l'EPUB, le filtre structure-epub.lua relit ce bloc et en
|
||||
reconstruit un vrai titre de niveau 1 (« Partie N » puis le titre),
|
||||
ce qui donne à la partie sa propre page, son entrée dans le sommaire
|
||||
de la liseuse, et le style défini dans epub.css. Ne pas y ajouter de
|
||||
bloc HTML en double : le titre serait alors à maintenir deux fois.
|
||||
-->
|
||||
```{=latex}
|
||||
\part{Reprendre le Contrôle}
|
||||
```
|
||||
|
||||
```{=html}
|
||||
<h1 class="part-title" style="page-break-before:always; text-align:center; margin-top:20%; font-weight:normal">Partie 4 — Reprendre le Contrôle</h1>
|
||||
```
|
||||
|
||||
+416
-35
@@ -26,6 +26,308 @@
|
||||
\usepackage{tocloft}
|
||||
\usepackage{fancyhdr}
|
||||
|
||||
% ============================================================
|
||||
% 0 bis. CHARTE TYPOGRAPHIQUE DU CORPS DE TEXTE
|
||||
% ------------------------------------------------------------
|
||||
% Ajoutée le 27/07/2026. Objet : passer du rendu par défaut de Pandoc
|
||||
% (police Latin Modern, paragraphes séparés par un blanc et sans
|
||||
% alinéa, interligne serré) au rendu d'un essai composé par une maison
|
||||
% d'édition française.
|
||||
%
|
||||
% Ce qui N'EST PAS touché ici, volontairement : les marges KDP (fixées
|
||||
% dans compiler-livre.sh, conformes au tableau officiel Amazon), les
|
||||
% en-têtes et pieds de page (section 3 de ce fichier, validés par
|
||||
% l'auteur), la structure des pages de partie et la table des matières.
|
||||
% ============================================================
|
||||
|
||||
% ------------------------------------------------------------
|
||||
% A. POLICE DU CORPS DE TEXTE
|
||||
% ------------------------------------------------------------
|
||||
% Cochineal : dérivé libre des Crimson, de la famille des garaldes
|
||||
% (Garamond, Bembo). Couverture complète du français, vraies petites
|
||||
% capitales, vraies italiques, quatre graisses, ligatures — et une
|
||||
% version Type 1, donc utilisable avec pdflatex sans changer de moteur
|
||||
% (contrainte posée : ne pas modifier la chaîne de compilation).
|
||||
%
|
||||
% Installation, en mode utilisateur, SANS mot de passe administrateur :
|
||||
% tlmgr init-usertree
|
||||
% tlmgr --usermode install cochineal xstring fontaxes
|
||||
% (xstring et fontaxes sont des dépendances de cochineal absentes de
|
||||
% BasicTeX ; sans elles la compilation s'arrête sur « File not found ».)
|
||||
%
|
||||
% Repli automatique si la police n'est pas installée : le livre compile
|
||||
% quand même, en Latin Modern, avec un simple avertissement dans le
|
||||
% journal. Aucune raison de bloquer la production d'un PDF de travail
|
||||
% sur une question de fonte.
|
||||
\IfFileExists{cochineal.sty}{%
|
||||
% Réglages de chiffres laissés aux valeurs par défaut de la police,
|
||||
% soit des chiffres alignés et tabulaires. Deux choix délibérés :
|
||||
% - alignés (et non elzéviriens) parce que l'essai est dense en
|
||||
% pourcentages, en années et en grands nombres, que le lecteur
|
||||
% doit saisir d'un coup d'œil sans buter sur des jambages ;
|
||||
% - tabulaires (et non proportionnels) parce que les chiffres à
|
||||
% largeur variable désalignaient visiblement la colonne des
|
||||
% folios dans la table des matières, chaque chiffre n'ayant pas
|
||||
% le même approche à droite (constaté le 27/07/2026).
|
||||
\usepackage{cochineal}%
|
||||
}{%
|
||||
\PackageWarning{preambule}{Police Cochineal absente, repli sur Latin
|
||||
Modern. Pour le rendu prevu : tlmgr --usermode install cochineal
|
||||
xstring fontaxes}%
|
||||
}
|
||||
|
||||
% Microtypographie : Pandoc charge déjà microtype, mais sans activer
|
||||
% l'expansion de fonte. On complète ici, après le chargement de la
|
||||
% police. C'est ce réglage qui donne le « gris de page » régulier d'un
|
||||
% livre imprimé : plutôt que d'écarter les mots pour justifier une
|
||||
% ligne, pdftex étire ou resserre imperceptiblement les caractères
|
||||
% (jusqu'à 2 %) et laisse dépasser la ponctuation dans la marge.
|
||||
\IfFileExists{microtype.sty}{%
|
||||
\microtypesetup{%
|
||||
activate={true,true},%
|
||||
protrusion=true,%
|
||||
expansion=true,%
|
||||
factor=1100,% protrusion un peu plus marquée que par défaut
|
||||
stretch=20,%
|
||||
shrink=20,%
|
||||
tracking=true,%
|
||||
}%
|
||||
% Interlettrage des capitales. Composées au fer, les capitales
|
||||
% paraissent toujours trop serrées : les titres de partie et de
|
||||
% chapitre, tout en capitales, gagnent à être légèrement espacés.
|
||||
% 45/1000 em, valeur discrète, appliquée uniquement là où \lsstyle
|
||||
% est demandé explicitement (titres de partie, de chapitre, page de
|
||||
% table des matières) — jamais au texte courant.
|
||||
\SetTracking[no ligatures={f}]{encoding=*}{45}%
|
||||
\SetTracking{encoding=*, shape=sc}{45}%
|
||||
}{%
|
||||
% Sans microtype, \lsstyle n'existe pas : on le neutralise pour que
|
||||
% les titres compilent quand même.
|
||||
\providecommand{\lsstyle}{}%
|
||||
}
|
||||
|
||||
% ------------------------------------------------------------
|
||||
% B. INTERLIGNE
|
||||
% ------------------------------------------------------------
|
||||
% En 11pt, LaTeX compose sur 13,6pt de base (interligne 1,24, correct
|
||||
% pour un rapport, trop serré pour de la lecture continue).
|
||||
%
|
||||
% Réglage revu le 27/07/2026 (retour de l'auteur : rendu perçu comme
|
||||
% « tassé », en particulier aux changements de paragraphe). Précision
|
||||
% importante, vérifiée sur la page d'aide KDP « Mise en forme des
|
||||
% pages liminaires, du corps de texte et des pages annexes » : la
|
||||
% norme KDP pour le corps du texte est explicitement « paragraphes
|
||||
% mis en retrait, SANS espace entre chaque » — ajouter un blanc entre
|
||||
% paragraphes irait donc à l'encontre du standard, pas dans son sens.
|
||||
% Le tassement ne se corrige donc pas par un espacement inter-
|
||||
% paragraphe (proscrit), mais par les deux leviers légitimes qui
|
||||
% restent : un interligne un peu plus généreux, et un alinéa plus net
|
||||
% (voir section C ci-dessous).
|
||||
%
|
||||
% \linespread{1.15} porte l'interligne à ~15,6pt, soit un rapport de
|
||||
% 1,43 par rapport au corps (10,95pt) — dans le haut de la fourchette
|
||||
% standard d'un ouvrage de lecture continue (1,3 à 1,5), contre 1,35
|
||||
% précédemment (bas de fourchette). Conséquence assumée : quelques
|
||||
% pages de plus ; le tableau des marges KDP retenu (0,625" en
|
||||
% gouttière) couvre déjà la tranche 151-828 pages, aucun risque de
|
||||
% sortir du seuil de conformité pour cette seule variation.
|
||||
\linespread{1.15}
|
||||
|
||||
% ------------------------------------------------------------
|
||||
% C. PARAGRAPHES : ALINÉA, ET AUCUN BLANC ENTRE EUX
|
||||
% ------------------------------------------------------------
|
||||
% C'est LE marqueur qui distingue un livre composé d'une page web.
|
||||
% Pandoc, laissé à lui-même, charge le paquet parskip : \parindent=0 et
|
||||
% un demi-interligne entre chaque paragraphe. On impose l'inverse, la
|
||||
% règle du roman et de l'essai : retrait de première ligne, et rien du
|
||||
% tout entre les paragraphes — l'alinéa suffit à marquer la transition.
|
||||
% (compiler-livre.sh passe aussi -V indent=true, qui empêche Pandoc de
|
||||
% charger parskip ; les deux réglages sont redondants à dessein, pour
|
||||
% que le rendu ne dépende pas d'un seul point de la chaîne.)
|
||||
% Alinéa porté de 1,4em à 1,6em le 27/07/2026 : à 1,4em, avec l'ancien
|
||||
% interligne plus serré, le changement de paragraphe se voyait mal,
|
||||
% d'où l'impression de bloc tassé. 1,6em reste dans la norme (les
|
||||
% usages français vont de 1 à 2 em ; l'édition courante retient
|
||||
% souvent 1,5 à 2 em) et rend la marque de paragraphe nette même en
|
||||
% diagonale de lecture.
|
||||
\setlength{\parindent}{1.6em}
|
||||
\setlength{\parskip}{0pt plus 0.2pt}
|
||||
|
||||
% Pas d'alinéa sur le premier paragraphe qui suit un titre.
|
||||
%
|
||||
% CORRIGÉ LE 27/07/2026 (revue de conformité KDP). La page d'aide KDP
|
||||
% « Mise en forme des pages liminaires, du corps de texte et des pages
|
||||
% annexes » est explicite sur la page de titre de chapitre : « Le
|
||||
% paragraphe du début ne comporte pas de retrait de première ligne. »
|
||||
% C'est une exigence de mise en forme, pas une préférence esthétique.
|
||||
%
|
||||
% Mesuré par compilation le 27/07/2026 : malgré les \titlespacing*
|
||||
% étoilés de \part/\chapter/\section (dont l'étoile évite d'insérer un
|
||||
% \@afterindentfalse propre), le premier paragraphe de l'introduction
|
||||
% sortait indenté à 60,3pt contre 45pt pour les lignes suivantes.
|
||||
% Cause : babel-french, quand le français est la langue principale du
|
||||
% document, réarme systématiquement l'indentation de tout premier
|
||||
% paragraphe via son option interne IndentFirst — un comportement
|
||||
% documenté de babel-french (usage courant en typographie française
|
||||
% traditionnelle), mais qui contredit ici la règle KDP. \frenchsetup
|
||||
% neutralise cette option sans toucher au reste des réglages
|
||||
% linguistiques de babel-french (espaces avant ponctuation double,
|
||||
% guillemets, etc.), qui restent actifs.
|
||||
\frenchsetup{IndentFirst=false}
|
||||
|
||||
% ------------------------------------------------------------
|
||||
% D. JUSTIFICATION, CÉSURE, VEUVES ET ORPHELINES
|
||||
% ------------------------------------------------------------
|
||||
% La césure française est active : Pandoc passe l'option de classe
|
||||
% « french », que babel utilise comme langue principale, et les motifs
|
||||
% hyph-fr sont présents dans l'installation (vérifié).
|
||||
%
|
||||
% Veuves (dernière ligne d'un paragraphe seule en haut de page) et
|
||||
% orphelines (première ligne seule en bas de page) : interdites.
|
||||
% clubpenalty a un effet de bord utile ici : il empêche aussi qu'un
|
||||
% sous-titre se retrouve en bas de page suivi d'une seule ligne.
|
||||
\widowpenalty=10000
|
||||
\clubpenalty=10000
|
||||
\displaywidowpenalty=10000
|
||||
\brokenpenalty=10000 % pas de mot coupé sur le dernier mot d'une page
|
||||
|
||||
% \raggedbottom plutôt que le \flushbottom natif de book : sans blanc
|
||||
% entre les paragraphes, LaTeX n'a plus aucun ressort vertical à
|
||||
% étirer pour remplir une page. Avec \flushbottom il émet des dizaines
|
||||
% d'avertissements « Underfull \vbox » et dilate les rares espaces
|
||||
% qu'il trouve, autour des sous-titres. \raggedbottom assume la
|
||||
% variation d'une ligne en pied de page, choix courant en édition dès
|
||||
% que l'interdiction des veuves est stricte.
|
||||
\raggedbottom
|
||||
|
||||
% Tolérance de justification : on accepte un gris légèrement moins
|
||||
% parfait plutôt que des lignes qui débordent dans la marge.
|
||||
\tolerance=1500
|
||||
\emergencystretch=3em
|
||||
\hbadness=2000
|
||||
|
||||
% Espace fine insécable avant les ponctuations doubles françaises.
|
||||
% Le filtre typographie-francaise.lua insère un U+202F que Pandoc
|
||||
% traduit en \, dans le .tex : un crénage de 0,167em, la valeur de
|
||||
% l'espace fine de l'Imprimerie nationale. Rien à régler ici, sauf un
|
||||
% point : parce que c'est un crénage et non une espace, il ne s'étire
|
||||
% jamais à la justification — c'est tout l'intérêt du filtre par
|
||||
% rapport à l'espace ordinaire du manuscrit.
|
||||
%
|
||||
% NE PAS tenter de l'élargir en redéfinissant \thinspace : le noyau
|
||||
% LaTeX fait \let\thinspace\, (et non l'inverse), la redéfinition
|
||||
% n'aurait donc aucun effet sur ce que produit le filtre. Il faudrait
|
||||
% redéfinir \, lui-même, ce qui n'apporterait rien ici.
|
||||
%
|
||||
% Un titre contenant des guillemets (« Le « filtre » éthique ») porte
|
||||
% donc un \, jusque dans les signets du PDF, que hyperref ne sait pas
|
||||
% convertir : il le retire en émettant « Token not allowed in a PDF
|
||||
% string ». On lui donne une espace ordinaire à la place — dans un
|
||||
% signet, la finesse typographique n'a aucun sens.
|
||||
% Le crochet est préparé ICI parce que hyperref est chargé par Pandoc
|
||||
% APRÈS ce préambule (via bookmark.sty) : \pdfstringdefDisableCommands
|
||||
% n'existe pas encore à ce point du fichier. hyperref ne définit
|
||||
% \pdfstringdefPreHook que s'il n'existe pas déjà (\@ifundefined), ce
|
||||
% qui laisse passer cette pré-déclaration — et évite d'empiler un
|
||||
% troisième \AtBeginDocument (voir la note de la section 4 bis : leur
|
||||
% cumul avait déjà cassé la table des matières).
|
||||
\makeatletter
|
||||
\providecommand{\pdfstringdefPreHook}{}
|
||||
\g@addto@macro\pdfstringdefPreHook{\let\,\space}
|
||||
\makeatother
|
||||
|
||||
% ------------------------------------------------------------
|
||||
% E. SOUS-TITRES DE NIVEAU 2 (les ## des chapitres)
|
||||
% ------------------------------------------------------------
|
||||
% 2 à 4 par chapitre, réservés aux grandes respirations (règle de
|
||||
% rédaction, section 3 sexies). Ils doivent donc marquer une pause,
|
||||
% pas annoncer une section de rapport : italique centrée, corps à
|
||||
% peine supérieur au texte, sans gras et sans numéro.
|
||||
% Plus d'air avant qu'après : le titre appartient à ce qui suit.
|
||||
\titleformat{\section}[block]
|
||||
{\normalfont\large\itshape\centering\parindent0pt}
|
||||
{}{0pt}{}
|
||||
\titlespacing*{\section}{0pt}{2.4em plus 0.5em minus 0.3em}{1em}
|
||||
|
||||
% Niveau 3 : proscrit par la charte de rédaction, mais défini par
|
||||
% sécurité au cas où un chapitre en contiendrait un — petites
|
||||
% capitales discrètes, alignées à gauche, plutôt que le gras par
|
||||
% défaut de book.cls.
|
||||
\titleformat{\subsection}[block]
|
||||
{\normalfont\normalsize\scshape\parindent0pt}
|
||||
{}{0pt}{}
|
||||
\titlespacing*{\subsection}{0pt}{1.8em plus 0.3em}{0.6em}
|
||||
|
||||
% ------------------------------------------------------------
|
||||
% F. CITATIONS EN BLOC (les > du Markdown)
|
||||
% ------------------------------------------------------------
|
||||
% Pandoc convertit « > texte » en environnement quote. Rendu voulu :
|
||||
% retrait symétrique des deux côtés, corps légèrement réduit, air
|
||||
% au-dessus et en dessous. Pas d'italique imposée sur tout le bloc :
|
||||
% les citations retenues dans ce livre sont longues, et plusieurs
|
||||
% lignes d'italique fatiguent l'œil (l'italique reste réservée aux
|
||||
% citations courtes, dans le fil du texte).
|
||||
\renewenvironment{quote}
|
||||
{\list{}{%
|
||||
\leftmargin=1.8em%
|
||||
\rightmargin=1.8em%
|
||||
\listparindent=1.4em%
|
||||
\itemindent=0pt%
|
||||
\parsep=0pt%
|
||||
\topsep=1.1em%
|
||||
\partopsep=0pt%
|
||||
}%
|
||||
\item\relax\small\noindent\ignorespaces}
|
||||
{\unskip\unskip\endlist}
|
||||
|
||||
% ------------------------------------------------------------
|
||||
% G. NOTES DE BAS DE PAGE
|
||||
% ------------------------------------------------------------
|
||||
% Le livre en compte beaucoup (une vingtaine par chapitre), certaines
|
||||
% longues. Deux réglages pour qu'elles restent discrètes :
|
||||
% - un filet court (un cinquième de la justification) au lieu du
|
||||
% tiers par défaut, séparation classique en édition française ;
|
||||
% - le texte de la note aligné sur son numéro, avec un léger retrait
|
||||
% de première ligne, plutôt que collé à la marge.
|
||||
% Le corps est déjà à 9pt (\footnotesize en classe 11pt), valeur
|
||||
% conforme à la charte : on n'y touche pas.
|
||||
\renewcommand{\footnoterule}{%
|
||||
\kern-3pt%
|
||||
\hrule width 0.2\columnwidth height 0.4pt%
|
||||
\kern2.6pt%
|
||||
}
|
||||
\makeatletter
|
||||
\renewcommand{\@makefntext}[1]{%
|
||||
\parindent 1em%
|
||||
\noindent\hbox to 1.4em{\hss\@thefnmark.\ }#1%
|
||||
}
|
||||
\makeatother
|
||||
|
||||
% Appel de note dans le corps du texte (l'exposant "1" après un mot).
|
||||
%
|
||||
% CORRIGÉ LE 27/07/2026 (revue de conformité KDP). Mesuré par
|
||||
% compilation : \textsuperscript, utilisé par défaut pour composer
|
||||
% l'appel de note dans le corps, produisait un chiffre à 6,97pt —
|
||||
% sous le minimum absolu KDP de 7pt (« Texte illisible » : « Le texte
|
||||
% est dans une police d'au moins 7 points »), lequel s'applique à
|
||||
% tout texte imprimé, pas seulement au corps courant. Le texte de la
|
||||
% note elle-même, en bas de page, est correctement à 8,9-9pt
|
||||
% (\footnotesize d'une classe 11pt) : seul l'appel dans le corps
|
||||
% posait problème.
|
||||
% \@makefnmark pilote ce rendu (le même exposant sert aussi à
|
||||
% préfixer la note en bas de page, mais \@makefntext ci-dessus ignore
|
||||
% \@makefnmark et compose son propre numéro suivi d'un point — donc
|
||||
% cette redéfinition ne touche que l'appel dans le corps).
|
||||
% 7,5pt : un cran au-dessus du minimum KDP strict (7pt), à la demande
|
||||
% de l'auteur après un premier réglage pile au plancher. Reste très
|
||||
% en dessous du corps de texte (10,95pt), donc toujours un exposant
|
||||
% discret, pas un second corps de texte.
|
||||
\makeatletter
|
||||
\renewcommand*{\@makefnmark}{%
|
||||
\hbox{\raisebox{0.6ex}{\fontsize{7.5}{8.5}\selectfont\@thefnmark}}%
|
||||
}
|
||||
\makeatother
|
||||
|
||||
% ------------------------------------------------------------
|
||||
% -1. RESTAURER LA NUMÉROTATION (Pandoc la désactive par défaut)
|
||||
% ------------------------------------------------------------
|
||||
@@ -58,9 +360,9 @@
|
||||
% du paramètre "label" provoque une erreur de comptage d'accolades.
|
||||
\titleformat{\part}[display]
|
||||
{\thispagestyle{empty}\centering}
|
||||
{\large\MakeUppercase{Partie~\thepart}}
|
||||
{\large\lsstyle\MakeUppercase{Partie~\thepart}}
|
||||
{1.4em}
|
||||
{\Huge\bfseries\MakeUppercase}
|
||||
{\Huge\bfseries\lsstyle\MakeUppercase}
|
||||
\titlespacing*{\part}{0pt}{0.30\textheight}{4em}
|
||||
|
||||
% ------------------------------------------------------------
|
||||
@@ -84,8 +386,60 @@
|
||||
{\normalfont\centering\parindent0pt}
|
||||
{\Large\thechapter}
|
||||
{0.3em}
|
||||
{\LARGE\bfseries\MakeUppercase}
|
||||
\titlespacing*{\chapter}{0pt}{2em}{2.5em}
|
||||
{\LARGE\bfseries\lsstyle\MakeUppercase}
|
||||
|
||||
% ------------------------------------------------------------
|
||||
% 2 bis. SURTITRE DISCRET POUR L'INTRODUCTION ET LA CONCLUSION
|
||||
% ------------------------------------------------------------
|
||||
% Ajouté le 27/07/2026, à la demande de l'auteur : le rendu précédent
|
||||
% de \chapter* — « INTRODUCTION » et « LE SILENCE APRÈS LA QUESTION »
|
||||
% composés dans la MÊME taille/graisse (\LARGE\bfseries, héritées du
|
||||
% \chapter numéroté) — paraissait répétitif, les deux lignes se
|
||||
% disputant l'attention sans hiérarchie visuelle.
|
||||
%
|
||||
% \eyebrowtitle compose son argument comme un surtitre : même style
|
||||
% que le « PARTIE N » des pages de partie (\large\lsstyle\MakeUppercase,
|
||||
% SANS gras — voir \titleformat{\part} plus bas, le "label" de la
|
||||
% partie suit exactement ce même style, non dupliqué par accident :
|
||||
% c'est le même principe visuel appliqué au même endroit du livre).
|
||||
% Le titre poétique qui suit ce surtitre, lui, n'est pas touché : il
|
||||
% continue de recevoir le format normal du "titre" de \chapter*
|
||||
% (\LARGE\bfseries\lsstyle\MakeUppercase, plus haut) — d'où le
|
||||
% contraste : petit et léger au-dessus, grand et gras en dessous.
|
||||
%
|
||||
% BUG CORRIGÉ AU PASSAGE (signalé par l'auteur, capture d'écran du
|
||||
% 27/07/2026) : l'ancienne construction du titre à deux lignes
|
||||
% (\texorpdfstring{Introduction\newline Le silence...}{...}) produisait
|
||||
% un décalage horizontal net entre les deux lignes — « INTRODUCTION »
|
||||
% centré sur un axe, la ligne suivante sur un autre, à 34pt d'écart
|
||||
% (mesuré par compilation de test). Cause identifiée par isolement :
|
||||
% \newline, contrairement à \\ ou à une boîte explicite, ne préserve
|
||||
% pas le centrage d'une ligne dans le mécanisme interne de titlesec en
|
||||
% mode [display] — bug reproductible même sans aucune des personnalisa-
|
||||
% tions de ce livre (police, interlettrage), donc propre à l'interaction
|
||||
% \newline + titlesec, pas à une régression locale. \makebox[\linewidth]
|
||||
% ci-dessous, qui centre explicitement sur la largeur complète de la
|
||||
% ligne indépendamment de ce mécanisme, résout le décalage ET fournit
|
||||
% le point d'accroche nécessaire pour styler le surtitre séparément.
|
||||
%
|
||||
% \eyebrowtitle n'apparaît que dans le PREMIER argument de
|
||||
% \texorpdfstring (le texte réellement composé) : le second argument
|
||||
% (texte à plat pour les signets PDF) reste une chaîne simple, non
|
||||
% concerné, donc aucun traitement \pdfstringdefPreHook supplémentaire
|
||||
% n'est nécessaire ici (contrairement au cas des guillemets, section D).
|
||||
\newcommand{\eyebrowtitle}[1]{%
|
||||
\makebox[\linewidth]{\large\lsstyle\MakeUppercase{#1}}\par
|
||||
\vspace{0.6em}
|
||||
}
|
||||
% Descente avant le titre portée de 2em à 0,10\textheight (~56pt) le
|
||||
% 27/07/2026 : 2em (22pt) était inférieur aux 50pt que book.cls réserve
|
||||
% nativement, et le chapitre démarrait presque au ras de la marge
|
||||
% haute. Une ouverture de chapitre a besoin de respirer. Le coût est
|
||||
% négligeable, quelques pages sur l'ensemble du livre.
|
||||
% (La charte suggérait un tiers de page ; retenu pour les pages de
|
||||
% partie, qui n'ont que ça à porter, mais excessif pour un titre de
|
||||
% chapitre qui partage sa page avec le début du texte.)
|
||||
\titlespacing*{\chapter}{0pt}{0.10\textheight}{2.8em}
|
||||
|
||||
% ------------------------------------------------------------
|
||||
% 6. PAGE DE TITRE PROFESSIONNELLE — remplace \maketitle
|
||||
@@ -295,7 +649,7 @@
|
||||
\thispagestyle{plain}%
|
||||
\markboth{\MakeUppercase\contentsname}{\MakeUppercase\contentsname}%
|
||||
\begin{center}
|
||||
\LARGE\bfseries\MakeUppercase{\contentsname}\par
|
||||
\LARGE\bfseries\lsstyle\MakeUppercase{\contentsname}\par
|
||||
\end{center}
|
||||
\vspace{2.5em}
|
||||
\@starttoc{toc}%
|
||||
@@ -314,34 +668,58 @@
|
||||
%
|
||||
% Les chapitres utilisent \protect\numberline{\thechapter}Titre dans
|
||||
% le fichier .toc (comportement natif de book.cls, non modifiable
|
||||
% sans toucher au cœur de \@chapter). Pour masquer uniquement le
|
||||
% numéro sans casser l'alignement, on redéfinit \l@chapter pour
|
||||
% neutraliser localement \numberline (solution standard documentée
|
||||
% pour ce cas ; \cftchappresnum seul ne suffit pas, il ne fait
|
||||
% qu'ajouter un préfixe, il ne supprime pas \numberline{N} qui reste
|
||||
% composé et chevauche visuellement le titre — bug constaté et
|
||||
% vérifié le 25/07/2026).
|
||||
% NOTE (26/07/2026) : contrairement à \tableofcontents (section 4 bis
|
||||
% ci-dessus), babel-french NE redéfinit PAS \l@chapter — cette
|
||||
% redéfinition peut donc rester directe, au chargement du préambule.
|
||||
% Un essai de la reporter dans \AtBeginDocument (par analogie avec le
|
||||
% cas \tableofcontents) a paradoxalement cassé l'affichage complet de
|
||||
% la table des matières lorsque les deux \AtBeginDocument coexistent
|
||||
% (bug constaté et vérifié, cause exacte non élucidée — l'ordre
|
||||
% d'exécution des hooks \AtBeginDocument empilés semble interagir
|
||||
% avec \@starttoc). La version directe ci-dessous, sans
|
||||
% \AtBeginDocument, est stable et testée avec succès en présence de
|
||||
% babel-french et de la redéfinition de \tableofcontents.
|
||||
% sans toucher au cœur de \@chapter). Il faut donc masquer le numéro
|
||||
% au moment de composer la ligne de table des matières.
|
||||
%
|
||||
% HISTORIQUE ET BUG CORRIGÉ LE 27/07/2026.
|
||||
% La version précédente enveloppait l'implémentation de tocloft en
|
||||
% neutralisant \numberline, et mettait \cftchapnumwidth à 0pt. Le
|
||||
% numéro disparaissait bien, mais l'INDENTATION des chapitres ne
|
||||
% s'appliquait plus du tout : les entrées de chapitre s'alignaient
|
||||
% exactement sur celles des parties, sans le décrochement qui
|
||||
% distingue les deux niveaux. C'est ce qui avait conduit à porter
|
||||
% \cftchapindent de 1.5em à 5em « pour que ce soit visible » — sans
|
||||
% aucun effet, puisque la valeur n'était plus lue.
|
||||
%
|
||||
% Cause. L'implémentation de tocloft, héritée de \@dottedtocline,
|
||||
% positionne la première ligne d'une entrée par un jeu d'écritures qui
|
||||
% s'annulent : leftskip = indentation, parindent = indentation, puis
|
||||
% \hskip -\leftskip une fois la largeur du numéro ajoutée. Le calcul
|
||||
% ne retombe sur l'indentation voulue que si la largeur réservée au
|
||||
% numéro est non nulle. En la forçant à 0pt, la première ligne
|
||||
% revenait au ras de la marge — et comme aucun titre de chapitre ne
|
||||
% dépasse une ligne, l'indentation n'apparaissait jamais.
|
||||
% (Vérifié par sonde : \cftchapindent valait bien 5em, puis 15em, au
|
||||
% moment exact de l'appel, sans le moindre déplacement à l'écran.)
|
||||
%
|
||||
% Correctif. On écrit la ligne de chapitre nous-mêmes, sans passer par
|
||||
% le mécanisme à compensation de tocloft : leftskip donne l'indentation,
|
||||
% \parindent est nul, \numberline est absorbé avec son argument
|
||||
% (\@gobble), et le numéro de page est composé dans une boîte de
|
||||
% largeur fixe alignée à droite. Résultat : indentation réellement
|
||||
% appliquée, numéro de chapitre absent, alignement des folios net.
|
||||
% Les réglages \cftchapindent / \cftchapfont / \cftchappagefont
|
||||
% ci-dessous restent les seuls points à toucher pour ajuster le rendu.
|
||||
\makeatletter
|
||||
\let\oldlchapter\l@chapter
|
||||
\renewcommand{\l@chapter}[2]{%
|
||||
\begingroup
|
||||
\renewcommand{\numberline}[1]{}%
|
||||
\oldlchapter{#1}{#2}%
|
||||
\endgroup
|
||||
\renewcommand*{\l@chapter}[2]{%
|
||||
\ifnum \c@tocdepth >\m@ne
|
||||
\addpenalty{-\@highpenalty}%
|
||||
\vskip \cftbeforechapskip
|
||||
{\leftskip\cftchapindent
|
||||
\rightskip\@tocrmarg
|
||||
\parfillskip-\rightskip
|
||||
\parindent\z@
|
||||
\@afterindentfalse
|
||||
\interlinepenalty\@M
|
||||
\leavevmode
|
||||
{\cftchapfont\begingroup\let\numberline\@gobble #1\endgroup}%
|
||||
\nobreak\hfill\nobreak
|
||||
\hb@xt@\@pnumwidth{\hfil\cftchappagefont #2}%
|
||||
\par
|
||||
\penalty\@highpenalty}%
|
||||
\fi
|
||||
}
|
||||
\makeatother
|
||||
\setlength{\cftchapnumwidth}{0pt}
|
||||
|
||||
% Compression des espacements pour que la table des matières
|
||||
% (4 parties + Introduction + 12 chapitres + Conclusion = 18 lignes)
|
||||
@@ -352,8 +730,11 @@
|
||||
\renewcommand{\cftpartpagefont}{\normalsize}
|
||||
\renewcommand{\cftchapfont}{\normalsize}
|
||||
\renewcommand{\cftchappagefont}{\normalsize}
|
||||
% Indentation des chapitres légèrement plus marquée par rapport aux
|
||||
% parties, pour bien distinguer visuellement les deux niveaux dans
|
||||
% la table des matières (ajusté suite au retour de l'auteur, valeur
|
||||
% précédente 1.5em jugée insuffisamment visible).
|
||||
\setlength{\cftchapindent}{5em}
|
||||
% Indentation des chapitres par rapport aux parties, pour distinguer
|
||||
% les deux niveaux. Valeur ramenée de 5em à 2em le 27/07/2026 : les 5em
|
||||
% avaient été choisis pour compenser une indentation qui, en réalité,
|
||||
% ne s'appliquait pas du tout (voir le bug corrigé plus haut).
|
||||
% Maintenant qu'elle s'applique, 2em suffisent — 5em décrocheraient les
|
||||
% titres de chapitre bien au-delà du début du titre de partie, ce qui
|
||||
% déséquilibrerait la page.
|
||||
\setlength{\cftchapindent}{2em}
|
||||
|
||||
+14
-6
@@ -1,5 +1,3 @@
|
||||
# Préface `\newline`{=latex} Titre de la préface à définir {- .unlisted}
|
||||
|
||||
<!--
|
||||
STATUT : À écrire.
|
||||
Cette préface s'insère entre les mentions légales et la table des
|
||||
@@ -7,12 +5,22 @@ matières, avant l'Introduction. Voir 00-COORDINATION.md pour la
|
||||
procédure de rédaction (même workflow multi-agents que les chapitres,
|
||||
avec ses propres notes de recherche si nécessaire dans Recherches/).
|
||||
|
||||
Suivre le même modèle de titre groupé que 00-introduction.md et
|
||||
13-conclusion.md (bloc LaTeX unique \chapter* + \label + \markright)
|
||||
pour éviter le bug de numéro parasite documenté en section 3 octies
|
||||
de 00-COORDINATION.md.
|
||||
Titre passé au même modèle groupé que 00-introduction.md et
|
||||
13-conclusion.md le 27/07/2026 (bloc LaTeX unique \chapter* + \label +
|
||||
\markright, avec \eyebrowtitle pour le surtitre « Préface ») : l'ancien
|
||||
titre, écrit en Markdown pur avec un fragment \newline mêlé au texte,
|
||||
reproduisait le même décalage de centrage que l'Introduction et la
|
||||
Conclusion (signalé par l'auteur, capture d'écran du 27/07/2026 —
|
||||
voir la note complète dans preambule.tex, section 2 bis). Rester sur
|
||||
ce modèle groupé pour tout futur remaniement de ce titre.
|
||||
-->
|
||||
|
||||
```{=latex}
|
||||
\chapter*{\texorpdfstring{\eyebrowtitle{Préface}Titre de la préface à définir}{Préface — Titre de la préface à définir}}
|
||||
\label{preface-titre}
|
||||
\markright{Titre de la préface à définir}
|
||||
```
|
||||
|
||||
Texte de la préface à rédiger.
|
||||
|
||||
```{=latex}
|
||||
|
||||
@@ -0,0 +1,272 @@
|
||||
--[[
|
||||
structure-epub.lua — filtre Pandoc, appliqué à la SEULE sortie EPUB.
|
||||
|
||||
Problème résolu.
|
||||
Trois éléments de structure du livre sont écrits en LaTeX brut dans le
|
||||
manuscrit, pour contourner des bugs de mise en page du PDF documentés
|
||||
en section 3 octies de 00-COORDINATION.md :
|
||||
- le titre de l'Introduction (00-introduction.md) ;
|
||||
- le titre de la Conclusion (13-conclusion.md) ;
|
||||
- les pages de titre de partie (partieN-*.md).
|
||||
Un bloc LaTeX brut est purement et simplement ignoré par le
|
||||
convertisseur EPUB. Résultat, avant ce filtre : dans l'EPUB,
|
||||
l'Introduction n'avait AUCUN titre, était collée à la fin du fichier
|
||||
de la préface, et n'apparaissait pas dans le sommaire de la liseuse.
|
||||
Même chose pour la Conclusion. Les quatre pages de partie ne
|
||||
provoquaient aucune coupure de fichier.
|
||||
|
||||
Ce que fait le filtre : il relit ces blocs LaTeX et en reconstruit un
|
||||
vrai titre de niveau 1 pour l'EPUB. Pandoc coupe ses fichiers XHTML
|
||||
aux titres de niveau 1 (--epub-chapter-level, 1 par défaut) et
|
||||
construit son sommaire à partir d'eux : l'Introduction, la Conclusion
|
||||
et les quatre parties retrouvent donc d'un coup leur titre affiché,
|
||||
leur propre fichier, et leur entrée de navigation.
|
||||
|
||||
Le manuscrit garde une source unique par élément — le bloc LaTeX —,
|
||||
ce qui évite de maintenir deux fois le même titre à deux endroits.
|
||||
|
||||
Le PDF n'est pas concerné : ce filtre n'est passé qu'à l'appel Pandoc
|
||||
qui produit l'EPUB (voir compiler-livre.sh).
|
||||
]]
|
||||
|
||||
local part_count = 0
|
||||
|
||||
-- Les tirets LaTeX (--- et --) n'ont pas de sens hors du PDF.
|
||||
local function detex(text)
|
||||
return (text:gsub("%-%-%-", "\u{2014}"):gsub("%-%-", "\u{2013}"))
|
||||
end
|
||||
|
||||
-- Introduction / Conclusion / Préface : \chapter*{\texorpdfstring{
|
||||
-- \eyebrowtitle{Introduction}Le silence après la question}{...}}.
|
||||
-- Le PREMIER argument de \texorpdfstring (celui réellement composé
|
||||
-- dans le PDF, voir preambule.tex section 2 bis, \eyebrowtitle) porte
|
||||
-- désormais le surtitre séparé du titre — on le reprend pour l'EPUB
|
||||
-- et on reconstruit le MÊME rendu à deux composants que les pages de
|
||||
-- partie (span de surtitre + titre), plutôt que le texte à plat du
|
||||
-- second argument, pour que le résultat EPUB corresponde visuellement
|
||||
-- à ce qui est composé dans le PDF (surtitre discret, titre en
|
||||
-- dessous), et pas seulement à son équivalent en une seule ligne.
|
||||
--
|
||||
-- Séparateur harmonisé le 27/07/2026 (remarque de l'auteur) : le
|
||||
-- second argument de \texorpdfstring (« Introduction — Le silence
|
||||
-- après la question ») utilise un tiret cadratin, incohérent avec le
|
||||
-- deux-points déjà retenu pour les parties (« Partie 1 : L'Érosion du
|
||||
-- Réel », voir plus bas). Le rendu EPUB de ce span ignore donc ce
|
||||
-- second argument et compose son propre séparateur en deux-points,
|
||||
-- pour que Introduction, Conclusion, Préface et les quatre parties
|
||||
-- partagent tous la même convention dans le sommaire de la liseuse.
|
||||
-- Le second argument continue de servir uniquement aux signets PDF,
|
||||
-- où le tiret cadratin reste la convention voulue par l'auteur pour
|
||||
-- ces trois éléments (voir preambule.tex, contrainte non modifiée).
|
||||
local function inlines_from_eyebrow_chapter(text)
|
||||
-- Le RawBlock complet contient plusieurs lignes LaTeX à la suite
|
||||
-- (\chapter*{...} puis \label{...}, \addcontentsline{...} ou
|
||||
-- \markright{...}) : on isole la seule ligne \chapter*{...} avant
|
||||
-- toute extraction, pour ne jamais capturer au-delà (bug déjà
|
||||
-- rencontré et corrigé le 27/07/2026 sur l'ancienne version de
|
||||
-- cette fonction).
|
||||
local line = text:match("^[^\n]*\\chapter%*[^\n]*")
|
||||
if not line then
|
||||
return nil
|
||||
end
|
||||
local surtitle, main = line:match("\\eyebrowtitle{(.-)}(.-)}{")
|
||||
if not surtitle or main == "" then
|
||||
return nil
|
||||
end
|
||||
return pandoc.Inlines{
|
||||
pandoc.Span(
|
||||
pandoc.Inlines{pandoc.Str(surtitle .. "\u{00A0}:")},
|
||||
pandoc.Attr("", {"part-number"})
|
||||
),
|
||||
pandoc.Space(),
|
||||
pandoc.Str(detex(main)),
|
||||
}
|
||||
end
|
||||
|
||||
local function header(inlines, classes)
|
||||
return pandoc.Header(1, inlines, pandoc.Attr("", classes))
|
||||
end
|
||||
|
||||
function RawBlock(el)
|
||||
if el.format ~= "latex" and el.format ~= "tex" then
|
||||
return nil
|
||||
end
|
||||
|
||||
-- Page de titre de partie : \part{Titre}
|
||||
local part = el.text:match("\\part%s*{(.-)}")
|
||||
if part then
|
||||
part_count = part_count + 1
|
||||
-- « Partie N » va dans un span pour que la feuille de style puisse
|
||||
-- le composer en plus petit, au-dessus du titre, comme dans le PDF.
|
||||
-- Le sommaire de la liseuse, qui ne retient que le texte du span
|
||||
-- (pas le CSS ni le display:block qui isole « Partie N » sur sa
|
||||
-- propre ligne à l'écran), affiche donc « Partie N » et le titre
|
||||
-- accolés dans le même texte plat : il faut un séparateur textuel
|
||||
-- explicite entre les deux.
|
||||
-- Séparateur choisi : le deux-points, PAS un tiret cadratin.
|
||||
-- Ce n'est pas une convention inventée pour l'EPUB : c'est celle
|
||||
-- déjà écrite par l'auteur dans 00-COORDINATION.md pour désigner
|
||||
-- chaque partie du plan du livre (« Partie 1 : L'Érosion du Réel »,
|
||||
-- « Partie 2 : Le Grand Bouleversement »...). Le tiret cadratin,
|
||||
-- lui, est la convention réservée à l'Introduction/Conclusion
|
||||
-- (« Introduction — Le silence après la question »), déjà présente
|
||||
-- telle quelle dans le manuscrit (\texorpdfstring, voir plus haut).
|
||||
-- Espace insécable avant le deux-points, comme partout ailleurs
|
||||
-- dans ce livre en typographie française (le filtre
|
||||
-- typographie-francaise.lua fait ce travail sur le corps du texte
|
||||
-- ; ce titre est construit par un autre filtre, donc directement
|
||||
-- en dur ici).
|
||||
return header(
|
||||
pandoc.Inlines{
|
||||
pandoc.Span(
|
||||
pandoc.Inlines{pandoc.Str("Partie " .. part_count .. "\u{00A0}:")},
|
||||
pandoc.Attr("", {"part-number"})
|
||||
),
|
||||
pandoc.Space(),
|
||||
pandoc.Str(detex(part)),
|
||||
},
|
||||
{ "part-title", "unnumbered" }
|
||||
)
|
||||
end
|
||||
|
||||
-- Introduction / Conclusion / Préface :
|
||||
-- \chapter*{\texorpdfstring{\eyebrowtitle{A}B}{A — B}}
|
||||
if el.text:match("\\chapter%*%s*{\\texorpdfstring{") then
|
||||
local inlines = inlines_from_eyebrow_chapter(el.text)
|
||||
if inlines then
|
||||
-- La préface n'a jamais eu de \addcontentsline{toc}{part}{...}
|
||||
-- (contrairement à l'Introduction et à la Conclusion) : c'est
|
||||
-- déjà ainsi qu'elle était marquée « absente du sommaire » avant
|
||||
-- ce changement de structure (via la classe .unlisted de
|
||||
-- Markdown, qui n'existe plus une fois le titre passé en LaTeX
|
||||
-- brut). On préserve ce même comportement en testant la
|
||||
-- présence de \addcontentsline dans le même bloc : absent ->
|
||||
-- unlisted, comme l'était la préface ; présent -> visible dans
|
||||
-- le sommaire, comme le sont l'Introduction et la Conclusion.
|
||||
local classes = { "unnumbered" }
|
||||
if not el.text:match("\\addcontentsline") then
|
||||
table.insert(classes, "unlisted")
|
||||
end
|
||||
return header(inlines, classes)
|
||||
end
|
||||
end
|
||||
|
||||
-- Repli : le titre tel qu'il est inscrit dans la table des matières.
|
||||
local toc = el.text:match("\\addcontentsline%s*{toc}%s*{part}%s*{(.-)}")
|
||||
if toc then
|
||||
return header(pandoc.Inlines{pandoc.Str(detex(toc))}, { "unnumbered" })
|
||||
end
|
||||
|
||||
-- Marqueur EPUB-ONLY-TITLE : un commentaire LaTeX (`%`), donc muet
|
||||
-- pour le PDF, qui porte un titre à composer UNIQUEMENT pour l'EPUB.
|
||||
-- Cas d'usage : une page qui a déjà son rendu PDF fini (mentions
|
||||
-- légales, page nue sans titre) mais qui, sans aucun titre de
|
||||
-- niveau 1 dans le fichier .md, se voyait attribuer par Pandoc le
|
||||
-- titre du livre entier comme repli — créant une entrée fantôme
|
||||
-- dans le sommaire EPUB et le fichier NCX (bug constaté le
|
||||
-- 27/07/2026 sur mentions-legales.md). Non numéroté et absent du
|
||||
-- sommaire, comme la préface (voir preface.md).
|
||||
local epubOnly = el.text:match("^%%%s*EPUB%-ONLY%-TITLE:%s*(.-)%s*$")
|
||||
if epubOnly then
|
||||
return header(pandoc.Inlines{pandoc.Str(epubOnly)}, { "unnumbered", "unlisted" })
|
||||
end
|
||||
|
||||
return nil
|
||||
end
|
||||
|
||||
--[[
|
||||
Notes de bas de page conformes à la page d'aide KDP « Règles
|
||||
relatives aux notes de bas de page » (revue de conformité KDP,
|
||||
27/07/2026) — implémentation LITTÉRALE de l'exemple de code fourni
|
||||
par cette page, « Méthode 1 (recommandée) » :
|
||||
|
||||
<p>...<sup><a id="source" href="#ft-1-1"
|
||||
epub:type="noteref">1</a></sup></p>
|
||||
...
|
||||
<aside id="ft-1-1" epub:type="footnote">
|
||||
<p><a epub:type="noteref" href="#source">1.</a> Il s'agit de la
|
||||
note de bas de page, qui doit être placée à la fin du chapitre
|
||||
ou du livre.</p>
|
||||
</aside>
|
||||
|
||||
Ce que cet exemple prescrit, et rien de plus :
|
||||
- un hyperlien BIDIRECTIONNEL (texte -> note, note -> texte) —
|
||||
c'est l'exigence, formulée ailleurs sur la même page : « Amazon
|
||||
exige de mettre en forme les notes de bas de page en utilisant
|
||||
des hyperliens bidirectionnels » ;
|
||||
- le lien de retour est composé du NUMÉRO SUIVI D'UN POINT
|
||||
(« 1. »), pas d'une flèche ni d'un symbole séparé ;
|
||||
- ce lien de retour se place EN TÊTE du même paragraphe que le
|
||||
texte de la note, pas dans un paragraphe séparé ;
|
||||
- le lien de retour porte le même attribut epub:type="noteref"
|
||||
que l'appel dans le corps du texte — pas de classe ni d'attribut
|
||||
inventés (une version précédente de ce filtre posait une classe
|
||||
"footnote-back" et un attribut title absents de cet exemple :
|
||||
retirés, pour suivre l'exemple KDP à la lettre).
|
||||
|
||||
Constaté par test direct sur ce projet : Pandoc 3.9.0.2 pose bien
|
||||
l'appel dans le corps du texte (`<a href="#fnN" ...
|
||||
epub:type="noteref">N</a>`), mais NE POSE PAS le lien de retour dans
|
||||
sa sortie EPUB — ce que cette section du filtre corrige.
|
||||
|
||||
Contraintes techniques rencontrées et résolues (mécanique interne,
|
||||
sans rapport avec le contenu de la règle KDP elle-même) :
|
||||
|
||||
1. Au moment où les filtres Lua s'exécutent, une note de bas de page
|
||||
est encore un élément Note de l'AST Pandoc — la transformation en
|
||||
<aside id="fnN"> avec son appel <a id="fnrefN"> n'a lieu que plus
|
||||
tard, à l'écriture, hors de portée d'un filtre Div ou Link classique
|
||||
(vérifié par sonde). On intercepte donc Note() et on construit
|
||||
nous-mêmes le paragraphe de retour, en PRÉDISANT l'identifiant que
|
||||
Pandoc attribuera à l'appel correspondant (fnref<N>).
|
||||
|
||||
2. La numérotation des notes REDÉMARRE À 1 à chaque fichier XHTML
|
||||
produit par l'EPUB (Pandoc découpe un nouveau fichier à chaque titre
|
||||
de niveau 1) : un compteur global désynchronise donc les liens dès
|
||||
le deuxième chapitre. Un compteur remis à zéro dans un handler
|
||||
Header() séparé ne suffit pas non plus : vérifié par sonde, Pandoc
|
||||
ne visite pas les handlers Header() et Note() dans l'ordre du
|
||||
document quand ils sont déclarés comme deux fonctions globales
|
||||
distinctes (tous les Note() du document sont visités avant tous les
|
||||
Header()). La solution retenue pilote donc l'ordre explicitement :
|
||||
un seul point d'entrée Pandoc(doc), qui parcourt doc.blocks lui-même
|
||||
dans l'ordre réel du document, remet le compteur à zéro à chaque
|
||||
Header de niveau 1 rencontré, puis descend dans CE bloc précis
|
||||
(pandoc.walk_block) pour numéroter les Note qu'il contient.
|
||||
]]
|
||||
|
||||
local note_count = 0
|
||||
|
||||
local function number_notes_in_block(block)
|
||||
return pandoc.walk_block(block, {
|
||||
Note = function(el)
|
||||
note_count = note_count + 1
|
||||
-- Lien de retour "N." — même forme que l'exemple KDP, posé en
|
||||
-- tête du premier paragraphe de la note, immédiatement suivi du
|
||||
-- texte existant de la note (qui commence par un espace, comme
|
||||
-- dans l'exemple KDP : « 1. Il s'agit de la note... »).
|
||||
local backlink = pandoc.Link(
|
||||
pandoc.Inlines{pandoc.Str(note_count .. ".")},
|
||||
"#fnref" .. note_count,
|
||||
"",
|
||||
pandoc.Attr("", {}, {["epub:type"] = "noteref"})
|
||||
)
|
||||
el.content[1] = pandoc.Para(
|
||||
pandoc.Inlines{backlink, pandoc.Space()} .. el.content[1].content
|
||||
)
|
||||
return el
|
||||
end
|
||||
})
|
||||
end
|
||||
|
||||
function Pandoc(doc)
|
||||
local new_blocks = pandoc.Blocks{}
|
||||
for _, block in ipairs(doc.blocks) do
|
||||
if block.t == "Header" and block.level == 1 then
|
||||
note_count = 0
|
||||
end
|
||||
new_blocks:insert(number_notes_in_block(block))
|
||||
end
|
||||
doc.blocks = new_blocks
|
||||
return doc
|
||||
end
|
||||
@@ -0,0 +1,102 @@
|
||||
--[[
|
||||
typographie-francaise.lua — filtre Pandoc
|
||||
|
||||
Applique les règles d'espacement de la typographie française au moment
|
||||
de la compilation, pour le PDF comme pour l'EPUB. Le manuscrit reste
|
||||
écrit normalement (espace ordinaire) : c'est ce filtre qui convertit
|
||||
ces espaces en espaces insécables au bon endroit.
|
||||
|
||||
Pourquoi un filtre et non babel :
|
||||
Pandoc charge babel avec l'option « shorthands=off » (codée en dur dans
|
||||
son gabarit LaTeX), ce qui désactive définitivement les raccourcis de
|
||||
babel-french chargés de l'espace fine avant les ponctuations doubles.
|
||||
Aucune réactivation depuis le préambule n'est possible : les raccourcis
|
||||
ne sont même pas déclarés (vérifié par sonde sur le catcode de « : »,
|
||||
qui reste à 12). Le filtre traite donc le problème en amont, une fois
|
||||
pour les deux formats de sortie.
|
||||
|
||||
Principe directeur : NORMALISER, JAMAIS INVENTER.
|
||||
Le filtre ne transforme que les espaces déjà présents dans le
|
||||
manuscrit. Un titre anglais cité en note (« ...Teen's Suicide? »), qui
|
||||
n'a pas d'espace avant son point d'interrogation, reste donc intact —
|
||||
ce qui est la règle : on ne francise pas la ponctuation d'un titre
|
||||
étranger.
|
||||
|
||||
Transformations appliquées :
|
||||
1. Espace fine insécable (U+202F) avant : ; ! ? et avant »
|
||||
2. Espace fine insécable après «
|
||||
3. Espace insécable (U+00A0) avant %
|
||||
4. Espace fine insécable dans les groupes de milliers (150 000)
|
||||
|
||||
Rendu LaTeX : U+202F et U+00A0 sont déclarés dans preambule.tex
|
||||
(\DeclareUnicodeCharacter) pour produire un crénage rigide, qui ne
|
||||
s'étire pas à la justification.
|
||||
]]
|
||||
|
||||
local FINE = "\u{202F}" -- espace fine insécable
|
||||
local INSEC = "\u{00A0}" -- espace insécable de largeur normale
|
||||
|
||||
-- Ponctuations qui réclament une espace fine insécable AVANT elles.
|
||||
-- Le guillemet fermant est testé à part, et non dans la classe
|
||||
-- [:;!?] : les classes de caractères de Lua travaillent sur les OCTETS,
|
||||
-- si bien que « » » (0xC2 0xBB) placé dans une classe y ferait aussi
|
||||
-- entrer « « » (0xC2 0xAB), qui partage son premier octet — bug
|
||||
-- constaté, le guillemet ouvrant recevait l'espace du mauvais côté.
|
||||
local function needs_fine_before(text)
|
||||
return text:match("^[:;!?]") ~= nil or text:match("^»") ~= nil
|
||||
end
|
||||
|
||||
local function ends_with_opening_quote(text)
|
||||
return text:match("«$") ~= nil
|
||||
end
|
||||
|
||||
local function ends_with_digit(text)
|
||||
return text:match("%d$") ~= nil
|
||||
end
|
||||
|
||||
-- Groupe de milliers : exactement trois chiffres, éventuellement suivis
|
||||
-- d'une ponctuation, mais jamais d'un quatrième chiffre.
|
||||
local function is_thousands_group(text)
|
||||
return text:match("^%d%d%d$") ~= nil or text:match("^%d%d%d[^%d]") ~= nil
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end
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function Inlines(inlines)
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local out = pandoc.List()
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local i = 1
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while i <= #inlines do
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local cur = inlines[i]
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local nxt = inlines[i + 1]
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-- « ... » : espace fine collée au guillemet ouvrant
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if cur.t == "Str" and ends_with_opening_quote(cur.text)
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and nxt and nxt.t == "Space" then
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out:insert(pandoc.Str(cur.text .. FINE))
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i = i + 2
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elseif cur.t == "Space" and nxt and nxt.t == "Str" then
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if needs_fine_before(nxt.text) then
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-- espace fine avant : ; ! ? »
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out:insert(pandoc.Str(FINE .. nxt.text))
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i = i + 2
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elseif nxt.text:match("^%%") then
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-- espace insécable avant le signe pour cent
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out:insert(pandoc.Str(INSEC .. nxt.text))
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||||
i = i + 2
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elseif is_thousands_group(nxt.text) and i > 1
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and inlines[i - 1].t == "Str"
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||||
and ends_with_digit(inlines[i - 1].text) then
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-- séparateur de milliers insécable : 150 000, 32 millions
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out:insert(pandoc.Str(FINE .. nxt.text))
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||||
i = i + 2
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else
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out:insert(cur)
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i = i + 1
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end
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||||
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||||
else
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||||
out:insert(cur)
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||||
i = i + 1
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end
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||||
end
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return out
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||||
end
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